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Édito

La guerre contre l’Iran est légitime. Ses (trop nombreux) opposants préfèrent le nier

Constatez l'actuel pouvoir de nuisance de Téhéran, puis imaginez un instant que ce régime parvienne à se procurer la bombe nucléaire. Nous serons tous otages

Stéphanie Bitan

Stéphanie est la rédactrice en chef du Times of Israël en français.

Des missiles iraniens de fabrication nationale sont exposés dans le cadre d’une exposition permanente dans une zone de loisirs au nord de Téhéran, en Iran, le 24 mars 2026. (Crédit : Vahid Salemi/AP)
Des missiles iraniens de fabrication nationale sont exposés dans le cadre d’une exposition permanente dans une zone de loisirs au nord de Téhéran, en Iran, le 24 mars 2026. (Crédit : Vahid Salemi/AP)

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« Nous sommes au milieu d’une étape très importante de l’Histoire. Cette étape déterminera l’orientation du Moyen-Orient », a affirmé le président israélien Isaac Herzog deux jours après le début des frappes israélo-américaines menées contre l’Iran pour éviter le pire – un Iran doté de la bombe nucléaire, en plus d’un programme balistique redoutable.

Ce qui se déroule maintenant depuis vingt-sept jours est la conséquence directe et prévisible du pogrom du 7-Octobre – cette décision funeste prise par un chef du Hamas, proche de l’Iran. Un massacre pleinement et fièrement assumé par les terroristes palestiniens de Gaza. Ces derniers ont récemment salué les frappes menées par leur parrain iranien alors qu’elles visent pourtant leur hôte bienfaiteur qatari et leur allié turc.

C’est aussi la conséquence indirecte de la chute de Bashar al-Assad et la fin du règne de Nicolas Maduro – deux maillons de l’axe iranien.

Le Hezbollah, contraint ou non par l’Iran, a rejoint cette fois les combats, ouvrant comme le 8 octobre 2023 un front dans le flanc sud du Liban contre Israël. Une décision qui met à rude épreuve le gouvernement libanais et prouve inexorablement son impuissance face à l’arsenal du Hezbollah, supplétif de l’Iran profondément enraciné dans le paysage libanais. Cela prouve aussi la réticence des autorités libanaises à le désarmer une fois pour toutes – tout en évitant de provoquer une autre guerre civile au sein de cette nation meurtrie. Beyrouth est otage de Téhéran. Sa décision d’interdire les activités du groupe terroriste chiite, d’expulser l’ambassadeur d’Iran et de vouloir négocier directement avec Israël avec l’aide de Paris ne suffiront pas à le désarmer. Le 11 août prochain, ça fera 20 ans que le Hezbollah aurait déjà dû rendre les armes en vertu de la résolution 1701 adoptée à l’unanimité par le Conseil de sécurité de l’ONU en 2006.

À LIRE : Les capacités du Hezbollah au Liban illustrent « l’attitude conciliante » de la France – source

Les pays du Golfe sont aussi otages de l’Iran. La Turquie, qui cherche à se voiler la face en cherchant à se persuader que trois missiles balistiques neutralisés par l’Otan ne la visaient pas, a tout de même conscience de la stratégie iranienne qui consiste à vouloir « entraîner toute la région dans sa chute ». Désormais dans le viseur des Pasdaran, ils avaient pourtant tous tenté de dissuader leur allié américain d’attaquer l’Iran. En vain.

Dans le sillage de la répression des manifestations anti-régime organisées en janvier contre le coût de la vie en Iran, Donald Trump s’était publiquement engagé à apporter de l’aide aux Iraniens qui se faisaient littéralement massacrés par les autorités.

Qualifiant les manifestations de « coup d’État », celui qu’on appelle le « guide suprême » avait alors mis en garde, le 1er février, contre une « guerre régionale » face aux menaces d’intervention militaire brandies par Washington. « Les Américains doivent savoir que s’ils déclenchent une guerre, cette fois-ci [en comparaison à la guerre des Douze jours de juin dernier], ce sera une guerre régionale », avait juré l’ayatollah Ali Khamenei. Même mort, il a tenu sa promesse.

Mettre fin au régime iranien : un problème insoluble ?

