Un jour après l’attaque meurtrière du Hezbollah sur un convoi de l’armée israélienne à la frontière libanaise avec Israël, l’organisation a présenté jeudi cette attaque comme une prouesse militaire pleine d’acuité tout en acceptant les félicitations de l’étranger.

Le groupe terroriste chiite a reçu des lettres de félicitations du monde arabe, comme des factions rivales palestiniennes du Hamas et du Fatah, selon un article du quotidien pro-Hezbollah As-Safir.

Le mouvement de Mahmoud Abbas du Fatah a affiché une image de la revendication de l’attaque du Hezbollah sur sa page officielle Facebook.

Le dirigeant du Hezbollah, Hassan Nasrallah, avait reporté une apparition très attendue la semaine dernière et l’a déplacé au vendredi, « en optant pour une réponse avant le discours, et non vice versa », a rapporté As-Safir.

« C’est le premier versement sur le compte ouvert entre nous et Israël », a déclaré Nasrallah selon As-Safir.

Mais en dépit de la promesse de Nasrallah qu’il y a plus à venir, la couverture excitée des médias libanais affiliés au Hezbollah indique que la mission a été complète, et caractérise l’attaque comme un travail bien accompli.

Selon As-Safir, l’attaque du Hezbollah contre le convoi de Tsahal était une réponse nécessaire à la prétendue attaque aérienne d’Israël à Qouneitra la semaine dernière, une attaque qui avait « essayé de changer les règles d’engagement » le long de la frontière nord. Israël n’a pas admis être l’auteur de cette frappe.

Des milliers de partisans du Hezbollah participent aux funérailles de l'un des six combattants du groupe terroriste chiite libanais tués dans un raid aérien israélien - 19 janvier 2015 (Crédit : AFP)

Des milliers de partisans du Hezbollah participent aux funérailles de l’un des six combattants du groupe terroriste chiite libanais tués dans un raid aérien israélien – 19 janvier 2015 (Crédit : AFP)

« Après le crime de Quneitra, un débat à grande échelle a eu lieu au sein du leadership de la Résistance (le Hezbollah) au sujet des options qu’il avait pour les contremesures. En consultation avec Téhéran et Damas, les Fermes de Shebaa [la région qu’Israël appelle le mont Dov] ont été choisies, pour empêcher Israël de changer les règles d’engagement et essayer d’imposer un nouveau fait accompli le long de la frontière du sud du [Liban] dans le Golan », explique l’article.

En fait, le Hezbollah a transmis un message de désescalade à Israël suite à l’attaque par le biais de la Force intérimaire des Nations unies au Liban, a indiqué le ministre de la Défense Moshe Yaalon sur Israel Radio jeudi matin.

Les militants du Hezbollah ont tiré deux roquettes sur le plateau du Golan israélien mardi, un jour avant l’attaque mortelle, « pour détourner l’attention et distraire » l’armée israélienne, qui « a réagi comme prévu », ajoute le journal libanais.

Dans le même temps, une équipe du Hezbollah se faisant appeler « les Martyrs de Qouneitra » a pris position près des Fermes de Shebaa, où elle a passé la nuit « dans une zone géographique complexe et non détectée ».

Lorsque le convoi israélien est passé près de la barrière frontalière juste avant midi, mercredi, il a été frappé par six missiles Kornet, poursuit-il.

Israël a répondu en bombardant le sud du Liban, tuant un casque bleu espagnol, mais ne causant aucun dommage au Hezbollah.

« L’opération était en fait une frappe unilatérale, pas une confrontation, », a écrit As-Safir. « Le groupe a achevé sa mission avec succès, se retirant en douceur et furtivement, et est retourné à ses positions à l’intérieur du Liban sans être blessé ».

L’autosatisfaction s’est également propagée à sphère politique du Liban, même si certains fonctionnaires ont critiqué le Hezbollah mercredi, craignant que l’attaque entraîne le pays dans une confrontation plus large avec Israël.

« Les Israéliens doivent réaliser que Hassan Nasrallah est celui qui dirige les coups dans notre région », jubilait l’ancien ministre de l’Environnement et leader du minuscule parti de l’Unification arabe, Wiam Wahhab. « L’ère où Israël décidait est terminée ».

Gardiens de la révolution islamique (Crédit : @MidEastNews_Eng via Twitter/File)

Gardiens de la révolution islamique (Crédit : @MidEastNews_Eng via Twitter/File)

Ibrahim al-Amine, le rédacteur en chef du journal affilié au Hezbollah Al-Akhbar, a indiqué dans un article d’analyse jeudi que le Hezbollah laissera la situation s’envenimer si Israël frappe en premier.

« Si l’ennemi décide d’élargir la confrontation, il doit s’attendre à des frappes plus douloureuses et pires qu’hier. S’il est impliqué dans des opérations spéciales en Syrie ou au Liban, il doit [aussi] s’attendre à une réponse », averti Amine, insinuant que le Hezbollah considère maintenant le sud-ouest de la Syrie comme son « propre terrain », tout comme pour le sud du Liban.

« Si [Israël] atteint le fond de l’abîme et décide de lancer une incursion terrestre à la frontière du Golan et non dans le sud du Liban, il doit s’attendre à rencontrer de la résistance là-bas. Il peut ne pas le réaliser, cependant – mais c’est le cas pour moi – que des dizaines de milliers de soldats de la Garde révolutionnaire iranienne sera immédiatement déployés au point de confrontation ».