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Analyse

Diplomate arabe : Ankara et Doha comblent le vide à Gaza après qu’Israël a rejeté l’AP

L’Arabie saoudite et les Émirats seraient prêts à s’impliquer à Gaza, à condition que l’AP y joue un rôle afin de réunifier l’enclave et la Cisjordanie sous une direction unique

Jacob Magid

Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

Le président Donald Trump, entouré du président turc Recep Tayyip Erdogan, du président égyptien Abdel-Fattah el-Sissi et de l’émir du Qatar Tamim bin Hamad Al Thani. À l’arrière-plan figurent l’émir du Koweït Cheikh Meshal Al Ahmad Al Sabah, le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif et le Premier ministre néerlandais Dick Schoof, faisant un geste lors d’une photo prise lors d’un sommet visant à soutenir la fin de la guerre entre Israël et le Hamas à Gaza, qui dure depuis plus de deux ans, après un accord de cessez-le-feu décisif, à Charm el-Cheikh, en Égypte, le 13 octobre 2025. (Crédit : Evan Vucci/AP)
Le président Donald Trump, entouré du président turc Recep Tayyip Erdogan, du président égyptien Abdel-Fattah el-Sissi et de l’émir du Qatar Tamim bin Hamad Al Thani. À l’arrière-plan figurent l’émir du Koweït Cheikh Meshal Al Ahmad Al Sabah, le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif et le Premier ministre néerlandais Dick Schoof, faisant un geste lors d’une photo prise lors d’un sommet visant à soutenir la fin de la guerre entre Israël et le Hamas à Gaza, qui dure depuis plus de deux ans, après un accord de cessez-le-feu décisif, à Charm el-Cheikh, en Égypte, le 13 octobre 2025. (Crédit : Evan Vucci/AP)

Un haut diplomate arabe a déclaré mercredi que le refus d’Israël de laisser l’Autorité palestinienne (AP) avoir un rôle dans la gestion de l’après-guerre à Gaza était la raison pour laquelle la Turquie et le Qatar avaient comblé le vide.

S’exprimant auprès du Times of Israel sous couvert d’anonymat, le diplomate a indiqué que plusieurs pays arabes, dont les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite, s’étaient montrés ouverts à une implication accrue et à des investissements dans la bande de Gaza.

Ces pays ont toutefois conditionné leur engagement à l’octroi d’un rôle significatif à l’AP, estimant qu’il était essentiel que Ramallah puisse s’implanter à Gaza afin de reconnecter l’enclave à la Cisjordanie sous une direction palestinienne unifiée.

Israël a exclu tout rôle de l’AP à Gaza, assimilant l’organisme basé à Ramallah au groupe terroriste palestinien du Hamas et conditionnant toute évolution à la mise en œuvre de réformes substantielles.

Le diplomate arabe a ajouté que les pays arabes soutiennent également la réforme de l’AP et accompagnent Ramallah dans ce processus. Il a néanmoins qualifié la demande de réforme d’Israël « d’hypocrite », affirmant qu’elle servait de « prétexte » à Jérusalem pour bloquer toute avancée vers une solution à deux États.

Selon le diplomate, Ryad serait particulièrement irrité par le fait qu’Israël retienne plus de 4 milliards de dollars de recettes fiscales dues à l’AP, l’Arabie saoudite ayant été sollicitée pour aider à compenser une partie de ces pertes.

Une photo fournie par la Cour présidentielle des Émirats montre (de gauche à droite) le prince héritier d’Arabie saoudite Mohammed ben Salmane ben Abdelaziz al-Saoud, le roi de Bahreïn Hamad ben Isa Al Khalifa et le président des Émirats arabes unis Cheikh Mohammed ben Zayed al-Nahyan assistant à une réunion du Conseil de coopération du Golfe, à Doha, le 5 décembre 2023. (Crédit : Abdulla AL-NEYADI/COUR PRÉSIDENTIELLE DES ÉMIRATS ARABES UNIS/AFP)

Si l’Arabie saoudite entend conserver un représentant au sein du Conseil de paix du président américain Donald Trump et les Émirats arabes unis au Comité exécutif intermédiaire de Gaza, l’appétit de Ryad et d’Abou Dhabi, ainsi que de leurs alliés régionaux, pour un engagement accru et des investissements à Gaza aurait néanmoins nettement diminué, selon le diplomate arabe.

« Il y a le sentiment que la situation n’évolue pas dans la bonne direction, ce qui conduit certains pays du Golfe à privilégier une posture d’observation », a expliqué le diplomate arabe. « La Turquie et le Qatar posent peu de conditions à leur engagement, car ils cherchent à préserver leur influence et à démontrer leur utilité aux États-Unis. »

« Quelle ironie d’entendre Netanyahu s’indigner contre la Turquie et le Qatar alors que c’est sa politique qui nous a menés à cette situation », a-t-il ajouté.

Netanyahu a exprimé, fait rare, son désaccord avec l’administration Trump sur la décision de cette dernière d’inclure le ministre turc des Affaires étrangères Hakan Fidan et le haut diplomate qatari Ali Thawadi au sein du Comité exécutif de Gaza, appelé à jouer un rôle clé dans la supervision de l’enclave.