Après avoir critiqué Trump pour avoir tardé à intervenir, les plateaux de télévision cherchent désormais à savoir si au final cette guerre va vraiment servir les intérêts du peuple iranien opprimé, des instigateurs de la guerre et du monde entier ou bien fallait-il au contraire attendre que « la nature suive son cours », comme l’a suggéré Danny Citrinowicz, qui a dirigé la branche iranienne de la Division de la recherche et de l’analyse de l’agence de renseignement militaire israélienne. Beaucoup estiment en effet qu’on ne parvient pas à changer de régime avec des frappes aériennes – Benjamin Netanyahu l’a lui-même reconnu lors d’une conférence de presse jeudi dernier. « Il se dit qu’on ne peut pas gagner, qu’on ne peut pas faire de révolutions depuis le ciel. C’est vrai. On ne peut pas le faire uniquement depuis le ciel. On peut faire beaucoup de choses depuis le ciel, ce que nous faisons, mais il doit aussi y avoir une composante au sol. Il y a de nombreuses options pour cette composante terrestre, mais je préfère ne pas tout vous dire là-dessus, » avait-il dit.

Après la guerre des Douze jours, en juin, les Iraniens n’avaient pas bougé. Trump et Netanyahu le redoutent cette fois encore – la réussite ultime de leur plan reposant essentiellement sur leur soulèvement en fin de compte. Le duo l’a bien compris : le coup de grâce devra être porté par le peuple.

Mais paradoxalement alors que le régime iranien est l’un des plus répressifs, cumulant : prisonniers politiques qui croupissent par milliers dans les prisons, recours massif à la peine de mort, trafic de drogue avec son proxy libanais et Caracas, programme nucléaire illégal, programme balistique pour le moins dévastateur, financement du terrorisme via ses nombreux supplétifs, blocage d’Internet, arrestation de touristes européens ou bi-nationaux qui deviennent à leur tour otages dans des prisons iraniennes, cette guerre – ô combien légitime -, se heurte à une opposition presque unanime sur la scène internationale !

Des dizaines de milliers d’Iraniens ont perdu la vie en seulement deux jours

Pour rappel, on parle ici d’un régime dont les forces de « sécurité » ont tiré avec des fusils et des carabines chargés de balles de plomb ou de balles réelles, en visant souvent la tête et le torse de civils non armés, transformant les rues en véritables zones de guerre alors que les corps s’amoncelaient au milieu des tas de sacs mortuaires disposés à l’extérieur des morgues et du centre de Kahrizak.

Des corps gisant dans des sacs mortuaires sur le sol tandis que des personnes se tiennent debout au milieu de la scène devant le centre hospitalier de Kahrizak à Téhéran, en Iran, sur cette capture d’écran tirée d’une vidéo obtenue sur les réseaux sociaux, le 11 janvier 2026. (Crédit : Réseaux sociaux/via Reuters)

Le ministère de la Santé iranien avait exhorté les protestataires blessés à se rendre à l’hôpital. « Vous ne devez pas être inquiets en vous rendant dans un centre médical » alors que de nombreux médecins se sont faits arrêter « pour avoir prodigué des soins à des manifestants blessés ». « Certaines personnes blessées ont été arrêtées avant de recevoir des soins médicaux, d’autres pendant leur traitement, et certaines immédiatement à leur sortie d’hôpital, puis transférées vers des lieux inconnus », a affirmé le Centre pour les droits humains en Iran (CHRI), basé aux États-Unis.

Alors certains ont préféré mourir plutôt que de se rendre des hôpitaux.

A LIRE : « Trop dangereux d’aller à l’hôpital » : un témoin raconte la répression en Iran

Les proches des familles devaient payer le nombre de balles utilisées pour pouvoir récupérer les dépouilles. Des passants sans lien avec les rassemblements ont été pris pour cibles, blessés par balles ou tués. De prétendus « aveux », arrachés sous la torture psychologique ou physique, ont été diffusés par la télévision d’Etat sous forme de vidéos de propagande. Le redoutable chef du pouvoir judiciaire iranien, Gholamhossein Mohseni Ejeï, avait même personnellement interrogé des détenus lors de séquences à la télévision.

Citons le cas de Taher Malekshahi, un garçon kurdo-iranien de 12 ans originaire de Qorveh, dans l’ouest de l’Iran, qui a perdu un œil. Sur une photo, son visage apparaît criblé de marques de plombs. Alors qu’il reçoit des soins intensifs à Téhéran, « les autorités ont fait pression sur sa famille pour qu’elle affirme qu’il avait été blessé par des ‘terroristes’, en échange da sa reconnaissance par l’Etat comme invalide de guerre », rapporte l’ONG Hengaw.

