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Accueil chaleureux à Damas pour des Juifs américains exilés de Syrie en visite

Pour la première fois depuis la chute du régime Assad, une délégation juive américaine visite Damas et découvre une communauté décimée et des sites en ruine

Luke Tress est le correspondant du Times of Israel à New York.

Henry Hamra tient un rouleau de Torah alors qu'il visite la synagogue al-Franj dans le quartier juif de Damas, le 18 février 2025. (Crédit : Louai Beshara/AFP)
Henry Hamra tient un rouleau de Torah alors qu'il visite la synagogue al-Franj dans le quartier juif de Damas, le 18 février 2025. (Crédit : Louai Beshara/AFP)

Avant de quitter la Syrie pour les États-Unis en 1992, Henry Hamra travaillait dans le secteur de la confection avec un jeune homme né à Damas, né d’une mère juive et d’un père musulman. Il avait appris à connaître la famille, mais avait perdu contact après son départ pour les États-Unis à l’âge de 15 ans.

Cette semaine, lors de son tout premier retour en Syrie, Hamra a renoué avec le frère de son ancien collègue lors d’une visite dans son ancien quartier.

« Il m’a serré dans ses bras et m’a embrassé en me disant : ‘Ne nous laisse pas seuls. Nous voulons vous voir. Nous voulons rester en contact avec toi’ » raconte Hamra.

Cette rencontre s’est inscrite dans le cadre de l’accueil chaleureux réservé à une délégation juive américaine à Damas cette semaine, marquant la première visite de Juifs américains en Syrie depuis la chute du régime d’Assad. Henry Hamra et son père, le rabbin Yusuf Hamra, ont fait le voyage pour renouer avec leurs racines syriennes et examiner l’état des sites juifs. En dépit de l’accueil bienveillant, ils ont constaté que la communauté juive était fortement réduite et que la plupart des sites juifs étaient en mauvais état.

Le voyage de quatre jours a été organisé par la Syrian Emergency Task Force (SETF), une organisation à but non lucratif basée aux États-Unis et fondée en 2011 pour répondre aux conséquences de la guerre civile et de la dictature d’Assad. La délégation a voyagé avec Qatar Airways, reliant New York à Doha, puis de Doha à Damas.

La délégation comprenait neuf personnes, dont les Hamra, plusieurs membres de la SETF, et le rabbin Asher Lopatin, directeur des relations communautaires à la Fédération juive du Grand Ann Arbor, dans le Michigan.

Le groupe a visité plusieurs sites juifs historiques : une ancienne école juive, plusieurs synagogues et un cimetière juif, tout en explorant également des sites non juifs, a indiqué Lopatin.

Ce dernier, qui n’a pas d’ascendance syrienne, a participé à cette mission grâce à un médecin musulman de Détroit avec qui il collabore sur des projets interconfessionnels. Il a raconté que la délégation avait reçu un « traitement VIP » à l’aéroport et qu’ils avaient pu se promener dans le quartier juif de Damas tout en portant une kippa, sans rencontrer d’hostilité.

« Les enfants, les adultes, même les agents de sécurité étaient ravis de voir des Juifs revenir. Pour eux, cela symbolise l’espoir d’une nouvelle Syrie unifiée, où tout le monde, quelle que soit sa religion, est Syrien avant tout, » a expliqué Lopatin.

« Toutes les personnes que nous avons rencontrées étaient très enthousiastes en apprenant que nous étions juifs. L’accueil a été incroyablement chaleureux, » a-t-il ajouté.

Le rabbin Asher Lopatin, au centre à gauche, avec des habitants du quartier de Jobar à Damas, en Syrie, le 18 février 2025. (Crédit : Autorisation)

Henry Hamra a expliqué que ce voyage était avant tout une démarche personnelle, visant à renouer avec son lieu de naissance et les souvenirs de son enfance. Il se souvient avec émotion de ses « meilleures années » passées en Syrie, entouré d’une communauté juive très soudée, qui s’est progressivement dispersée après son départ pour les États-Unis.

« La famille, les amis, nous étions toujours ensemble. Nous étions collés les uns aux autres. Toute la communauté était comme une grande famille », a-t-il déclaré. « Puis vous allez dans un autre pays. Et surtout il s’agit des États-Unis, vous vous perdez dans l’immensité des grandes villes. »

À 20 ans environ, il a commencé à faire des recherches sur l’histoire de la communauté juive syrienne. Il a passé des heures dans les bibliothèques, rassemblant photos, antiquités et vidéos.

