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Iran : le détroit d’Ormuz, artère du commerce maritime mondial, paralysé

L'Iran a mené dimanche des attaques contre des pays du Golfe en riposte aux attaques américaines et israéliennes qui ont notamment tué l'ayatollah Ali Khamenei

Cette photo publiée par le site officiel Sepah News du Corps des gardiens de la révolution islamique iranienne (CGRI) montre une explosion lors d'un exercice militaire mené par des membres du CGRI et de la marine dans le détroit d'Ormuz, le 17 février 2026. (Crédit : Sepah News/AFP)
Cette photo publiée par le site officiel Sepah News du Corps des gardiens de la révolution islamique iranienne (CGRI) montre une explosion lors d'un exercice militaire mené par des membres du CGRI et de la marine dans le détroit d'Ormuz, le 17 février 2026. (Crédit : Sepah News/AFP)

Le trafic maritime est paralysé dans le stratégique détroit d’Ormuz, voie névralgique du commerce mondial d’hydrocarbure, où des navires ont été touchés et désormais évitée par les principaux armateurs mondiaux, en plein conflit entre Téhéran et Washington.

L’Iran a mené dimanche des attaques contre des pays du Golfe en riposte aux attaques américaines et israéliennes qui ont notamment tué l’ayatollah Ali Khamenei.

Trois navires attaqués

Dimanche, des agences de sécurité maritime ont fait état de trois navires attaqués dans cette zone maritime d’environ 50 kilomètres, bordée par l’Iran d’un côté et la péninsule de Moussandam appartenant à Oman de l’autre.

Un premier navire, au large des côtes d’Oman, a été touché « par un projectile inconnu au-dessus de la ligne de flottaison », a indiqué l’agence de sécurité maritime britannique UKMTO, précisant qu’un incendie qui s’y était déclaré était « sous contrôle ».

Dans un incident distinct, un autre « navire a été touché par un projectile inconnu, provoquant un feu (qui) a été maîtrisé et le navire a l’intention de poursuivre son voyage », a indiqué UKMTO.

L’agence a signalé un troisième incident, avec « un projectile inconnu ayant explosé à proximité immédiate » d’un navire.

La télévision d’Etat iranienne avait, elle, annoncé un peu plus tôt qu’un pétrolier était en train de « couler » après avoir été frappé alors qu’il franchissait « illégalement » le détroit d’Ormuz, sans plus de précisions. Des images diffusées par la télévision montrent une épaisse fumée noire s’échappant du pétrolier en feu.

Il n’était pas clair si ce dernier incident était l’un des deux cas évoqués par la UKMTO.

Le secrétaire général de l’Organisation maritime internationale (OMI), Arsenio Dominguez, a appelé les compagnies maritimes à « éviter » la région et exhorté « les compagnies maritimes à faire preuve de la plus grande prudence ».

Le trafic maritime perturbé

Après l’Allemand Hapag-Lloyd, cinquième armateur mondial, le Danois Maersk, deuxième du secteur, a annoncé dimanche suspendre « jusqu’à nouvel ordre » tous les passages de navires par le détroit d’Ormuz.

Maersk a également décidé de suspendre temporairement les traversées par le canal de Suez (entre la mer Méditerranée et la mer Rouge).

Toutes les traversées Moyen-Orient-Inde vers la Méditerranée et Moyen-Orient-Inde vers la côte est des États-Unis « seront détournées par le cap de Bonne-Espérance », au large de l’Afrique du Sud, a précisé le groupe.

Le plus gros armateur mondial, l’Italo-suisse MSC, a, lui, ordonné dimanche à tous ses navires présents dans le Golfe de « se mettre à l’abri ».

Un total de « 60 navires » sous pavillon français ou appartenant à des entreprises françaises sont bloqués « à l’intérieur du Golfe arabo-persique », a déclaré à l’AFP le délégué général d’Armateurs de France, Laurent Martens.

Selon Dirk Siebels, de l’agence de sécurité maritime Risk Intelligence, cette situation n’a « pas de véritable précédent » : « Le trafic des pétroliers avait été fortement perturbé lors de la ‘guerre des pétroliers’ (entre Iran et Irak dans les années 80, ndlr) mais les échanges commerciaux et le secteur du transport maritime en général ont considérablement évolué au cours des 40 dernières années ».

Incertitudes sur le prix du pétrole

Un quart du pétrole mondial et un cinquième du gaz naturel liquéfié transitent par le détroit d’Ormuz, selon l’Agence américaine de l’Energie (EIA). Une grande partie de ces navires vont vers les pays asiatiques, notamment l’Inde, la Chine et le Japon.

L’un des impacts les plus redoutés du blocage de ce point de passage est sur le prix du pétrole.

Selon Homayoun Falakshahi, analyste chez Kpler, les prix de l’or noir pourraient grimper au-delà des 120 dollars, un niveau plus vu depuis des années, en cas de guerre prolongée avec un embrasement régional et des ruptures d’approvisionnement.

Dimanche, les pays de l’Opep+ ont annoncé une augmentation de leurs quotas de production de pétrole de 206 000 barils par jour pour le mois d’avril.

Mais selon Jorge Leon, analyste chez Rystad Energy, cette décision constitue « un signal, pas une solution ». « Si le pétrole ne peut pas transiter par Ormuz, 206 000 barils supplémentaires par jour font très peu pour détendre le marché », estime-t-il.

Une stratégie « suicidaire »

Pour Ali Vaez, analyste à l’International Crisis Group (ICG), un blocage total du détroit serait toutefois un « suicide » pour l’Iran.

« L’Iran utilise cette voie maritime pour vendre son pétrole à la Chine, et une telle fermeture lui aliénerait son principal partenaire économique, qui dépend des importations énergétiques du Golfe pour environ 25% de ses besoins », estime-t-il.

Au lieu de bloquer, voire miner, le détroit, « l’hypothèse la plus plausible est que l’Iran s’inspire des (yéménites) Houthis (…) en ciblant des navires spécifiques en raison de leur pavillon ou de leur cargaison », estime-t-il: « De cette manière, elle parviendrait à faire grimper les primes d’assurance et les prix mondiaux de l’énergie ».

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