Des surfeurs protestent contre le projet de brise-lames au large de Tel Aviv
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Des surfeurs protestent contre le projet de brise-lames au large de Tel Aviv

Pour Adi Gluska, 12 fois champion israélien de surf, le Geotube immergé prévu par la municipalité de Tel Aviv nuira au surf, mettra en danger les nageurs et causera de la pollution

Des surfeurs protestent contre l'installation d'un brise-lames au large de la dernière plage publique à Tel Aviv, le 4 octobre 2019. (eyesurf productions)
Des surfeurs protestent contre l'installation d'un brise-lames au large de la dernière plage publique à Tel Aviv, le 4 octobre 2019. (eyesurf productions)

Le projet d’installer un brise-lames en mer au large de la dernière plage publique de Tel Aviv, où s’entraîne parfois Anat Lelior, l’espoir olympique de surf d’Israël en 2020, va porter un coup au surf dans le centre du pays, sera un danger pour les baigneurs et polluera l’environnement, ont prévenu les manifestants.

La municipalité de Tel Aviv affirme qu’un Geotube submergé – un tube de tissu rempli de sable – est le meilleur moyen de protéger la plage et la falaise de la plage de Zuk au nord de Tel Aviv contre les ravages des tempêtes d’hiver.

Les autorités prévoient d’installer le tube à trois mètres sous la surface de l’eau, à quelque 250 mètres de la côte. D’une longueur initiale de 400 mètres, elle sera portée à un kilomètre en cas de succès. Les travaux devraient débuter au printemps.

Mais les surfeurs, dont 200 ont manifesté vendredi avec des représentants du groupe environnemental israélien Zalul, disent qu’un Geotube similaire a été testé au large des côtes d’Ashkelon, au sud, et a été partiellement déchiré parce qu’il n’a pas pu résister à la force des vagues. Le tissu de la coque en plastique s’est depuis déposé sur le fond marin, a pollué les plages voisines et a été emporté vers le nord par les courants.

Une partie du Geotube d’Ashkelon qui a été déchirée par la force des vagues. (Capture d’écran)

Adi Gluska, 12 fois champion israélien de surf, et l’avocat et surfeur Eyal Szmulewitz, co-leader de la manifestation de Tel Aviv, avertissent que les brise-lames non seulement retiennent les débris, mais peuvent mettre en danger les baigneurs à cause des remous, des tourbillons et d’autres types de courants qui se forment lorsque les vagues heurtent la barrière.

Ils font référence à un document publié en 2010 par la compagnie gouvernementale pour la protection des falaises qui a déterminé qu’il n’y avait aucun danger pour la falaise de cette plage en raison en raison du sens des vagues.

« S’ils veulent vraiment protéger la falaise, ils peuvent faire bien d’autres choses plutôt que de placer un tube de plastique de la longueur de quatre trains dans la mer », dit Gluska. « Ils peuvent la clôturer pour empêcher les gens d’y marcher, gérer les eaux de ruissellement de la rue au-dessus et ériger des palissades pour que les plantes puissent s’y accrocher pour stabiliser le sol. Mais ils n’ont rien fait de tout ça. Il n’y a même pas de panneau avertissant les gens d’un danger. »

« Le comité pour la préservation de l’environnement des plages [un organisme gouvernemental au sein du ministère des Finances qui approuve et finance les projets concernant les plages] a stoppé le projet d’Ashkelon », poursuit-il. « On apprend de nouveaux faits sur ce qui s’est passé là-bas. La municipalité de Tel Aviv, qui a commencé à travailler sur ce projet avant le fiasco d’Ashkelon, affirme qu’elle a tiré les leçons de ces erreurs. Mais comment est-ce possible, alors que le comité enquête toujours ? »

Adi Gluska. (Capture d’écran)

Réagissant à l’affirmation d’un responsable municipal selon laquelle le Geotube sera basé sur un modèle utilisé avec succès à Cannes dans le sud de la France, Gluska a déclaré : « Cannes n’a pratiquement aucune vague, contrairement à ici, où la puissance des vagues est très forte ».

Szmulewitz a ajouté : « Leur véritable intention est d’agrandir la plage, mais ils peuvent le faire par d’autres moyens, par exemple en apportant du sable d’ailleurs à Tel Aviv ou en utilisant une partie de la vaste pelouse adjacente comme plage. Le Geotube ne produira pas plus de sable, et le sable qu’il amènera se fera au détriment des autres plages. »

Des manifestants commencent à se rassembler sur une pelouse près de Cliff Beach (Hof HaTzuk) à Tel Aviv, le 4 octobre 2019. (eyesurf productions)

Szmulewitz a dit que toutes les plages de la ville, de Jaffa au sud à Tel Baruch au nord, avaient déjà été barrées par des brise-lames ou autres digues. Les surfeurs ne peuvent utiliser les plages telles que le Hilton et le Dolpinarium qu’environ 50 jours par an, lorsque les vagues sont particulièrement hautes, alors qu’ils peuvent surfer 200 jours par an à Zuk Beach [Hof HaTzuk], qui est spécialement conçue pour les sports nautiques.

Un Geotube réduirait les vagues de 25 à 50 %, a-t-il ajouté.

Gluska et Szmulewitz n’ont pas été en mesure de déterminer si la municipalité a déjà donné suite à une instruction du comité pour la préservation de l’environnement de la plage de fournir des études et des modèles sur l’impact probable du Geotube sur les facteurs environnementaux tels que la direction des vagues.

Un manifestant brandit une pancarte disant, « Municipalité de Tel Aviv : Ne détruisez pas la nature ». (Rimon-Cohen)

Ils ont l’intention de porter leur affaire devant la Cour suprême si la municipalité poursuit le projet.

Un communiqué de la municipalité de Tel Aviv a déclaré que « contrairement à ce que l’on prétend, nous agissons conformément à la loi et à ce qui a été exigé par les autorités compétentes en Israël ».

Ces dernières années, les dommages causés par les tempêtes hivernales à la falaise et aux structures de la plage se sont aggravés. La municipalité de Tel Aviv-Jaffa est arrivée à la conclusion qu’il fallait trouver une solution pour modérer la force des vagues et, après avoir examiné les solutions de rechange, a choisi celle d’un brise-lames immergé qui ne cause qu’un minimum d’interférence avec la nature.

« Cette solution est différente de celle mise en place à Ashkelon et s’appuie sur une expérience réussie en France, qui a fait ses preuves au cours de la dernière décennie. »

Le communiqué indiquait que la municipalité s’engageait à la fois à assurer la sécurité des activités le long de la côte et à trouver un équilibre entre tous les usagers de la mer – nageurs, surfeurs et plongeurs.

Les experts ont analysé l’impact du Geotube sur les courants et l’environnement, conclut le communiqué.

La surfeuse Anat Lelior, représentante d’Israël aux Jeux Olympiques de Tokyo en 2020. (Capture d’écran)

Le surf est un sport populaire en Israël, avec environ 400 000 pratiquants. En 2004, le véliplanchiste Gal Fridman est devenu le premier et le seul Israélien à avoir remporté une médaille d’or olympique. Anat Lelior, 19 ans, est la première surfeuse à se qualifier pour les Jeux olympiques. Elle représentera le pays à Tokyo l’année prochaine.

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