Pendant la guerre civile syrienne, Hamra est entré en contact avec Mouaz Moustafa, le directeur de la Syrian Emergency Task Force (SETF). Après le bombardement d’une synagogue historique à Jobar, Hamra avait contacté un habitant du quartier pour lui demander de récupérer les objets religieux restants. Cet homme a réussi à collecter plusieurs artefacts et à les placer dans une boîte pour les protéger. Mais, malheureusement, le gouvernement syrien a confisqué la boîte et les objets ont été perdus. Cet habitant a ensuite fui en Turquie, et il a mis Hamra en contact avec Moustafa.

Après la chute du régime, Moustafa a invité Hamra en Syrie. Grâce à ses relations étroites avec le nouveau gouvernement syrien, la SETF s’est portée garante de la sécurité du groupe, a déclaré Hamra. Le personnel du ministère des Affaires étrangères syrien a assuré la sécurité du groupe.

Selon lui, le nouveau gouvernement syrien a voulu faciliter ce voyage pour transmettre un message de paix et d’ouverture.

« Je pense qu’ils voulaient montrer que la paix est possible entre toutes les communautés. Ils aspirent vraiment à la paix dans la région », a déclaré Hamra. « Cette délégation représentait une porte ouverte, un symbole d’espoir pour tous. »

L’aîné des Hamra a envoyé une lettre au président syrien par intérim, Ahmad al-Sharaa, pour le féliciter du nouveau gouvernement et lui dire que, malgré ses années d’exil, la communauté juive syrienne « continue de chérir son lien profond avec la Syrie, sa mère patrie ».

« Alors que nous assistons à l’aube d’une nouvelle ère, nous sommes impatients de reconstruire les ponts de communication et de participer activement à la reconstruction de notre patrie, aux côtés de nos compatriotes syriens », peut-on lire dans la lettre. Le groupe a rencontré le ministre des Affaires étrangères adjoint de la Syrie au cours de sa visite.

Une femme musulmane s’adresse au rabbin syrien Youssef Hamra, basé aux États-Unis, lors de sa première visite depuis le début des années 1990 à Damas, devant la synagogue Ifrange dans le quartier juif du district de Bab Sharqi, dans la capitale syrienne, le 19 février 2025. (Crédit : LOUAI BESHARA / AFP)

Maintenant, c’est différent, mais c’est beau

Hamra et son père se sont rendus dans plusieurs anciens sites juifs de Damas, dont notamment une école où Hamra, père, avait enseigné pendant des dizaines d’années. Ils ont constaté que la plupart des sites ont été dépouillés de leurs objets juifs, même si la synagogue al-Franj possède encore des rouleaux de Torah. Dans la zone de la synagogue de Jobar, le groupe n’a trouvé qu’un fragment d’arche ornée d’une étoile de David.

« Tout a été volé », a déploré Hamra. « Il ne reste plus que le plafond et le sol, rien d’autre. »

En visitant la synagogue al-Franj, où son père avait officié comme rabbin, Hamra a été frappé par la différence entre ses souvenirs d’enfance et la réalité actuelle.

« Je pensais qu’elle était plus grande quand j’étais enfant. Maintenant, c’est différent, mais elle est toujours magnifique, » confie-t-il.

Malgré leur état de délabrement, aucun des sites juifs n’a été réaffecté ou occupé, a précisé le Lopatin. Il a également souligné que certains habitants du quartier se souvenaient encore des Juifs se rendant à pied aux différentes synagogues.

L’ancien gouvernement syrien a profané un cimetière juif de Jobar, déterrant des corps, pour construire une route. Hamra a néanmoins pu localiser les tombes de son grand-père et de son arrière-grand-père.

D’après Hamra, il ne reste plus que sept Juifs à Damas — trois femmes et quatre hommes — dont certains sont âgés, infirmes ou souffrent de troubles mentaux.

La délégation a tenté de les contacter par téléphone, mais aucun n’a souhaité rencontrer le groupe pour des raisons obscures, a indiqué Hamra. Toutefois, ils ont pu échanger brièvement avec Bakur Simantov, l’autoproclamé chef des Juifs restants à Damas, qui entretient désormais des liens avec le nouveau gouvernement syrien, mais il se serait disputé avec un responsable d’une des synagogues locales au sujet de biens pillés.

