Accusé de « blanchir un génocide », Peter Beinart s’excuse pour son intervention à Tel Aviv
L’écrivain juif américain d’extrême gauche est l’un des opposants juifs les plus virulents à l’existence d’un État juif en Israël et soutient les « nombreuses formes » du mouvement BDS
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Peter Beinart, écrivain juif d’extrême gauche, s’est excusé mercredi d’être intervenu cette semaine lors d’une conférence à l’université de Tel Aviv, affirmant avoir commis une « grave erreur » après avoir essuyé une vague de critiques de la part d’activistes antisionistes notoires.
Beinart est l’un des opposants juifs les plus virulents à l’existence d’un État juif en Israël et soutient les « nombreuses formes » du mouvement de boycott, désinvestissement et sanctions contre le pays, connu sous le nom de BDS. Il a essuyé de vives critiques d’activistes antisionistes et de groupes pro-palestiniens pour avoir enfreint ce boycott.
Il avait d’abord expliqué que son intervention de mardi représentait une occasion de transmettre son point de vue directement à des Israéliens, avant de reconnaître dans une longue publication sur X qu’il avait « laissé son désir de dialogue l’emporter sur sa solidarité avec les Palestiniens ».
« Je voulais dire certaines choses à un public israélien. Prendre la parole à l’université de Tel Aviv semblait m’offrir cette chance », a écrit Beinart mercredi sur X.
« C’est embarrassant d’admettre une erreur aussi grave. J’aurais souhaité ne pas l’avoir commise, car elle a causé un préjudice particulier à un moment où la pression internationale est cruciale pour garantir la liberté des Palestiniens. C’était une erreur de jugement. J’en suis navré. »
Beinart, auteur et professeur de journalisme à la City University of New York (CUNY), s’est exprimé sur le campus de Tel Aviv avec Yoav Fromer, membre senior du département d’anglais, lors d’un événement intitulé « Trump, Israël et l’avenir de la démocratie américaine ».
Beinart avait subi des pressions de la part d’activistes anti-Israël avant la conférence. Un membre fondateur du mouvement BDS avait publiquement appelé Beinart à annuler sa venue, après avoir affirmé l’y avoir exhorté en privé.
« Les Palestiniens condamnent l’événement organisé par Peter Beinart à l’université de Tel Aviv, complice du génocide perpétré par Israël à Gaza », a déclaré le Palestinian Campaign for the Academic and Cultural Boycott of Israel (PACBI), la branche culturelle du mouvement BDS, dans une publication sur X. « Blanchir un génocide est incompatible avec toute prétention à l’humanisme ou à la cohérence morale. »
Dans un communiqué, la PACBI a accusé l’université d’être « profondément complice en permettant et en tentant de blanchir le génocide perpétré par Israël, armé et financé par les États-Unis, ainsi que son régime de longue date de colonialisme, d’occupation militaire et d’apartheid ».
Avant la conférence, mardi, Beinart avait expliqué sur X qu’il avait choisi de parler à l’université de Tel Aviv « parce que je veux toucher les Juifs qui ne sont pas d’accord avec moi ; je pense qu’en essayant de convaincre les Juifs de repenser leur soutien à l’oppression des Palestiniens par Israël, je peux contribuer, à mon modeste niveau, à la lutte pour la liberté et la justice ».
Le lendemain, il exprimait déjà ses regrets.
Interrogé par le Times of Israel sur la portée de ses excuses, à savoir si elles concernaient spécifiquement l’université ou son expression publique en Israël, Beinart a répondu : « Comme je l’ai dit dans mon tweet, je chercherai des moyens de parler aux Israéliens et avec eux sans m’exprimer dans des institutions complices de l’oppression des Palestiniens. »
Ses excuses ont toutefois suscité de nouvelles critiques de la part d’activistes anti-Israël. Nerdeen Kiswani, organisatrice antisioniste de premier plan à New York, a publié sur X que « Peter manque constamment de respect aux communautés qu’il prétend soutenir, en particulier les Palestiniens, puis il s’en excuse. »
Ali Abunimah, fondateur du site Electronic Intifada, a écrit « qu’il est difficile de ne pas voir cela comme une tentative de limiter les dégâts, visant à restaurer sa crédibilité après la réaction violente suscitée par sa décision consciente et délibérée de briser un boycott clairement établi ».
It was indeed a serious mistake and one @PeterBeinart really has no excuse for. He has been engaging in debate about the BDS movement for more than a decade and he knows all the arguments and he has heard from Palestinians for years and up to the moment of his visit to the… https://t.co/RnXXUUvpjV
— Ali Abunimah (@AliAbunimah) November 26, 2025
Des critiques, et quelques moqueries, ont également été formulées par des partisans d’Israël sur X. Todd Richman, cofondateur de Democratic Majority for Israel, a écrit que les excuses de Beinart « devraient être une révélation pour tout Juif se trouvant de l’autre côté de la barrière ».
Il a ajouté « qu’il n’y a rien de mal à critiquer le gouvernement israélien, mais que croire pouvoir gagner la faveur de ceux qui nient la légitimité d’Israël en menant la charge contre lui, c’est se bercer d’illusions ».
This is unbelievable. Peter Beinart couldn’t take the heat from his own anti-Zionist and pro-Palestinian allies. Hopefully he now sees the truth: to them, he’s just a Jew—nothing more.
The vitriol he got for going to @Israel, even though his speech at @TelAvivUni was thoroughly… https://t.co/SH7lujnu6h
— Todd Richman (@toddrichman) November 26, 2025
Beinart, ancien rédacteur en chef du New Republic qui se décrivait autrefois comme un « sioniste libéral », s’oppose désormais à l’existence d’Israël en tant qu’État spécifiquement juif. Auteur de plusieurs ouvrages, dont Being Jewish After the Destruction of Gaza, publié au début de l’année, il est également rédacteur en chef adjoint du magazine américain de gauche Jewish Currents.
À la suite des excuses de Beinart, la rédactrice en chef de Jewish Currents, Arielle Angel a également critiqué son choix de s’exprimer à l’université de Tel Aviv, tout en saluant le fait qu’il ait reconnu son erreur.
« Je suis heureuse de voir les excuses de Peter », a-t-elle écrit sur X. « Jusqu’à la dernière minute, Jewish Currents n’avait pas connaissance de cet événement et n’avait pas été consulté. Si nous l’avions été, je l’aurais exhorté à ne pas briser le boycott. J’apprécie qu’il ait reconnu son erreur. »
Avant le discours, Matan Jerafi, PDG du groupe militant israélien de droite Im Tirtzu, avait envoyé une lettre au président de la TAU, Ariel Porat, l’exhortant à annuler l’événement, selon Israel National News.
« Pourquoi accueille-t-il sur son campus une personne qui ne reconnaît pas l’État d’Israël et appelle à des sanctions contre Israël ? », a écrit Jerafi. « Nous demandons à Porat d’annuler cet événement absurde. Cessez de ternir la réputation du monde universitaire israélien. Nous ne sommes pas à l’université Columbia. »
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