Israël s’oppose à l’idée de permettre à la Turquie et au Qatar de s’implanter à Gaza, arguant que ces pays entretiennent des liens trop étroits avec le groupe terroriste palestinien du Hamas. Les États-Unis considèrent toutefois Ankara et Doha comme des garants essentiels du plan de paix de Trump pour Gaza, estimant qu’ils ont joué un rôle crucial dans la conclusion de l’accord de cessez-le-feu d’octobre et qu’ils resteront nécessaires pour garantir que le Hamas s’y conforme.

Le Qatar avait également joué un rôle central à Gaza avant la guerre, en envoyant chaque mois des dizaines de millions de dollars d’aide à la demande d’Israël. Ses détracteurs affirment toutefois que ces fonds ont en réalité contribué à renforcer le Hamas au détriment de l’AP, permettant au groupe d’allouer davantage de ressources à ses activités terroristes.

Un responsable américain a confié au Times of Israel que le manque d’enthousiasme de certains pays de la région pourrait évoluer, et que ceux qui hésitent actuellement à jouer un rôle plus actif à Gaza pourraient s’y engager davantage une fois des résultats tangibles observés sur le terrain.

Le président américain Donald Trump (à droite) serre la main du Premier ministre Netanyahu alors qu’il écoute une question d’un journaliste à la fin d’une conférence de presse à Mar-a-Lago, à Palm Beach, en Floride, le 29 décembre 2025. (Crédit : Alex Brandon/AP)

Washington est toutefois confronté à une tâche délicate, une grande partie de ses plans pour Gaza dépendant de l’accord du Hamas pour se désarmer et de celui d’Israël pour se retirer davantage de la bande de Gaza, deux conditions auxquelles aucun des camps ne semble disposé à consentir.

Bien que les relations entre l’administration Trump et l’Autorité palestinienne restent mitigées, cette dernière s’est rapidement félicitée de la création, la semaine dernière, du Comité national pour l’administration de Gaza (NCAG), un comité de technocrates palestiniens chargé de remplacer le Hamas dans la gestion des affaires courantes de l’enclave.

Israël est parvenu à empêcher que le NCAG ne soit officiellement rattaché à l’AP, mais plusieurs membres du comité technocratique sont d’anciens hauts responsables de l’Autorité palestinienne.

Toutefois, pour être opérationnels, ces responsables auront besoin de fonctionnaires et de forces de police. Or, selon un deuxième diplomate arabe cité par le Times of Israel la semaine dernière, Israël empêche pour l’heure le recrutement de personnes figurant sur les listes de paie de l’Autorité palestinienne ou du Hamas.

Mustafa, de l’Autorité palestinienne : la Cisjordanie « s’en sort à peine »

Mercredi également, le Premier ministre de l’Autorité palestinienne, Mohammad Mustafa, a estimé que les mesures israéliennes à l’encontre de Ramallah entravaient la mise en œuvre de réformes attendues de longue date.

Il a notamment critiqué la rétention de plus de 4 milliards de dollars de recettes fiscales qu’Israël perçoit pour le compte de l’AP et qu’il n’a pas transférées depuis mai, comme le prévoient les accords d’Oslo.

Le Premier ministre de l’Autorité palestinienne, Mohammad Mustafa, s’exprime lors du Forum économique mondial à Davos, en Suisse, le 21 janvier 2026. (Crédit : Capture d’écran/YouTube)

« Il en résulte que notre capacité à gouverner et à fournir des services de base à notre population a été compromise », a déploré Mustafa, tout en précisant que Ramallah restait déterminée à mettre en œuvre les réformes exigées par la communauté et avait déjà engagé plusieurs mesures en ce sens.

Il a également dénoncé les mesures punitives prises par Israël à l’encontre du système bancaire palestinien, qui ont provoqué une crise de liquidités persistante en Cisjordanie. À cela s’ajoute l’interdiction faite à quelque 200 000 travailleurs palestiniens de travailler en Israël et dans ses implantations depuis le pogrom perpétré par le Hamas le 7 octobre 2023. Cette décision a fait grimper le taux de chômage en Cisjordanie, passé d’environ 15 % avant la guerre à près de 34 % aujourd’hui. Israël affirme avoir pris cette mesure pour des raisons de sécurité.

Mustafa a en outre souligné la multiplication des postes de contrôle de Tsahal, dont le nombre atteindrait désormais environ 1 000 en Cisjordanie, selon des chiffres de l’ONU, aggravant encore les difficultés économiques et les moyens de subsistance des Palestiniens. Il a également mentionné la violence persistante des résidents d’implantations et l’expansion de celles-ci. Les opérations antiterroristes israéliennes menées dans les camps de réfugiés de Cisjordanie auraient par ailleurs entraîné le déplacement d’environ 40 000 Palestiniens, selon l’ONU.

« Il est très triste de voir la Cisjordanie en arriver à un point où les gens peinent à survivre », a-t-il conclu. « Les efforts internationaux en faveur de Gaza sont essentiels et indispensables, mais la même attention doit également être portée à ce qui se passe en Cisjordanie. »

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