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Analyse

Alors que la solution à 2 États s’éloigne, davantage de Juifs américains envisagent un État unique

Selon un sondage, près de 50 % des moins de 35 ans soutiennent désormais un État binational, relançant ainsi une idée considérée comme antisioniste, même si beaucoup affirment être émotionnellement attachés à Israël

Des membres de l'organisation de gauche « Standing Together » manifestant en faveur d'une sécurité financière égale pour tous les citoyens d'Israël, devant la Knesset, le 14 mai 2020. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Des membres de l'organisation de gauche « Standing Together » manifestant en faveur d'une sécurité financière égale pour tous les citoyens d'Israël, devant la Knesset, le 14 mai 2020. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

JTA – Pendant une grande partie de l’Histoire moderne du conflit israélo-palestinien, l’expression « solution à un seul État » a été considérée comme marginale, en particulier par les partisans juifs d’Israël. L’idée que les Juifs israéliens et les Arabes palestiniens pourraient vivre sous un même gouvernement était considérée comme l’antithèse même du sionisme, qui affirme la légitimité du nationalisme juif et le droit d’établir un État dirigé par des Juifs sur la terre ancestrale du peuple juif.

Mais les choses sont en train de changer – du moins dans certaines franges du monde juif.

Un récent sondage a révélé qu’environ la moitié des Juifs américains de moins de 35 ans étaient favorables à un règlement du conflit par la création d’un État binational englobant Israël, la Cisjordanie et la bande de Gaza – avec un gouvernement élu par les Juifs et par les Palestiniens. Selon l’enquête d’opinion qui a été publiée le 21 mai par le Jewish Voter Resource Center, ce soutien a été légèrement plus élevé chez les Juifs non orthodoxes de moins de 35 ans.

Au sein de la population juive dans son ensemble, le soutien à une telle solution a été bien plus faible – environ un quart – les Juifs plus âgés étant nettement plus enclins à privilégier une forme de solution à deux États ou un État explicitement juif.

Ces chiffres ne signifient toutefois pas qu’un État binational fasse désormais l’objet d’un consensus. Parmi les personnes directement concernées, le soutien à une telle perspective est loin d’être suffisant pour refléter une réelle adhésion.

Cette idée reste profondément impopulaire parmi les Israéliens, la plupart y voyant une atteinte au sionisme. Ils estiment en effet qu’elle rendrait pratiquement impossible la préservation du caractère juif de l’État hébreu et qu’elle constituerait une menace directe pour leur sécurité, compte tenu des années d’attaques palestiniennes. La majorité des Palestiniens considèrent cette idée comme un abandon de leurs rêves d’État – et ils doutent fortement de la possibilité de se voir un jour accorder des droits, un pouvoir et une dignité pleins et entiers dans le cadre d’un tel accord.

Les dirigeants du groupe israélo-palestinien « A Land for All » participant au « It’s Time : People’s Peace Summit 2026 », à l’Expo Tel Aviv, en Israël, le 30 avril 2026. Sur leurs tee-shirts, on peut lire : « Deux États, une seule patrie ». (Crédit : JTA via Facebook)

Mais, alimentées par la frustration qui a été suscitée par la guerre contre le groupe terroriste palestinien du Hamas à Gaza et par ce que beaucoup considèrent comme la fin de la solution à deux États, différentes versions de cette idée connaissent aujourd’hui leur plus grande popularité depuis des années. Et les jeunes Américains ne sont pas les seuls à y être favorables.

La semaine dernière, Ezra Klein, animateur d’un podcast du New York Times, avait interviewé les codirecteurs exécutifs de l’organisation « A Land for All ». Cette initiative conjointe israélo-palestinienne, créée il y a plus de dix ans, propose un modèle de confédération qui reconnaîtrait à la fois Israël et la Palestine, tout en envisageant une souveraineté partagée, avec une libre circulation et une coopération entre les deux gouvernements.

« Les Palestiniens votent pour le gouvernement palestinien, mais ils peuvent avoir leur résidence en Israël et, par conséquent, bénéficier de tous les droits civils et locaux liés à ce statut de résident – et inversement », explique Rula Hardal, qui se définit comme une citoyenne palestinienne d’Israël.

Sa partenaire, l’avocate juive israélienne Me May Pundak, décrit cette idée comme un « découplage […] de la nationalité et de l’espace géographique ». Elle cite l’exemple de l’Irlande du Nord, où un conflit acharné a été en grande partie résolu grâce au partage du pouvoir.

