« Fais revenir tes fils de loin » : 10 années d’efforts pour rapatrier Hadar Goldin
Une équipe du renseignement a passé dix ans à chercher le corps du soldat disparu à grand renfort d'opérations secrètes et d'agents doubles, selon Ynet
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Selon des informations publiées samedi, une unité secrète du renseignement militaire israélien a passé dix ans à rassembler des indices provenant d’opérations des forces spéciales, de descentes dans les tunnels, d’agents doubles du Hamas et d’interrogatoires de responsables médicaux gazaouis pour retrouver le corps du lieutenant Hadar Goldin, ce qui a permis son rapatriement en 2025 puis son inhumation.
Goldin a été tué à Gaza le 1er août 2014, à l’âge de 23 ans, lors de la guerre de Gaza, un peu plus d’une heure après l’entrée en vigueur d’un cessez-le-feu humanitaire de 72 heures.
Un autre soldat, Oron Shaul, avait été tué et capturé quelques jours plus tôt.
L’année suivante, l’armée israélienne a chargé le colonel Mem (identifié grâce à l’initiale de son nom en hébreu), réserviste âgé de 51 ans, de constituer une petite équipe chargée de retrouver et rapatrier la dépouille des deux hommes afin de recevoir une sépulture digne en Israël, explique Ynet.
Cette unité s’est peu à peu fait connaître sous le nom : « Fais revenir tes fils de loin », une citation du Livre d’Isaïe.
Selon Ynet, le colonel Mem avait l’expérience des enquêtes liées aux otages depuis 2008, date à laquelle le Shin Bet avait formé une équipe spéciale pour enquêter sur l’enlèvement, en 2006, du soldat Gilad Shalit à la frontière de Gaza. Après avoir occupé plusieurs postes de haut niveau dans le Corps du renseignement, Mem a été rappelé en 2015 par celui qui était alors chef d’État-major de Tsahal, le lieutenant-général Gadi Eisenkot.
Mem a créé une petite équipe avec deux officiers de réserve, identifiés par leurs initiales Shin et Dalet. Au fil du temps, des dizaines de spécialistes du renseignement et des opérations se sont joints à eux.
« Nous avons assez vite compris que notre mission consistait à chercher une aiguille dans une botte de foin », a déclaré Shin à Ynet.
Mem a alors expliqué à Eisenkot le protocole du Hamas en matière de gestion des soldats otages, lit-on dans l’article de Ynet. Selon la procédure du Hamas, les ravisseurs transféraient immédiatement les corps à une « cellule de séparation », chargée de cacher les otages sans révéler l’emplacement à ceux qui les avaient enlevés.
Mem a dit à Eisenkot que son unité disposait de renseignements selon lesquels le corps de Goldin était détenu par la brigade de Rafah du Hamas.
La donne a changé lorsqu’un informateur palestinien a dit au Shin Bet : « Je sais que vous m’avez contacté pour les informations que j’ai sur l’emplacement du corps de Hadar Goldin. »
Le temps que l’agence de renseignement parvienne à joindre la source de l’information, le Hamas avait compromis l’informateur et tenté d’en faire un agent double. Dans l’impasse, l’équipe est alors passée à l’analyse détaillée des images de caméras piétonnes fixées sur les casques des soldats qui avaient pénétré dans les tunnels situés sous Rafah.
Selon Ynet, c’est alors que l’équipe a remarqué des inscriptions en arabe faites à la bombe de peinture indiquant les rues sous lesquelles passait le tunnel et l’emplacement de ses ouvertures. En combinant cela avec de la cartographie par la fumée, une technique des unités du génie de Tsahal consistant à introduire de la fumée dans les tunnels et à suivre ses points de sortie, ils sont parvenus à délimiter plus précisément la zone à l’intérieur de laquelle il était probable que la dépouille de Goldin soit détenue.
Ils ont ensuite estimé que le Hamas pourrait vouloir transporter le corps de Goldin dans un hôpital ou une clinique pour vérifier son état ou le réfrigérer. Ils ont donc examiné les images des hôpitaux de Rafah et identifié une ambulance suspecte venue à l’hôpital Youssef al-Najjar peu de temps après l’enlèvement. Sur certaines de ces images, on voit des personnes en train de charger un grand sac noir à bord du véhicule devant une maison située en surplomb du tunnel.
« Je ne peux pas affirmer avec certitude qu’il s’agissait d’un corps, mais on a vu un sac noir de forme allongée », a évoqué Shin au micro de Ynet.
L’équipe a ensuite examiné la morgue de l’hôpital et sa capacité de réfrigération. « Nous avons vérifié la taille de la morgue, les réfrigérateurs qui s’y trouvaient et activé toutes les sources de renseignement possibles », a expliqué Mem.
