Deux ONG font appel contre le projet « obsolète » de brise-lames sur la plage de Haïfa
Déplorant l'absence de politique pour lutter contre l'érosion des plages méditerranéennes, Zalul et Adam Teva VDin affirment que ce projet mettra en danger les baigneurs et créera de la pollution
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Sue Surkes est la journaliste spécialisée dans l'environnement du Times of Israel.

Deux organisations environnementales de premier plan ont récemment fait appel contre un projet visant à construire une série de brise-lames rocheux de 1,7 kilomètre de long et de 2,3 mètres de haut sur une plage du nord d’Israël.
Les organisations non gouvernementales affirment qu’une structure aussi importante sur la plage de Kiryat Haïm, à Haïfa, obstruera la vue sur la mer, mettra en danger les surfeurs et les baigneurs et retiendra les eaux polluées et les déchets qui s’écoulent de la ville vers la mer Méditerranée.
Qualifiant ce plan de solution obsolète et inefficace face au rétrécissement de la plage et à l’érosion des infrastructures balnéaires, l’organisation de protection marine Zalul et l’ONG de défense juridique Adam Teva VDin exigent que la commission d’appel du Conseil national pour la planification et la Construction ordonne l’annulation du plan actuel, approuvé en mai par la commission nationale pour la Protection des environnements côtiers.
Elles souhaitent que les urbanistes envisagent des solutions plus douces et respectueuses de l’environnement, comme des récifs artificiels ou des géotubes remplis de sable, qui, selon elles, n’ont pas été suffisamment pris en compte lors du processus d’urbanisme réglementaire.
Ce cas met en évidence des problèmes qui touchent une grande partie de la côte méditerranéenne d’Israël. Le dérèglement climatique provoque en effet des tempêtes hivernales de plus en plus violentes dont les vagues endommagent les infrastructures côtières avant de ramener le sable des plages vers le large. Le ravitaillement en sable est ensuite entravé par les marinas et les ports qui s’avancent dans la mer, empêchant le sable de se déplacer vers le nord.
Il n’existe actuellement aucune politique nationale visant à résoudre ce problème.
« En Israël, les mesures de protection du littoral sont toujours prises à la dernière minute et ne s’inscrivent pas dans le cadre d’une politique réglementée, ce qui crée une pression constante pour mettre en œuvre la solution habituelle – les brise-lames – sans laisser suffisamment de temps pour envisager d’autres options ou évaluer correctement les alternatives », a déclaré Adam Teva VDin dans un communiqué.
« Le problème, c’est que sans une planification globale et une vision systémique de l’ensemble des impacts, nous nous retrouverons avec une ligne continue de brise-lames le long de tout le littoral israélien », a ajouté l’ONG.
Dans le cas de la plage de Kiryat Haïm, le flux naturel du sable a été entravé par la construction d’un deuxième port à conteneurs dans la baie de Haïfa il y a une dizaine d’années.
La plage de ce quartier, qui mesurait au moins 25 mètres de large en 2004, avant la construction d’une promenade, n’est plus qu’une étendue comprise entre 0 et 20 mètres.
Une vieille cabane de sauveteur, abandonnée et délabrée, qui avait été construite à l’origine sur la terre ferme, se trouve désormais dans l’eau, tandis qu’une nouvelle a été construite sur ce qu’il reste de la plage.
La pulvérisation de 30 000 à 40 000 tonnes de sable supplémentaires par an à partir d’un long tube fixé à une drague n’a pas permis d’arrêter l’érosion.
Consciente que l’apport de sable n’a pas suffi à endiguer l’érosion, la Compagnie portuaire israélienne, responsable du maintien des quantités de sable dans la zone, a lancé il y a plusieurs années un projet de construction d’un brise-lames dans le but de restaurer la plage à son niveau de 2004.
Dans son recours, Zalul affirme que les planificateurs ont adopté une approche trop restrictive et technique du problème, en s’appuyant sur des modèles numériques peu fiables plutôt que de mener des expériences pratiques avec différentes options en mer.
Selon l’ONG, en plus de la construction d’une défense plus naturelle contre les vagues, au moins 200 000 tonnes de sable doivent être réapprovisionnées chaque année sur cette plage.
Zalul affirme que les brise-lames fixes perturbent le flux naturel de l’eau et le mouvement du sable, peuvent provoquer de forts courants de retour sur leurs flancs et vers le large, ce qui représente un grave danger pour les baigneurs. Ils empêchent également la pratique de sports populaires tels que le surf et la planche à voile. Enfin, ils constituent une option plus rigide face au dérèglement climatique et à l’élévation du niveau de la mer.
L’ONG évoque des projets couronnés de succès à l’étranger, qui utilisent des tubes géotextiles, des manchons en tissu laissant passer l’eau tout en retenant le sable. Selon Zalul, ces tubes géotextiles contribuent à prévenir l’érosion et à favoriser la biodiversité. Ils sont relativement peu coûteux, simples à installer et peuvent être facilement retirés ou modifiés.
Cependant, les géotubes ont acquis une mauvaise réputation en Israël, à la suite d’une expérience ratée au large des côtes d’Ashkelon, dans le sud du pays.
Yuval Arbel, directeur général adjoint de Zalul, a déclaré au Times of Israel, lors d’une visite de la plage de Kiryat Haïm, que le géotube d’Ashkelon n’avait pas été correctement construit.
En ce qui concerne les inconvénients des brise-lames fixes, il a cité l’exemple de Herzliya, où une série de ces structures a retenu suffisamment de sable pour créer de grandes plages, au détriment de celles situées plus au nord.
Dans un communiqué, la Compagnie portuaire israélienne a déclaré que la décision d’avancer la construction des brise-lames à Kiryat Haïm visait avant tout à restituer la plage aux citoyens, après des années d’érosion et de négligence. Dans le cadre d’une évaluation systématique et approfondie des alternatives, la méthode des géotubes a également été étudiée, mais elle a été jugée inadaptée aux côtes israéliennes et a même été rejetée par le ministère de l’Environnement. La tentative de mise en œuvre de cette méthode à Ashkelon s’est soldée par un échec total. »
Il a ajouté que l’option retenue garantissait la restauration de la plage tout en protégeant les milieux marins et terrestres, et qu’une étude d’impact environnemental avait été réalisée sous la supervision étroite des responsables du ministère de l’Environnement.
« Tout nouveau retard dans le projet ne fera qu’aggraver les dégâts et causer des dommages irréversibles à la plage. »
la Communauté du Times of Israël !







