Des universités s’opposent à l’élargissement de la non-mixité dans le milieu académique
"Un danger bien réel", selon le recteur de l’université de Tel-Aviv ; pour l’université hébraïque, une telle loi porterait une "atteinte directe à la liberté académique" ; selon l’université Bar-Ilan, la qualité de la recherche serait compromise
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Les dirigeants de l’université de Tel-Aviv, de l’université hébraïque de Jérusalem, de l’université Bar-Ilan et du Technion ont fait part de leur opposition à un projet de loi visant à étendre la ségrégation entre les sexes dans l’enseignement supérieur, à la veille des votes finaux sur ce texte.
Présenté en début de semaine par la coalition du Premier ministre Benjamin Netanyahu, ce projet de loi permettrait aux universités et aux établissements d’enseignement supérieur de proposer des diplômes de troisième cycle non mixtes.
Les députés de l’opposition et les représentants du monde universitaire ont vivement dénoncé ce texte, arguant qu’il étend inutilement la ségrégation hommes-femmes au-delà des dispositions existantes, qu’il accorde la priorité aux droits religieux au détriment des droits des étudiantes et des enseignantes à l’égalité, à la dignité et à la liberté de circulation, et qu’il porte atteinte à la liberté académique, ainsi qu’à la qualité de l’enseignement et à la recherche.
« Cela n’arrivera pas chez nous, tant que j’exercerai mes fonctions ; il s’agit là d’un danger bien réel », a déclaré Ariel Porat, directeur de l’université de Tel Aviv, dans une lettre envoyée jeudi, des propos rapportés par le quotidien Haaretz.
Selon Porat, cette loi pourrait également porter préjudice aux étudiants non orthodoxes. En effet, en raison de contraintes budgétaires, certains établissements, dans l’incapacité d’organiser des cours séparés réservés aux Haredim, seraient contraints d’imposer cette séparation à l’ensemble de leurs étudiants.
L’Université hébraïque de Jérusalem a quant à elle fait valoir que la ségrégation hommes-femmes était « étrangère à l’esprit de l’Université hébraïque depuis sa fondation et totalement contraire à nos valeurs ». Elle a également mis en garde contre « une atteinte directe à la liberté académique, à la qualité de la recherche et, à terme, à la société elle-même ».
L’université Bar-Ilan, traditionnellement considérée comme accueillant une population étudiante plus pratiquante, a fait savoir, dans une lettre adressée aux députés de la Knesset avant les votes finaux sur le projet de loi, que celui-ci serait préjudiciable à la recherche universitaire.
Ce texte, a expliqué l’université, « n’est pas avantageux pour le monde universitaire israélien. Il risque de nuire aux femmes, et il n’est pas dans l’intérêt du public au nom duquel il prétend s’exprimer », a rapporté le journal Israel Hayom.
« Dans les cursus supérieurs, dont l’essence même réside dans les rencontres de recherche, le débat critique, les travaux pratiques en laboratoire et l’exposition à des opinions divergentes, la non-mixité viole le principe d’égalité et porte une atteinte directe à la qualité de la recherche, à la formation universitaire et à la liberté d’enseignement », a ajouté l’université.
Le Technion a déclaré dans un communiqué qu’il continuerait à être « ouvert, égalitaire et respectueux envers tous ceux qui franchissent ses portes, et qu’il poursuivrait ses activités conformément à ces valeurs », a rapporté Haaretz.
La commission de l’Éducation de la Knesset a voté lundi en faveur de la transmission d’un projet de loi visant à étendre la séparation entre les hommes et les femmes dans l’enseignement supérieur à l’assemblée plénière de la Knesset, pour ses deux dernières lectures.
Aux termes de ce projet de loi – qui devait initialement être voté en séance plénière plus tard dans la journée de lundi mais qui n’a finalement pas été inscrit à l’ordre du jour – les universités et les établissements d’enseignement supérieur seraient autorisés à proposer des programmes de master et de doctorat non mixtes, sous réserve de l’approbation du Conseil de l’enseignement supérieur.
Cette loi s’appuie sur un arrêt rendu en 2021 par la Haute Cour, qui avait confirmé la politique du Conseil de l’enseignement supérieur autorisant, de manière limitée et spécifique, des programmes de premier cycle non mixtes destinés à intégrer les étudiants ultra-orthodoxes dans l’enseignement supérieur et, à terme, sur le marché du travail.
À l’époque, la Cour avait souligné que ce dispositif était spécifiquement destiné à la communauté haredi. Elle avait imposé des garanties, notamment en limitant la séparation aux salles de classe des établissements mixtes, et en interdisant toute discrimination à l’encontre des enseignantes.
Le nouveau texte étendrait en revanche ce cadre aux programmes de master et de doctorat. Il s’adresserait à tous les étudiants, et non plus uniquement à la communauté haredi. Par ailleurs, un amendement proposé par le député du Shas, Yossi Taieb, visant à étendre la non mixité à d’autres zones des campus, a été rejeté.
Les partisans du projet de loi l’ont présenté comme un moyen de multiplier les opportunités éducatives pour les femmes religieuses. La députée Limor Son Har-Melech, du parti d’extrême droite Otzma Yehudit, qui parraine le projet, a fait valoir que ce texte « permettrait aux femmes issues de milieux sous-représentés d’accéder aux opportunités qu’elles méritent ». Le président de la commission, le député Zvi Sukkot, du parti d’extrême droite HaTzionout HaDatit, a pour sa part indiqué que cette mesure « élargira la liberté de choix ».
Naama Lazimi, députée du parti Les Démocrates et membre de la commission de l’Éducation, a condamné lundi ce « terrible projet de loi ». Les députés qui s’opposent à la présence de femmes à la Knesset, ou dont les partis excluent les candidates – y compris plusieurs membres de la commission -, « ne peuvent en aucun cas nous priver de nos libertés et de nos droits », a-t-elle ajouté.
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