Dans un article qui a été publié sur Substack au mois de juin dernier, MJ Rosenberg, qui soutenait la solution à deux États en tant que directeur des politiques de l’Israel Policy Forum au début des années 2000, a fait part de son soutien à un « État démocratique unique sur l’ensemble de la Palestine historique ».

« Il appartiendrait à tous ceux qui y vivent », a écrit Rosenberg.

« Les droits civils des Juifs seraient pleinement protégés. Les droits civils des Palestiniens seraient pleinement protégés. Le gouvernement tirerait sa légitimité de la citoyenneté plutôt que de l’ethnicité. »

Le mois dernier, les dirigeants du mouvement israélo-palestinien pour la coexistence « Standing Together » ont lancé en Israël un nouveau parti politique mixte dont le nom, « Makom Lekulanu », signifie « un endroit pour nous tous ». Bien que le programme de ce parti ne prône pas une solution à un seul État, Standing Together approuve la vision « deux États, une patrie » qui est défendue par A Land for All.

Plusieurs ouvrages récents proposent également une forme de partage du pouvoir, souvent moins poussée que le modèle « une personne, une voix » qui est défendu par les militants d’extrême-gauche, mais qui constitue néanmoins une rupture radicale avec le statu quo.

Dans son ouvrage Haifa Republic, publié en 2021, le philosophe israélo-allemand Omri Boehm propose un État constitutionnel binational englobant Israël, la Cisjordanie et Gaza. Selon son projet, les Juifs et les Palestiniens resteraient des communautés nationales distinctes, mais l’État appartiendrait à parts égales aux deux peuples.

« Nous sommes confrontés à une situation intolérable où l’impossible devient nécessaire », avait déclaré Boehm, qui enseigne à la New School for Social Research, au journal allemand Der Spiegel, en octobre dernier.

« Nous devons trouver des propositions pour une solution politique à l’avenir. La seule alternative à une guerre sans fin est le compromis que représente une fédération. »

Les forces de sécurité israéliennes montant la garde tandis que des Palestiniens franchissent le poste de contrôle de Qalandiya pour se rendre à la première prière du vendredi du ramadan, à la mosquée Al-Aqsa, à Jérusalem, le 20 février 2026. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)

Dans leur ouvrage De l’apartheid à la démocratie : un plan pour la paix en Israël-Palestine, qui a été publié en 2025, Michael Schaeffer Omer-Man et Sarah Leah Whitson proposent un gouvernement de transition composé d’Israéliens et de Palestiniens qui jetterait les bases politiques et juridiques d’un avenir démocratique commun.

Selon un sondage qui a été réalisé au mois d’avril dernier par l’Institut d’études de sécurité nationale (INSS) basé en Israël, seuls 4 % de la population israélienne soutient une solution binationale à un seul État, ce soutien s’élevant à 16 % chez les Arabes et à seulement 1 % chez les Juifs. Une enquête d’opinion, elle aussi récente, qui a été menée auprès des Palestiniens a révélé que seuls 6 % d’entre eux soutenaient cette idée.

En revanche, environ 39 % des Juifs israéliens se disent favorables à la séparation entre Israéliens et Palestiniens, même si seulement 15 % d’entre eux soutiennent la formule « deux États pour deux peuples ».

Parallèlement, une légère majorité de Juifs américains – dont de nombreux jeunes – continuent de soutenir une solution à deux États, selon le Jewish Voter Resource Center.

Cependant, l’échec répété des négociations, l’expansion des implantations en Cisjordanie, l’affaiblissement de l’Autorité palestinienne (AP), le traumatisme du 7-Octobre et l’absence de progrès diplomatiques significatifs ont conduit de nombreuses personnes, en particulier les jeunes Juifs ayant atteint l’âge adulte après les Accords d’Oslo qui visaient à mettre en place une solution à deux États, à se demander si cette idée est encore réaliste.

Certains partisans juifs du binationalisme, sous ses différentes formes, affirment que l’idée de la coexistence de deux États est profondément ancrée dans l’histoire du sionisme.

Dans les années 1920, un groupe d’intellectuels juifs, parmi lesquels le rabbin Judah Magnes qui avait occupé tour à tour les fonctions de président et de chancelier de l’Université hébraïque, avait fondé une organisation appelée Brit Shalom. Celle-ci défendait l’idée que le sionisme devait rechercher un cadre politique partagé avec les Arabes palestiniens plutôt qu’un État juif basé sur le principe d’une souveraineté exclusive. Bien qu’elle n’en soit jamais devenue membre, Henrietta Szold, fondatrice de l’Organisation sioniste féminine d’Amérique, Hadassah, et figure éminente de la communauté juive américaine de sa génération, avait été sensible à ces idées.