Des fleurs déposées à côté d’une pancarte affichant les photos des Iraniens tués lors des récentes manifestations en Iran, lors d’un rassemblement et d’une veillée en leur honneur organisés par des Irano-Américains, devant la Maison Blanche à Washington, le 16 janvier 2026. (Crédit : Saul Loeb/AFP)

L’Europe face à ses contradictions : entre condamnation du régime et rejet de la guerre

Trois semaines après ces massacres en Iran, l’Union européenne s’était finalement décidée (après que la France eut enfin changé d’avis) à désigner le Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) comme organisation terroriste. « Terroriste, c’est bien ainsi que l’on qualifie un régime qui réprime les manifestations de son propre peuple dans le sang », avait commenté la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen.

Mais un mois plus tard, de nombreux pays européens ont exprimé leur vive opposition à la guerre israélo-américaine contre le régime.

Les critiques du président allemand Frank-Walter Steinmeier prononcées mardi résument bien la position des opposants à la guerre et une certaine aversion à l’égard de Washington, qui ne se comporte plus, à leurs yeux, comme un allié : la guerre était non seulement « évitable » et « contraire au droit international », mais elle constitue surtout « une erreur politique aux conséquences graves » – comme si la guerre n’avait pas permis la Libération lors de la Seconde Guerre mondiale.

« Non à la guerre » avait tonné le Premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, au commencement des frappes contre l’Iran. Une semaine après : les Espagnols avaient même osé, à l’occasion de la journée de la Femme célébrée tous les 8 mars, mettre sur le même plan leur refus de la guerre contre l’Iran. Mahsa Amini, ainsi que toutes les autres femmes assassinées par le régime pour une mèche de cheveu, ont dû se retourner dans leur tombe.

Cette image UGC publiée sur Twitter le 26 octobre 2022 montre une femme non voilée debout sur un véhicule, tandis que des milliers de personnes se dirigent vers le cimetière d’Aichi à Saqez, ville natale de Mahsa Amini, dans la province iranienne du Kurdistan occidental, pour marquer les 40 jours depuis sa mort en détention par la police des mœurs. (Crédit : UGC/AFP)

Ces pays craignent manifestement des représailles sur leur territoire s’ils venaient à être partie prenante de la chute d’une tyrannie alors que cette dernière multiplie les avertissements à leur encontre et que son proxy libanais ose viser une base sous souveraineté britannique située à Chypre. L’on soupçonne le régime d’avoir déjà activé des réseaux de criminels et de partisans sur le sol européen, après une série d’explosions survenues ces derniers temps devant des synagogues, des ambassades américaines, des écoles juives. Au lieu de contribuer à cette guerre, les capitales européennes préfèrent poster de plus en plus de policiers devant les écoles juives pour contenir la menace sans l’affronter à la racine.

Le Premier ministre britannique Keir Starmer, qui, au passage, a rétabli le financement de la controversée UNRWA, limité les ventes d’armes à Israël, reporté sine die les négociations sur un accord de libre-échange avec Jérusalem et, dans un virage à 180 degrés, reconnu unilatéralement un État palestinien, est particulièrement critiqué par Trump, à l’instar de Madrid, pour son manque de contribution et son rejet de cette guerre, alors que le Royaume-Uni est directement ciblé et déplore les « activités déstabilisatrices » de l’Iran en convoquant son représentant. Mais ça s’arrête là : des communiqués faisant état de leur préoccupation, des convocations d’ambassadeurs, au mieux des sanctions mais rien qui règlera le problème.

Quand le droit international protège les tyrans

« Vous me demandez ce qu’en pensent les gens ? Qu’en pensaient-ils dans les années 1930 ? Que pensaient-ils dans les années 1930, face à ce régime terrible, impitoyable, dirigé par un fou, qui prenait un pays après l’autre, faisait tout de façon très ordonnée ? Qu’ont-ils dit ? Ils ont dit quoi ? Ils ont dit : ‘Ne nous mêlons pas de ça. Ce n’est pas notre guerre. Ce n’est pas notre problème. Peut-être que cela ne concerne que les Juifs.’ N’avons-nous rien appris ? Absolument rien en 80 ans ? Ne voyons-nous pas le danger qui rôde ? Il ne rôde pas. Il est revenu, sorti de la fange. Il se tient là devant nous. Nous éclabousse de sang, » a déclaré Netanyahu lors de sa conférence de presse.

Le procureur-général du cabinet fantôme britannique, David Wolfson, a récemment affirmé, que si le droit international se révélait être « incapable de freiner le terrorisme et les massacres en Iran », il était alors en situation d’échec, devenant un système immoral.

