Il est trop tôt pour en être certain, mais il semble que les combats menés par le Hezbollah, aux côtés des milliers de soldats de l’armée syrienne et des membres des Gardiens iraniens de la Révolution, contre les milices d’opposition anti-syriennes sur le Golan syrien, ne font que commencer.

Mais pour l’instant au moins, l’avantage est dans le camp de l’axe chiite, qui a réussi à capturer plusieurs villes et villages du groupe du Front du Sud-Syrien et du Front Al-Nosra, l’organisation affiliée à Al-Qaïda, considérée comme la puissance militaire dominante dans la province méridionale de Daraa.

Cependant, le résultat sur le Golan n’a pas encore été décidé. Après quelques jours de progrès, la neige et la pluie ont ralenti le Hezbollah. Mais même maintenant que la météo s’est améliorée, la tâche ne s’avère pas facile pour l’organisation, qui a atteint les limites de ses capacités militaires.

Le sud de la région, à savoir le triangle entre Qouneitra, Daraa et la banlieue sud de Damas, est toujours considéré comme un bastion des opposants du Hezbollah qui ne sont pas affiliés à l’État islamique.

Bien que les armes des rebelles et les capacités militaires sont limitées, leur motivation est élevée car la zone est considérée comme presque « le dernier bastion » des forces de l’opposition non-EI en Syrie.

Mais même si l’opération du Hezbollah en Syrie réussissait et que le groupe est en mesure d’occuper les hauteurs du Golan, cela ne signifie pas que la bataille a été gagnée.

L’organisation a certes fait des gains stratégiques visibles, vaincu les forces de l’opposition dans les montagnes le long de la frontière libanaise, mais a vu les combats reprendre quelques mois plus tard.

C’est un scénario probable que, comme par le passé, les combattants de l’opposition vont très probablement essayer de reprendre le contrôle de la région, qu’elles aussi considèrent comme cruciales à leurs fins militaires.

Mais indépendamment de l’issue de cette opération vieille d’une semaine, le fait même que le Hezbollah participe à une campagne militaire à l’intérieur du territoire syrien est une déclaration hors-du-commun.

La présence de milliers de soldats du groupe près de la frontière israélo-syrienne, sans que l’organisation n’essaye même pas de cacher son implication dans les combats, signifie beaucoup plus que juste une autre opération.

Il s’agit d’une nouvelle stratégie. Tout d’abord, sur le plan géopolitique, le Hezbollah tente de mettre en œuvre la vision récemment introduite par son chef, Hassan Nasrallah, selon laquelle les hauteurs du Golan syrien et le Sud-Liban sont un front uni.

Pour dire les choses plus crûment, l’ordre ancien et l’ancienne répartition géographique entre la Syrie et le Liban n’est désormais plus du tout pertinente pour le groupe.

En d’autres termes, il n’y a plus de distinction entre l’armée du président Bashar el-Assad en Syrie et l’organisation de Nasrallah au Liban ; elles sont maintenant une seule entité qui contrôle certaines parties de la Syrie et la majorité du Liban. Par le passé, les dirigeants syriens, y compris le père d’Assad, Hafez el-Assad, voyaient le Liban dans le cadre de la Grande Syrie.

Maintenant, le morcau de la Syrie contrôlé par Assad est devenu une partie du Grand Liban du Hezbollah, ou plutôt de l’Iran. Les anciens pays sont morts ; vive la petite Grande Syrie – sous le contrôle de l’Iran.

L’ancien Premier ministre libanais Saad Hariri a pris la parole samedi à Beyrouth lors de la commémoration des dix ans depuis l’assassinat de son père, Rafik Hariri.

Hariri a critiqué l’implication du Hezbollah dans la guerre civile en Syrie, en particulier ses récentes déclarations selon lesquelles « le Sud-Liban et le Golan sont un front uni. » Il a même appelé le groupe à livrer à la Cour pénale internationale les suspects dans l’assassinat de son père, qui sont bien sûr, des membres du Hezbollah.

En apparence, il s’agit d’un geste fait par un homme courageux, qui, bien que sachant que sa vie est en grand danger, a formellement et sans équivoque défié le Hezbollah.

Mais de l’avis de l’auteur de ces lignes, le discours de Hariri était surtout un adieu au Liban d’antan, celui qui était autrefois dominé par les sunnites et les chrétiens maronites.

Hariri comprend également que le Liban n’est plus le même pays que celui dans lequel il a été élevé, ou même, d’ailleurs, celui dont il a été le Premier ministre.

Le printemps arabe a apporté avec lui un bouleversement régional qui a totalement transformé le Liban, qui présage un avenir particulièrement sombre pour ceux qui ne sont ni partisans de milices sunnites radicaux ni affiliés au Hezbollah. Peut-être est-ce la raison poir laquelle Hariri ne vit plus au Liban.

Au-delà des changements politico-géographiques au Liban et en Syrie, le Hezbollah tente également de remodeler son équilibre sécuritaire avec Israël.

Comme presque toute autre organisation ou entité dans le Moyen-Orient, le Hezbollah est aussi sujet à des théories de conspiration selon lesquelles il établit ses tactiques militaires.

Ce mois-ci, l’organisation a affirmé qu’Israël soutenait le groupe rebelle radical du Front al-Nosra et ses avancées dans les hauteurs du Golan syrien.

Des membres du Hezbollah ont affirmé qu’ils avaient vu le transfert des blessés de la Syrie vers Israël. Ce qui était considéré en Israël comme un geste humanitaire a été interprété comme une tentative de coopération entre l’organisation, qui soutient Al-Qaïda, et Israël.

Cette opération dirigée par le Hezbollah est conçue pour empêcher ce qu’elle considère la possibilité qu’Israël de l’encercler entre Har Dov à l’Ouest, et en utilisant le Front al-Nosra et les forces de l’opposition modérée.

Le Hezbollah craint qu’Israël contourne et assiége le Sud du Liban par l’Est, provoquant ainsi des difficultés pour les activités de l’organisation sur place.

En outre, et peut-être plus important encore, le Hezbollah et Assad craignent qu’Israël se construise une voie vers Damas via Qouneitra et Daraa – ce qui lui permettra d’accéder facilement à la capitale syrienne en cas de guerre.

La mission du Hezbollah est destinée à torpiller cette possibilité. Il est difficile de dire comment cela va se terminer. Mais ce qui est clair, c’est que la situation à la frontière entre Israël et le Hezbollah-Land est plus explosive que jamais.