Henrietta_Szold_at_home,_Jerusalem (photo credit: Wikimedia Commons)
Henrietta Szold à son domicile, à Jérusalem, vers 1922. (Crédit : Wikimedia Commons)

Dans sa biographie de Szold publiée en 2024, Francine Klagsbrun écrit que Szold avait été l’une des fondatrices d’Ihud, une organisation qui avait succédé à Brit Shalom et qui « cherchait un rapprochement entre Juifs et Arabes en Palestine par le biais de discussions et de négociations susceptibles de mener à leur idéal d’un État binational ». Le philosophe germano-israélien Martin Buber avait été l’un des principaux porte-parole de cette organisation.

« Les membres d’Ihud publiaient des brochures et un périodique exposant leurs idées, qui avaient presque immédiatement été attaquées par la presse et par les organisations sionistes, favorables à la partition », écrit Klagsbrun.

À l’époque, les Juifs constituaient toutefois une minorité en Terre sainte et le partage du territoire en entités juives et palestiniennes semblait hors de portée. Selon Geoffrey Levin, chercheur à l’université Emory, un plan de partage du pouvoir représentait alors « une sorte d’amélioration, mais très différente de ce que recherchait le courant dominant des sionistes politiques ».

Ce courant de pensée privilégiait de plus en plus la création d’un État juif – tandis que les dirigeants arabes palestiniens rejetaient tout projet national juif, quel qu’il soit. À la fin des années 1930 et dans les années 1940, au moment où les projets de partition gagnaient un soutien international, le binationalisme était devenu une position minoritaire.

Magnes était devenue, en conséquence, une figure controversée et isolée. Sa proposition d’un État binational fondé sur l’égalité des droits politiques entre Juifs et Arabes était dénoncée par de nombreux sionistes, qui y voyaient un abandon de l’objectif central du mouvement d’Ihud.

Après la création de l’État d’Israël en 1948, et surtout après la Guerre des Six Jours de 1967, le débat politique avait évolué.

Certains intellectuels israéliens de gauche avaient alors réexaminé les idées de souveraineté partagée, en réponse à la présence juive en Cisjordanie et à Gaza. D’autres, parmi lesquels le militant et homme politique Uri Avnery, avaient pris une direction différente, évoluant des idées initiales de partenariat régional mixte à la défense d’une solution à deux États pour deux peuples.

Pendant des décennies, la solution à deux États était devenue le cadre dominant parmi les juifs libéraux à l’échelle internationale, puis au sein de l’establishment politique israélien de gauche. Ils étaient convaincus qu’elle offrait la seule possibilité de préserver Israël en tant que patrie juive démocratique, tout en reconnaissant les aspirations nationales palestiniennes.

Mais après des décennies de violence et de négociations infructueuses – les derniers pourparlers importants entre Israéliens et Palestiniens remontent à 2014 – de nombreux militants avaient commencé à chercher des alternatives.

Et il n’en est finalement pas ressorti un seul nouveau mouvement, mais toute une série de propositions.

« Il y a une grande diversité de points de vue parmi les personnes que je connais et qui sont favorables à des solutions très différentes à un seul État », explique Matthew Boxer, sociologue à l’université Brandeis, qui mène des recherches sur l’identité juive.

« Il y a les partisans de la confédération, les défenseurs du Grand Israël, ceux du Grand Palestine, ceux qui pensent que la plupart des Israéliens et des Palestiniens veulent la paix et qu’ils y parviendront ensemble si seulement ils parviennent à faire reculer les extrémistes des deux camps, etc. »

Des Juifs célébrant le vote de l’Assemblée générale des Nations unies qui a recommandé la partition de la Palestine sous mandat britannique en deux États indépendants, arabe et juif, à Jérusalem, le 30 novembre 1947. (Crédit : Fonds national juif/Wikimedia Commons)

Un jeune diplômé de l’université Brandeis déclare, lors d’un entretien accordé à la JTA, qu’il soutient une solution à un seul État ou binationale, principalement parce qu’il ne croit plus qu’une solution à deux États soit réalisable ni qu’Israël l’ait poursuivie de bonne foi. Il décrit la solution qu’il privilégie comme une forme d’État binational ou comme une confédération – idéalement assortie de garanties internationales pour les deux peuples. Il fait également valoir que le modèle actuel d’État juif est ancré dans un cadre nationaliste dépassé qui désavantage les Palestiniens. (Il demande que son nom ne soit pas publié, par crainte de représailles et de doxxing de la part de ceux qui pourraient considérer sa position comme extrême.)

