L’Iran et les six grandes puissances reprennent jeudi à New York leurs négociations pour tenter de parvenir, en moins de dix semaines, à un accord dans le dossier nucléaire iranien, mais le parcours demeure semé d’embûches après douze années de blocages.

« Nous sommes toujours optimistes mais la route sera encore longue », a prévenu le négociateur iranien Abbas Araqchi à l’issue d’une journée de discussions préliminaires, la semaine dernière à Vienne.

QUELS SONT LES ENJEUX ?

L’Iran revendique son droit au nucléaire civil et assure que son programme nucléaire ne recèle pas de dimension militaire.

Les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU (Chine, Etats-Unis, France, Royaume-Uni, Russie) et l’Allemagne, qui représentent la communauté internationale dans ce dossier, souhaitent que Téhéran limite ses capacités techniques de façon à rendre cette option impossible.

L’Iran exige de son côté la levée des sanctions économiques décrétées par l’ONU et les pays occidentaux.

QUEL EST LE CONTEXTE ?

Après un premier tour de négociations, les parties ont convenu en juillet d’un délai supplémentaire de quatre mois pour parvenir à un accord, fixant la date butoir au 24 novembre.

Le secrétaire d’Etat américain John Kerry a jugé qu’il s’agissait « de la meilleure chance qu’on ait jamais eue de régler ce dossier de façon pacifique ».

Les discussions se dérouleront principalement au niveau des directeurs politiques mais il est probable qu’elles impliqueront également les différents ministres des Affaires étrangères, présents à New York pour l’Assemblée générale de l’ONU qui s’ouvre mardi.

QUEL EST LE POINT CLE ?

L’enrichissement d’uranium représente assurément le point le plus sensible du dossier.

Enrichi à un faible niveau, l’uranium sert de combustible aux centrales nucléaires pour la production d’électricité.

A un degré élevé, ce qui suppose de grandes quantités de matière première, il peut servir à fabriquer la bombe atomique.

Le guide suprême iranien, l’ayatollah Khamenei, ultime décisionnaire dans les négociations, souhaite que l’Iran se dote de capacités industrielles à enrichir l’uranium.

La communauté internationale exige, elle, une stricte réduction de ces capacités.

QUELS SONT LES SIGNES ENCOURAGEANTS ?

L’Iran semble avoir accepté le principe d’un contrôle accru de l’AIEA sur ses stocks de combustible nucléaire et n’exclut pas de reconsidérer la nature de l’activité de son usine de Fordo, son second plus grand site d’enrichissement après celui de Natanz.

Téhéran s’est également montré disposé à modifier la conception de son réacteur en construction à Arak de façon à ce que celui-ci produise moins de plutonium qu’initialement prévu. Ce matériau, comme l’uranium enrichi, peut être utilisé à des fins militaires.

QUELS SONT LES MOTIFS D’INQUIETUDE ?

Après avoir accepté en début d’année de collaborer avec l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) dans l’enquête sur la possible dimension militaire de son programme nucléaire, Téhéran n’a pas répondu dans les temps aux questions posées par l’agence onusienne.

Déplorant ce manque de coopération, le directeur général de l’AIEA, Yukiya Amano, a souligné lundi qu’il est « très important que l’Iran continue de mettre en oeuvre, en temps et en heure, toutes les mesures pratiques convenues ».

QUELS SONT LES AUTRES POSSIBLES POINTS D’ACHOPPEMENT ?

La durée de validité d’un éventuel accord reste débattue.

Washington souhaite qu’il porte sur au moins dix ans, Téhéran sur beaucoup moins. Le rythme auquel les sanctions seront levées représente également un point délicat. Sans compter la difficulté technique de lever ces sanctions, qui nécessite entre autres un vote de l’ONU et d’un Congrès américain loin d’être acquis à cette idée.

QUELLES SONT LES CHANCES DE SUCCES ?

Un accord représenterait une avancée historique dans ce dossier mais, selon les experts, une telle perspective demeure hypothétique, Téhéran ayant régulièrement soufflé le chaud et le froid au fil des années, donnant l’impression de chercher à gagner du temps. Le régime a toutefois un besoin urgent de retrouver un souffle économique.

Bien que le 24 novembre soit présenté comme une date butoir gravée dans le marbre, les experts n’excluent pas qu’un nouveau délai puisse être accordé, eu égard notamment au contexte géopolitique au Moyen-Orient.

« Heureusement, l’échec d’un accord global ne signifierait pas nécessairement la fin de l’option diplomatique et le retour à l’escalade des sanctions d’une part et des centrifugeuses (enrichissant l’uranium) de l’autre, avec à terme la menace d’une intervention militaire », estime Mark Fitzpatrick, de l’Institut international d’études stratégiques (IISS).

« Le plus probable est qu’un nouvel accord intérimaire soit conclu, sans doute assorti de nouvelles conditions, comme un engagement formel concernant le réacteur d’Arak », juge-t-il.