« Le droit ne reflète pas toujours la morale », a, pour sa part, souligné Yuval Shany, un éminent juriste israélien. « Les États voyous soutiennent le terrorisme ; ils constituent une menace à long terme pour leurs voisins et ils oppriment leur propre population. Il est donc justifié, au niveau de la morale, de dire qu’il doit être permis d’interrompre et d’entraver leur comportement ». Pour Shany, les arguments fondés sur la moralité plutôt que sur le droit international ont été avancés pour justifier les interventions au Kosovo, en Libye et en Syrie, au cours des dernières décennies.

Et David Wolfson de conclure : « Si les doctrines du droit international s’avèrent être incapables de freiner le terrorisme et les massacres en Iran et qu’elles lient les mains des démocraties en les forçant à rester les bras croisés face aux atrocités, alors le droit international est en échec. Il est devenu un système juridique fondamentalement immoral et plus qu’inutile dans le monde moderne ».

« Il faut sauver le soldat d’Ormuz »

Alors que veulent-ils au juste ? Laisser Téhéran obtenir la bombe ? Laisser le régime tuer en toute impunité son propre peuple ? Depuis le début des hostilités, seuls les marchés financiers intéressent les commentateurs. On a l’impression que les enjeux colossaux de cette guerre ne sont rien en comparaison au fameux détroit d’Ormuz, qui aurait dû être certes mieux pris en compte dans les préparatifs de Washington puisque c’est essentiellement le seul levier dont dispose Téhéran en plus de ses frappes tous azimut.

Bourses plombées, trafic aérien très affecté, production de gaz interrompue. Les retombées ne sont pas négligeables mais prenez le temps d’imaginer ce qui se passerait si l’Iran avait la bombe. Son pouvoir de nuisance est déjà immense, imaginez ce qu’il en serait si ce régime parvenait à se procurer la bombe. Je vais aussi faire miens des propos de Trump quant à ces sujets : « Cela ne m’inquiète pas », a-t-il dit, interrogé sur la hausse des prix à la pompe. « Ils baisseront très vite une fois la crise passée, et s’ils remontent, tant pis, mais la situation actuelle est bien plus importante qu’une légère augmentation du prix de l’essence. »

Les inconnues de cette nouvelle équation

Trump a-t-il réellement engagé des pourparlers avec les Iraniens ? Le locataire de la Maison Blanche est passé maître dans l’art de brouiller les pistes. La diplomatie a clairement montré ses limites pour les pays du Golfe qui avaient tenté un rapprochement avec l’Iran ces dernières années.

Le Hamas va-t-il désarmer ? Va-t-il se conformer à l’accord d’octobre ? Ou bien va-t-il se transformer en Hezbollah palestinien ? L’issue du conflit en Iran le déterminera – plus que le plan de désarmement présenté mardi par le haut représentant du Conseil de paix pour Gaza, Nickolay Mladenov.

Les Houthis vont-ils entrer dans la bataille ? Malgré les annonces tonitruantes de Téhéran au début des hostilités, la situation intérieure catastrophique due en partie aux frappes israéliennes, l’accord conclu avec Washington, et la récente reconnaissance du Somaliland par Jérusalem ne lui permettent pas de rejoindre les combats.

Est-ce que l’Iran va vouloir se procurer les missiles antinavires supersoniques qu’il aurait voulu commander à la Chine ? Les CM302 – d’une portée de 290 km – sont « très difficiles à intercepter », selon les experts.

Est-ce que le Congrès va donner à Trump les fonds nécessaires à la guerre ? Même des républicains s’y opposent et la perspective des élections de mi-mandat vont peser de leur poids.

Est-ce que d’autres pays, dont ceux visés par l’Iran vont rejoindre Israël et les États-Unis ? Beaucoup de journaux le disent. Mais malgré des investissements coûteux en équipements militaires américains, « très peu en sont capables », estime Camille Lons, spécialiste de la politique étrangère des pays du Golfe, « et ils n’ont pas d’approche sécuritaire commune ». Entre méfiance et rivalités, « peu d’options s’offrent à eux ».

Est-ce que ces pays vont se rapprocher d’Israël ? C’est une des grandes inconnues. « Plutôt que le terrorisme et le chaos sans fin créés par l’empire du mal de Téhéran, il y aura un changement qui offrira l’espoir et la paix à une coalition de nations, » avait prédit Isaac Herzog.

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