« Je vois de nombreux problèmes liés à la création et au maintien de l’État d’Israël, à la manière dont le pays est dirigé, à ses violations des droits de l’Homme et au génocide », ajoute-t-il.

Ce jeune homme de 22 ans explique avoir grandi dans une famille juive très pratiquante, où il fréquentait régulièrement une synagogue réformée – il note qu’il participe également à des activités culturelles juives à Brandeis. Il décrit ses parents comme des sionistes, mais il précise qu’eux aussi se sont tournés vers la gauche depuis le 7-Octobre, estimant que la riposte israélienne à l’assaut barbare et sanglant du Hamas a été disproportionnée.

« J’ai sans aucun doute grandi avec le sentiment qu’Israël était important pour ma famille, pour mes parents », poursuit ce jeune diplômé, qui n’a jamais visité le pays.

« Je comprends la situation historique après la Shoah, et je comprends parfaitement pourquoi des gens, faute d’autre option, voudraient un État. »

Cependant, le bilan fourni par le ministère de la Santé du groupe terroriste palestinien du Hamas des victimes civiles palestiniennes qui a suivi le 7-Octobre est, selon lui, « la confirmation qu’un État fondé sur l’idée du contrôle démographique n’est pas viable au XXIᵉ siècle ».

Le journaliste Peter Beinart est sans doute le défenseur juif américain du binationalisme le plus connu.

Dans un essai qui avait été publié en 2020 dans le magazine Jewish Currents et intitulé « Yavne : Un plaidoyer juif pour l’égalité en Israël-Palestine », il proposait une société multiculturelle et partagée, dans laquelle des protections constitutionnelles, des chartes des droits et des cadres confédéraux étaient susceptibles de garantir la sécurité et les identités nationales des deux peuples.

Peter Beinart et la Pr. Marjorie Feld lors de la troisième édition annuelle de la Jewish Conference on the Left, à l’université de Boston, le 12 février 2026. (Crédit : Melissa Ostrow/Université de Boston)

« Il est temps d’abandonner la solution traditionnelle à deux États et d’adopter l’objectif d’égalité des droits pour les Juifs et les Palestiniens », a depuis écrit Beinart dans une tribune publiée dans le New York Times.

« Il est temps d’imaginer un foyer juif qui ne soit pas un État juif. »

Rachel Fish, cofondatrice de Boundless, une association américaine à but non lucratif dédiée à l’éducation sur Israël, laisse entendre que le soutien au binationalisme est une réaction à la frustration face au manque d’alternatives.

Fish, qui a rédigé sa thèse de doctorat sur l’histoire du binationalisme mais qui ne soutient pas personnellement cette idée, déclare que les partisans d’un État unique proposent souvent une solution inspirée du modèle américain des États fédérés, qui n’a que peu de rapport avec la réalité complexe du nationalisme juif ou palestinien.

« Je ne suis pas surprise que les Juifs américains souhaitent quelque chose de différent, qui correspondrait davantage à ce qu’est l’Amérique. Mais cela ne signifie pas pour autant que ce soit réaliste pour ce pays », explique-t-elle au cours d’une interview, en faisant référence à Israël.

« Ils veulent voir la fin du conflit, mais leur réponse n’existe que dans l’imaginaire politique, sans aucune faisabilité. »

Le débat sur les solutions à un seul État et la notoriété de Beinart, l’un de leurs principaux défenseurs, ont pris une telle ampleur qu’ils ont contraint certains dirigeants juifs à diffuser des réfutations.

Le mois dernier, Andres Spokoiny, PDG du Jewish Funders Network, a écrit sur Substack que la promotion d’une solution binationale « occulte la nature du conflit israélo-palestinien » et émane de « puissances extérieures » qui imposeraient leur solution à deux peuples qui n’en veulent pas.

Andres Spokoiny, PDG du Jewish Funders Network. (Crédit : Autorisation)

De plus, Spokoiny a accusé Beinart de promouvoir cette idée non pas comme une solution pratique, mais dans le but de semer la discorde entre les Juifs américains et Israël.

Malgré l’opposition des courants dominants et l’impopularité de cette idée, des approches de ce type ont reçu le soutien de personnalités qui défendaient auparavant la diplomatie conventionnelle des deux États.

L’homme politique israélien Yossi Beilin, l’un des architectes du processus d’Oslo, a résumé la situation en ces termes : « L’avenir pourrait nécessiter une cohabitation, et non un divorce. »

Son modèle de confédération préserverait la souveraineté israélienne et palestinienne, tout en permettant la mise en place d’institutions communes, la libre circulation et la présence d’Israéliens vivant dans les Territoires palestiniens, ainsi que de Palestiniens vivant en Israël, dans le cadre d’accords convenus.

