Trois jours après l’investiture du président américain Donald Trump, la remise à zéro au compteur de la relation israélo-américaine semble prendre forme. Trump a appelé dimanche le Premier ministre Benjamin Netanyahu et l’a invité à la Maison Blanche au début du mois prochain pour cimenter ce qui sera, selon les deux parties, un nouvel âge d’or des relations bilatérales, dépourvu de ce fossé qui laisse passer la « lumière du jour » qu’elles ont connue ces huit dernières années.

Trump a promis de consulter étroitement Netanyahu sur les menaces posées par l’Iran, et a promis d’aider Israël dans les pourparlers bilatéraux avec les Palestiniens sur la paix – ce qui a dû sonner comme de douces notes, sans doute, aux oreilles de Netanyahu, et qui a marqué un contraste avec Barack Obama .

Cependant, ceux qui s’attendent à un séisme dans ces tous premiers jours de la nouvelle administration sont probablement déçus. Certes, lundi était la première journée de travail complète du nouveau président. Mais jusqu’à présent, les attentes quasi messianiques de l’ère Trump dans certains milieux israéliens n’ont eu que cet appel chaleureux, et un changement dans le discours public du président américain, qui n’a aucun problème à prononcer les mots « terrorisme islamique radical ».

Alors que les deux parties font des efforts ardus pour mettre en évidence cette nouvelle harmonie, en termes de déclarations politiques crédibles et substantives, en ce qui concerne les actes, on entre dans un jeu de patience.

Le bureau du Premier ministre a décrit leur conversation d’une demi-heure dimanche comme étant « très chaleureuse ». Trump a pour sa part assuré que c’était « très sympa ».

L'ambassade des Etats-Unis à Tel-Aviv. (Crédit : CC BY Krokodyl/Wikipedia)

L’ambassade des Etats-Unis à Tel-Aviv. (Crédit : CC BY Krokodyl/Wikipedia)

Le Premier ministre « a exprimé son désir de travailler en étroite collaboration avec le président Trump pour forger une vision commune de promotion de la paix et de la sécurité dans la région », selon le communiqué israélien. Et le nouveau président « a souligné l’importance que les États-Unis accordent à notre étroite coopération militaire, des renseignements et sécuritaire avec Israël, qui reflète le partenariat profond et durable entre nos pays », a déclaré la Maison Blanche.

Trump a également affirmé son « engagement sans précédent envers la sécurité d’Israël », une rhétorique qu’adoptaient la plupart de ses prédécesseurs récents.

Évidemment, les transcriptions officielles de l’appel ne fournissent qu’un aperçu très limité de ce qui s’est vraiment dit pendant la conversation. Il est cependant révélateur qu’aucune des deux parties n’ait mentionné la promesse de Trump de déménager l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem. Netanyahu n’a pas non plus abordé la question dans ses longues remarques lors de la réunion du groupe parlementaire du Likud à la Knesset lundi après-midi, au cours de laquelle il a exhorté son parti à ne pas exiger des changements brusques, qui pourraient tester la relation naissante entre lui et Trump.

Cela n’a pourtant pas empêché certains experts locaux de voir des signes dans le marc de café.

Dans les heures précédant l’appel de dimanche, le journaliste israélien Amit Segal a déclaré que le déménagement serait annoncé lundi.

Puis, après que l’attaché de presse de la Maison Blanche Sean Spicer a déclaré que l’administration était « au tout début des étapes des discussions » sur le déménagement de l’ambassade, Segal a publié sur Twitter une correction et annoncé que la relocalisation serait annoncée « ce soir ».

Sean Spicer, attaché de presse de la Maison Blanche, pendant la conférence de presse quotidienne de la Maison Blanche, le 23 janvier 2017. (Crédit : Nicholas Kamm/AFP)

Sean Spicer, attaché de presse de la Maison Blanche, pendant la conférence de presse quotidienne de la Maison Blanche, le 23 janvier 2017. (Crédit : Nicholas Kamm/AFP)

Une fois qu’on lui a fait remarquer que la déclaration de Spicer indiquait plus une hésitation de l’administration à faire une annonce spectaculaire sur cette question dans les prochains jours, Segal a soutenu que cela était sans précédent pour la Maison Blanche de ne serait-ce même évoquer un début au déménagement de l’ambassade.