Le rabbin Asher Lopatin à Damas, Syrie, février 2025. (Crédit : Autorisation)

Joe Jajati, un Juif syrien vivant à New York et parent des Hamra, était en visite à Dubaï lorsque la délégation l’a invité à rejoindre le voyage. L’objectif était de tenter de réunir un minyan — un quorum de dix hommes pour la prière juive — dans une des synagogues de Damas. Jajati a pris l’avion pour Beyrouth, puis a rejoint Damas en voiture pour participer à l’initiative. Malheureusement, ils n’ont pas réussi à rassembler les dix personnes.

Jajati, qui a visité la Syrie alors qu’elle était encore contrôlée par le régime Assad, raconte comment des hommes sont venus chez lui Lopatin, qui porte une kippa et était assis avec lui dans le lobby de l’hôtel.

« Des gens s’approchaient de lui et lui demandaient s’il pouvaient prendre une photo avec lui », raconte Jajati. « Je ne m’attendais pas à cela, mais cela faisait plaisir à voir. »

Joe Jajati a exprimé une certaine gratitude envers le régime Assad pour avoir protégé les sites juifs avant sa chute, tout en affirmant que la Syrie sous le nouveau gouvernement semble désormais plus accueillante envers les Juifs. Toutefois, il a remarqué un changement démographique à Damas, observant davantage de groupes islamistes par rapport à ses précédentes visites.

« Avant, c’était beaucoup trop politique. Maintenant, c’est mieux accepté, » a-t-il déclaré. « Ces gens croient qu’ils peuvent enfin changer les choses. Ils se disent : ‘Maintenant, nous allons être différents. Peut-être que la paix est possible. Après 15 ans d’enfer, nous méritons de vivre normalement. Toute personne sensée voudrait cela.’ »

Issam Khoury, journaliste syrien à New York qui a été exilé par le régime Assad, a noté que le nouveau gouvernement est encore en phase de consolidation, confronté à d’importants défis et qu’il n’avait fait aucune déclaration au sujet des Juifs syriens.

« Il a toutefois lancé un appel officiel au retour de tous les Syriens pour participer à la reconstruction du pays, et cela inclut évidemment les Juifs syriens », a indiqué Khoury. Le gouvernement espère que les Juifs syriens investiront dans le pays et contribueront à la levée des sanctions. De nombreux Syriens se souviennent encore des contributions de la communauté et sont « fiers des Juifs syriens », même s’ils avaient peur d’exprimer des sentiments positifs à l’égard des Juifs sous le régime Assad.

La situation sécuritaire reste précaire et le pays nécessitera probablement un ou deux ans pour se stabiliser. Les persécutions contre les minorités, notamment les Murshidiens, les Alaouites et les Chrétiens, persistent dans certaines régions, a souligné Khoury.

La Syrie attend désormais l’adoption d’une nouvelle constitution, certains craignant un « système islamique », mais si la constitution a un cadre pluraliste et démocratique, « cela signifierait la liberté sociale et politique en Syrie, et alors les Juifs et les autres minorités syriennes se sentiront rassurés », a indiqué Khoury.

Le président par intérim Ahmad al-Sharaa, ancien chef du groupe islamiste Hayat Tahrir al-Sham (HTS) — ex-branche locale d’Al-Qaïda —, soulève de nombreuses interrogations à l’international.

« Je comprends les doutes et les inquiétudes », dit Lopatin au sujet du nouveau gouvernement, « mais donnons-leur une chance ».

Hamra espère que ce voyage permettra à un plus grand nombre de Juifs syriens de découvrir les racines de leur communauté. Les Juifs syriens sont arrivés aux États-Unis il y a plus de 100 ans. Les premiers arrivés ont moins de liens avec la Syrie et connaissent moins bien l’histoire de la communauté dans ce pays que ceux qui sont arrivés dans les années 1990, lorsque le régime d’Assad a levé les restrictions de voyage imposées aux Juifs, comme Hamra et Jajati.

« J’aimerais que l’on m’aide à nettoyer les synagogues, à restaurer ces lieux. Certaines ont quatre ou cinq cents ans — pourquoi les laisser s’effondrer ? »

« C’est ici que j’ai prié, que je jouais avec mes amis. Ce sont des souvenirs. Comment pourrait-on simplement les abandonner ? Jeter tout cela ? C’est dur… très dur de laisser tomber. »

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