De même, la politologue Dahlia Scheindlin fait valoir que ni une séparation totale ni un État unique n’ont de chances de fonctionner, et qu’une forme de confédération pourrait mieux refléter la réalité de deux sociétés profondément entremêlées.

« Le fait est que les Israéliens et les Palestiniens constituent deux identités nationales distinctes, chacune aspirant à l’autodétermination, mais qu’ils sont également fortement interdépendants sur les plans géographique, infrastructurel, économique et environnemental », a-t-elle écrit dans un courriel adressé à la JTA.

« Une association confédérale entre les deux États constitue le cadre le plus approprié pour répondre à ces deux besoins. »

Les partisans du binationalisme, de la confédération ou de ce qu’un politologue pourrait appeler le « consociationalisme », et même bon nombre de leurs détracteurs, soulignent que la solution à un seul État est déjà une réalité – même si Israël en exerce e contrôle total.

Dans un rapport publié au mois de janvier dernier, l’INSS a écrit que l’annexion de facto par Israël du territoire de Cisjordanie connu sous le nom de « Zone C » et l’expansion des implantations dans cette zone ont conduit à « l’émergence d’une réalité à un seul État, qui sape la vision sioniste d’un État juif, démocratique, sûr et prospère ».

Les partisans d’un État conjoint israélo-palestinien soutiennent, quant à eux, qu’un système politique fondé sur l’égalité est préférable à un système reposant sur la domination permanente d’un groupe national sur un autre.

Les détracteurs et les sceptiques rétorquent que ces propositions sous-estiment la gravité du conflit national et de la méfiance.

« Comment peut-on imaginer des frontières ouvertes tout en étant en sécurité ? », a demandé Klein à May Pundak, de l’organisation A Land for All, dans son podcast.

Illustration : Des militants du mouvement Standing Together manifestant contre les violences commises par des résidents d’implantations extrémistes à l’encontre des Palestiniens de Cisjordanie, à Haïfa, le 11 juin 2026. (Crédit : Sharon Leibel/Flash90)

« Comment peut-on avoir des frontières ouvertes sans qu’une personne de Cisjordanie ne passe avec des explosifs attachés au corps pour faire exploser un bus à Tel Aviv, comme cela s’est produit à de très nombreuses reprises – comme vous le savez bien mieux que moi ? »

Pundak a répondu qu’il y aurait des « dispositifs de sécurité sophistiqués », et a décrit le type de processus graduel de renforcement de la confiance qui a conduit d’anciens belligérants à former l’Union européenne.

Même les défenseurs de longue date de la paix restent sceptiques face aux propositions d’un État unique.

David Makovsky, partisan de la solution à deux États au Washington Institute for Near East Policy, fait valoir qu’un État binational israélo-palestinien n’est pas seulement irréalisable, mais aussi dangereux, car il tenterait de créer une entité politique démocratique commune dans une région où le partage du pouvoir a maintes fois débouché sur des conflits sectaires. Il estime également que les Israéliens et les Palestiniens se sont trop battus pour leur autodétermination nationale pour renoncer de leur plein gré à leurs identités nationales distinctes.

« Oui, la voie vers deux États est ardue, mais celle vers un seul État est une voie qui garantit un bain de sang sans fin », a-t-il écrit.

Fish déplore que les partisans du binationalisme s’obstinent à prôner une solution apparemment irréalisable ou rejettent les nationalismes juif et palestinien comme étant irrémédiablement tribaux. Elle préférerait que les défenseurs comme les détracteurs d’Israël s’engagent plutôt aux côtés des Israéliens et des Palestiniens sur le terrain, qui mènent des « discussions sérieuses » sur leur avenir.

« Je ne suis pas sûre que ce soient les Juifs américains qui résoudront le conflit israélo-palestinien », déclare-t-elle.

« Cela ne signifie pas pour autant que vous ne devriez pas vous investir pour ce lieu, ces personnes et ce qui leur arrive. »

Mais dans son entretien avec Klein, Pundak a insisté sur la nécessité d’une « nouvelle vision » capable de « mobiliser et d’enthousiasmer les Palestiniens et les Israéliens ».

« Cette mentalité du ‘ça ne fonctionnera jamais’ fait partie de ce qui nous a conduits à cette situation épouvantable dans laquelle nous nous trouvons », a-t-elle conclu.

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