Khamenei menace directement les États-Unis d’une guerre régionale s’ils attaquent l’Iran
Selon le guide suprême, Washington sait que le conflit s'étendrait, mais les Iraniens n'ont pas peur ; le Parlement de Téhéran désigne les armées européennes comme groupes terroristes
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Qualifiant les récentes manifestations de « coup d’État », le guide suprême iranien a mis en garde, dimanche, contre une « guerre régionale » face aux menaces d’intervention militaire brandies par Washington depuis la répression du mouvement de contestation.
« Les Américains doivent savoir que s’ils déclenchent une guerre, cette fois-ci, ce sera une guerre régionale », a déclaré l’ayatollah Ali Khamenei, s’exprimant pour la première fois depuis la mi-janvier.
Les États-Unis avaient bombardé l’Iran lors d’une guerre de douze jours déclenchée par Israël en juin.
Depuis la vague de manifestations anti-régime qui a fait des milliers de morts, Donald Trump fait planer la menace d’une nouvelle attaque contre la République islamique, même si ces dernières heures, les deux ennemis ont semblé privilégier la voie diplomatique.
La pression vient également de l’Union européenne (UE), qui a inscrit le Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI), le bras armé du régime iranien, sur la liste des organisations terroristes, pour avoir orchestré la répression meurtrière du mouvement de protestation.
« Honte à l’Europe ! »
חברי הפרלמנט באיראן, כולל היו"ר קאליבף, עלו על מדי משמרות המהפכה כדי לעשות שופוני בישיבת מועצת השורא בטהראן, נוסף לקריאות קצובות "מוות לאמריקה! מוות לישראל" pic.twitter.com/dIEkdTw4El
— roi kais • روعي كايس • רועי קייס (@kaisos1987) February 1, 2026
En représailles, le Parlement iranien a déclaré dimanche les armées européennes « groupes terroristes », « conformément à l’article 7 de la loi ».
Selon des images retransmises par la télévision d’État, le président de l’Assemblée, Mohammad Bagher Ghalibaf, portait un uniforme du CGRI, en signe de solidarité et de défiance.
« Mort à l’Amérique ! », « Mort à Israël ! », « Honte à l’Europe ! », ont scandé les élus dans l’hémicycle, jour du 47ᵉ anniversaire du retour d’exil en Iran de l’imam Khomeini, père fondateur de la République islamique.
Les « Pasdaran » (qui signifie « gardiens » en persan), créés en 1979 par le guide suprême peu après la révolution, sont considérés comme l’armée idéologique du pouvoir. Extrêmement organisée, cette force contrôle des pans entiers de l’économie iranienne.
Les conséquences de cette annonce du Parlement, qui semble surtout symbolique, n’étaient pas claires dans l’immédiat.
En prenant cette décision jeudi, l’UE s’aligne sur la position des États-Unis, du Canada et de l’Australie, qui avaient déjà classé le CGRI comme organisation terroriste en 2019, 2024 et 2025 respectivement.
« Nous verrons bien »
Face à ces tensions diplomatiques et aux déclarations offensives des deux côtés, le climat est fébrile dans les rues de Téhéran.
Firouzeh, une Iranienne de 43 ans, a déclaré à l’AFP être « très inquiète et effrayée ».
« Je regarde en permanence les informations […] et il m’arrive de me réveiller en pleine nuit pour consulter les actualités », a ajouté cette femme au foyer qui préfère taire son nom.
Les États-Unis ont déployé une dizaine de navires dans le golfe Persique, dont le porte-avions Abraham Lincoln, tandis que les forces armées iraniennes se disent « en état d’alerte maximale ».
Samedi soir, le président iranien, Massoud Pezeshkian, a déclaré qu’une guerre n’était dans l’intérêt ni de l’Iran ni des États-Unis et qu’il souhaitait privilégier la diplomatie. Un autre haut responsable a fait état de « progrès » en vue de « négociations » avec Washington.
Trump a pour sa part affirmé que Téhéran conversait avec Washington, sans toutefois donner de précisions. « L’Iran nous parle, et nous verrons bien si nous pouvons faire quelque chose », a déclaré le président américain à la chaîne Fox News, qui presse Téhéran de conclure un accord sur le nucléaire.
La République islamique est soupçonnée par les Occidentaux de vouloir se doter de l’arme atomique, ce qu’elle dément.
« Climat de guerre »
Le quotidien ultraconservateur Kayhan titre dimanche : « Asie de l’Ouest, patrie de l’Iran et cimetière de l’Amérique », tandis que l’agence de presse Mehr affirme que plusieurs milliers de tombes sont prêtes à accueillir des dépouilles de soldats américains à Téhéran, en cas d’attaque.
Sorti affaibli de la guerre de juin 2025 contre Israël et les États-Unis, le pouvoir iranien a étouffé début janvier les manifestations initialement déclenchées par le coût de la vie, mais qui se sont transformées en défi au régime.
Dans un bilan actualisé, l’ONG Human Rights Activists News Agency (HRANA), basée aux États-Unis, affirme avoir confirmé 6 713 morts, dont 137 enfants. L’organisation enquête sur plus de 17 000 décès potentiels supplémentaires.
Les autorités iraniennes ont admis que des milliers de personnes avaient été tuées lors des manifestations, mais affirment que la grande majorité d’entre elles étaient des forces de sécurité ou des passants tués par des « terroristes ».
Selon les autorités iraniennes, les protestataires « ont attaqué la police, des bâtiments gouvernementaux, des casernes des Gardiens de la Révolution, des banques, des mosquées, et ont brûlé le Coran […] ; c’était un véritable coup d’État », a déclaré dimanche Ali Khamenei, assurant que cette tentative avait « échoué ».
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