Le moment choisi par Mahmoud Abbas pour condamner l’enlèvement de trois jeunes Israéliens du président de l’Autorité palestinienne lundi matin n’est pas une coïncidence ; ni le moment de sa conversation téléphonique avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Au cours des dernières 48 heures, il semble que quelque chose ait changé dans les échelons supérieurs de l’AP et du Fatah de Mahmoud Abbas. En résumé, Abbas s’est rendu compte que le pacte d’unité récemment signé avec le Hamas a pris fin au moment de l’enlèvement.

Dans les conversations en off, les proches d’Abbas affirment que le Hamas va payer un prix élevé pour l’enlèvement – au-delà de l’opération massive israélienne pour récupérer ses jeunes, Eyal Yifrach, Gil-ad Shaar et Naftali Frenkel – sous la forme de mesures punitives avec lesquelles l’Autorité palestinienne prévoit de cibler le Hamas à Gaza.

Depuis son annonce en avril, les analystes ont vu l’accord d’unité Fatah-Hamas comme un pari, en raison à la fois du rejet catégorique d’Israël et de l’attitude ambiguë des Etats-Unis (Washington a maintenu qu’il continuerait de travailler avec l’Autorité palestinienne, même si elle considère le Hamas comme une organisation terroriste).

Et pourtant, Abbas a décidé de procéder et de vérifier, pour la énième fois, si la réconciliation avec le Hamas était possible.

Pour lui, c’était quasiment personnel – une question d’importance critique.

C’était sous sa houlette que le gouvernement du Hamas à Gaza s’est détaché de celui du Fatah, en Cisjordanie, et il espérait qu’avant la fin de son mandat présidentiel, il réussirait à rétablir l’unité palestinienne.

Pourtant, à partir du moment où l’accord a été finalisé, environ deux semaines avant l’enlèvement, les forces de sécurité d’Abbas se sont rendu compte que le Hamas tentait de porter atteinte à la paix relative en Cisjordanie et essayait de fomenter des troubles à la fois contre Israël et l’Autorité palestinienne.

La grève de la faim des prisonniers, à cet égard, est devenue un fer de lance du Hamas qui l’a utilisée pour organiser des protestations, en capitalisant sur le sentiment du public afin de renforcer sa propre position en tant que protecteur des détenus, tout en affaiblissant le Fatah.

D’où l’action relativement intense des forces de sécurité de l’AP dans les jours qui ont précédé l’enlèvement contre des activistes du Hamas. La police palestinienne a arrêté plusieurs terroristes du Hamas et du Jihad islamique. Elle a aussi mis un terme aux manifestations organisées par le Hamas « en solidarité avec les grévistes de la faim ».

Et puis arriva l’enlèvement

L’histoire a montré que le lendemain de ce genre d’actions voit une augmentation du soutien au Hamas. Même à Hébron, où les habitants sont obligés de composer avec un couvre-feu imposé par l’armée israélienne qui leur a refusé l’accès à Israël et à la Jordanie, l’enlèvement est perçu comme un acte de bravoure.

La question est de savoir si les Palestiniens dans la ville continueront à voir les ravisseurs comme des héros si le couvre-feu se prolonge pendant un mois ou plus, prenant une grosse partie de leurs moyens de subsistance. La ville de Hébron est souvent décrite comme la capitale commerciale de la Cisjordanie, et un couvre-feu prolongé pourrait signifier une catastrophe économique pour ses habitants.

Pendant ce temps, les réactions de l’enlèvement parmi les leaders du Hamas ont été hésitantes et brouillées. Tout en faisant des déclarations louant « l’opération », les fonctionnaires ont affirmé qu’ils n’avaient aucune information sur l’attaque.

Peut-être qu’ils disent la vérité ; la plupart des actions complexes exécutées par le Hamas sont gérées par l’aile militaire de l’organisation, qui ne fournit pas tous les détails à sa partie politique. Et pourtant, les dirigeants du Hamas sont douloureusement conscients que, quoiqu’il arrive aux trois jeunes Israéliens, ils pourraient éventuellement le payer de leurs propres vies.

Il faut noter que, jusqu’à présent, il n’y a rien pour indiquer que les ravisseurs cherchent à échanger les adolescents contre des prisonniers palestiniens. Les ravisseurs n’ont contacté personne – ni Israël, ni l’Autorité palestinienne ou ailleurs – avec l’intention de négocier leur libération. Même l’Egypte, longtemps considéré comme le négociateur entre Israël et le Hamas dans de telles situations, n’a reçu aucun signe.

Le temps qui passe ne fait qu’exacerber les craintes pour le sort des jeunes kidnappés, et précise la prédiction qu’Israël se précipite vers un conflit massif avec Gaza.