Des responsables israéliens se sont joints aux célébrations, le ministre des Affaires de Jérusalem Zeev Elkin louant Trump pour « avoir fait de la promesse électorale une réalité ».

Mais le fait de déplacer l’ambassade des États-Unis à Jérusalem a non seulement été une promesse de campagne pour divers aspirants à la présidence américaine, mais elle a également été sérieusement prise en considération par les administrations en place.

En 2000, Bill Clinton, après avoir refusé de déménager l’ambassade pendant une demi-décennie, dans sa dernière année au pouvoir, a promis d’examiner le transfert de l’ambassade, en raison de l’échec des négociations de paix israélo-palestiniennes.

George W. Bush a également joué publiquement avec l’idée tout au long de ses huit années à la Maison Blanche, déclarant à la fin de l’année 2006 qu’il « reste engagé à commencer le processus de transfert de notre ambassade à Jérusalem ».

Le maire de Jérusalem, Nir Barkat, au sommet du musée de la Tour de David, le 14 avril 2015 (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Le maire de Jérusalem, Nir Barkat, au sommet du musée de la Tour de David, le 14 avril 2015 (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Le maire de Jérusalem Nir Barkat a déclaré lundi que ses contacts au sein de la nouvelle administration lui avait donné espoir que cette fois, ils étaient sérieux. Des responsables américains chercheraient déjà un bien immobilier à Jérusalem. Mais en attendant, les déclarations officielles de Washington sur la question depuis l’investiture ont été mitigées, au mieux.

De plus, la contestation de l’accord nucléaire iranien, une question qui « continue d’être un objectif suprême de l’État d’Israël », comme l’a déclaré Netanyahu dimanche, a à peine été mentionnée dans les déclarations qui ont suivi sa conversation avec Trump.

Lundi après-midi, le Premier ministre a déclaré qu’il avait « longuement » parlé avec Trump de la menace iranienne et que le nouveau président était d’accord sur le fait que le pacte nucléaire était mauvais. Mais on ne parlait pas de l’abroger, ou même de l’amender.

Les développements nationaux témoignent aussi de la lenteur avec laquelle les changements de l’ère Trump se produisent.

Le ministre de l’Education Naftali Bennett, le président du parti HaBayit HaYehudi, avait annoncé que la solution à deux états quitterait la scène internationale en même temps que Barack Obama. Lui et d’autres politiciens à la droite de Netanyahu, y compris des ministres du Likud, ont juré de promouvoir la législation appliquant la souveraineté israélienne sur des parties de la Cisjordanie, une annexion de fait, dès que le nouveau président serait investi.

Mais Netanyahu, qui s’oppose à de telles mesures, a pu gagner du temps. Il a persuadé ses ministres de reporter toute action unilatérale jusqu’à sa rencontre avec Trump début février. Lors de la réunion hebdomadaire du Likud à la Knesset, Netanyahu a fait de grands efforts pour atténuer les attentes d’une nouvelle ère, dans laquelle Israël pourrait faire ce qu’il veut de la Cisjordanie.

Il a salué le « changement d’approche » que Trump a apporté avec lui à la Maison Blanche, il a mis en garde contre les décisions hâtives. « Ce n’est pas le moment pour des réactions, des diktats ou des surprises, a-t-il mis en garde. C’est le moment d’une diplomatie responsable et prudente entre amis. Une diplomatie qui renforcera la coopération et la confiance entre le gouvernement israélien et le nouveau gouvernement de Washington. »

Donald Trump reste totalement imprévisible, et il n’est pas impossible qu’il annonce son soutien à l’extension des implantations ou au déménagement de l’ambassade américaine dans les jours ou les semaines qui arrivent. Et bien qu’il ne fasse guère de doutes que les relations israélo-américaines soient résolument différentes sous Trump par rapport à l’état des relations sous son prédécesseur, le changement semble arriver plus lentement à ce que beaucoup à Jérusalem espéraient.