C’était la première fois qu’ils reliaient à cette affaire un médecin affilié au Hamas, Marwan al-Hams, lequel deviendrait plus tard directeur de ce même hôpital.
On pensait alors que Goldin était détenu dans un tunnel dont l’entrée se trouvait sous une mosquée du quartier de Yibna, à Rafah.
À l’époque, les autorités israéliennes n’envisageaient pas d’opération terrestre pour le récupérer, alors même que l’emplacement était connu, du fait de la décision prise par le Premier ministre Benjamin Netanyahu de ne pas mener d’escalade contre le Hamas à Gaza.
Suite au pogrom mené par le Hamas le 7 octobre 2023 dans le sud d’Israël et à l’enlèvement de 251 personnes à Gaza, Mem a rejoint le quartier général de Tsahal chargé des otages et disparus, et l’unité « Fais revenir tes fils » s’est occupée de rechercher et faire rapatrier les centaines de nouveaux otages.
L’unité a prié Tsahal de ne pas bombarder la zone dans laquelle on pensait que la dépouille de Goldin se trouvait.
Lorsque Tsahal a commencé son invasion terrestre à Rafah, en mai 2024, Mem s’est joint aux forces spéciales à la recherche de l’entrée du tunnel. Lorsqu’ils l’ont trouvée, ils ont découvert un système souterrain à plusieurs niveaux, quelque chose que les soldats de l’unité d’élite du génie de combat Yahalom n’avaient « jamais rien vu auparavant ».
Selon Tsahal, le tunnel s’étendait sur plus de sept kilomètres, à près de 25 mètres de profondeur, avec plus de 80 pièces, dont des espaces que les agents du Hamas utilisaient comme abris lors des longues périodes de dissimulation, mais aussi pour le stockage d’armes et la préparation d’attaques.
Pendant des mois, les soldats ont méticuleusement fouillé ces pièces, les unes après les autres. « Nous sommes retournés dans le tunnel, avons démonté les murs, sans rien trouver », a déclaré Mem.
Changeant à nouveau de tactique, l’unité de Mem s’est alors tournée vers al-Hams, désormais directeur de l’hôpital de Rafah dans lequel on pense que le corps de Goldin avait été transféré avant sa dissimulation dans des tunnels tout proches.
Al-Hams, qui avait également occupé le poste de directeur des hôpitaux de campagne de la bande de Gaza, une fonction au sein du ministère de la Santé géré par le Hamas, était soupçonné d’avoir lui-même descendu le corps de Goldin dans le tunnel, de l’avoir conservé et de l’avoir enfermé dans un réfrigérateur derrière une porte en fer, lit-on dans l’article de Ynet.
Selon Tsahal et le Shin Bet, al-Hams est « impliqué dans la déclaration du décès » de Goldin après son enlèvement lors de la guerre de Gaza en 2014, et « soupçonné de savoir où il était enterré », à l’intérieur du grand tunnel du Hamas, dans les environs de Rafah.
Al-Hams a été capturé par des soldats israéliens infiltrés en juillet 2025 à Khan Younès, dans le sud de Gaza, au moment où il visitait un hôpital de la Croix-Rouge.
Lors de son interrogatoire, al-Hams n’a rien dit, lit-on dans l’article, même lorsqu’il a été conduit par l’armée dans les tunnels pour lui faire dire où se trouvait la dépouille de Goldin.
Selon Ynet, Tsahal est allée jusqu’à interpeler sa fille, infirmière à l’hôpital de Rafah, pour tenter de le faire parler, là encore en pure perte.
Sa fille, Tasneem al-Hams, a été libérée quelques jours plus tard à la faveur de l’accord sur les otages d’octobre 2025, lequel a permis la libération de tous les otages vivants encore détenus à Gaza. En revanche, le père n’a pas été libéré à la faveur de cet accord : il est toujours détenu en Israël, sans que le lieu exact de sa détention soit connu ou qu’il n’ait été inculpé.
Trois semaines plus tard, le 9 novembre 2025, une fois qu’Israël a fourni au Hamas des renseignements précis sur l’emplacement de la dépouille, les restes de Goldin lui ont été restitués.
Il est le cinquième avant-dernier otage restitué à Israël suite au 7-Octobre et la dernière victime de la guerre de 2014 à avoir été rapatrié.
Dans les semaines qui ont suivi, le Hamas a remis tous les otages israéliens décédés, ce qui a mis un terme à la crise des otages du 7-Octobre et a permis que, pour la première fois en l’espace de plus de dix ans, aucun Israélien, vivant ou mort, ne se trouve détenu par des organisations terroristes dans la bande de Gaza.
Emanuel Fabian a contribué à cet article.
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