« Un changement de donne total » : L’Iran sur le point d’acheter des missiles antinavires supersoniques à la Chine
Le contrat portant sur des missiles CM302 - d'une portée de 290 km et "très difficiles à intercepter", selon les experts - est presque conclu, mais la date de livraison et les quantités sont inconnues
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LONDRES (Reuters) — Selon six personnes proches des négociations, l’Iran serait sur le point de conclure un accord avec la Chine pour l’achat de missiles de croisière anti-navires au moment-même où les États-Unis déploient une véritable armada à proximité des côtes iraniennes en vue de possibles frappes contre la République islamique.
L’accord portant sur la vente de missiles CM302 fabriqués en Chine serait presque finalisé, bien qu’aucune date de livraison n’ait été fixée, indiquent les sources. Ces missiles supersoniques ont une portée de près de 290 kilomètres et ils sont conçus pour échapper aux défenses navales, grâce à leur grande vitesse et à leur basse altitude. Leur déploiement par l’Iran aurait pour effet de considérablement renforcer ses capacités de frappe et de menacer les forces navales américaines stationnées dans la région, estiment deux experts des questions d’armement.
Selon les six personnes proches des pourparlers – trois responsables proches du gouvernement iranien et trois membres des services de sécurité – les négociations avec la Chine, commencées il y a de cela deux ans, se sont accélérées à l’issue des 12 jours de guerre entre Israël et l’Iran, en juin dernier.
Dans la phase finale de la négociation, l’été dernier, de hauts responsables militaires et civils iraniens se sont rendus en Chine, à commencer par Massoud Oraei, vice-ministre iranien de la Défense, expliquent deux membres des services de sécurité. La visite d’Oraei n’avait jamais été signalée avant cela.
« C’est un véritable changement de paradigme si l’Iran dispose d’une capacité supersonique d’attaquer des navires dans la région », estime Danny Citrinowicz, ex-membre des services de renseignement israélien et aujourd’hui chercheur principal sur l’Iran dans le think tank israélien Institute for National Security Studies. « Ces missiles sont très difficiles à intercepter. »
Reuters n’a pas pu établir le nombre de missiles repris dans le cadre de cet accord, pas davantage que le montant total ou les dispositions de la Chine à honorer ce contrat, compte tenu des tensions accrues dans la région.
« L’Iran a des accords militaires et de sécurité avec ses alliés, et c’est le moment idéal pour en tirer parti », explique à Reuters un responsable du ministère iranien des Affaires étrangères.
La délégation chinoise auprès des Nations unies a suggéré à Reuters de se tourner vers le ministère des Affaires étrangères à Pékin. Les ministères des Affaires étrangères et de la Défense n’ont, à ce stade, pas répondu aux demandes de commentaires.
Interrogée par Reuters, la Maison-Blanche a botté en touche sur la question des négociations entre l’Iran et la Chine. Le président américain Donald Trump a été clair : « Soit il y a accord, soit nous devrons faire quelque chose de difficile, comme la dernière fois », a déclaré un responsable de la Maison-Blanche au sujet de l’impasse actuelle sur l’Iran.
Ces missiles seraient les équipements militaires les plus perfectionnés vendus à l’Iran par la Chine, au mépris de l’embargo sur les armes imposé par les Nations Unies en 2006, suspendu en 2015 dans le cadre de l’accord nucléaire avec les États-Unis et leurs alliés, puis réimposé en septembre dernier.
Menaces navales
Cette vente serait le signe de l’approfondissement des relations militaires entre la Chine et l’Iran à un moment de fortes tensions régionales, ce qui ne pourrait que compliquer la tâche des Américains pour contenir le programme de missiles iranien et freiner ses activités nucléaires. Elle serait par ailleurs le signe de la volonté chinoise de s’affirmer dans une région longtemps dominée par la puissance militaire américaine.
La Chine, l’Iran et la Russie organisent chaque année des exercices navals conjoints, et l’an dernier, le département du Trésor américain a sanctionné plusieurs entités chinoises soupçonnées d’avoir fourni des précurseurs chimiques au Corps des gardiens de la révolution islamique iranienne pour les besoins de son programme de missiles balistiques. La Chine a nié les faits, assurant tout ignorer des cas cités dans les sanctions et mettre strictement en oeuvre les contrôles à l’exportation sur les biens à double usage.
Lors d’un défilé militaire à Pékin en septembre dernier, le président chinois Xi Jinping a déclaré au dirigeant iranien que « la Chine était aux côtés de l’Iran pour protéger sa souveraineté, son intégrité territoriale et sa dignité nationale. »
La Chine a uni sa voix à celle de la Russie et de l’Iran, dans une lettre conjointe du 18 octobre dernier, pour dire que la décision de réimposer des sanctions était infondée.
« L’Iran est devenu un champ de bataille entre les États-Unis » d’une part et la Russie et la Chine d’autre part, estime l’un des responsables informés par le gouvernement iranien des négociations sur les missiles.
La nouvelle de cet accord suit celle du déploiement par les États-Unis d’une véritable armada à portée de frappe de l’Iran, avec notamment le porte-avions USS Abraham Lincoln et son groupe de frappe. L’USS Gerald R. Ford et ses escorteurs font par ailleurs route vers la région. À eux deux, ces navires peuvent transporter plus de 5 000 personnes et 150 avions.
« La Chine ne souhaite pas avoir un régime pro-occidental en Iran », explique Citrinowicz, spécialiste israélien de l’Iran. « Cela menacerait ses intérêts. Les Chinois souhaitent que le régime actuel reste en place. »
Le 19 février dernier, Trump a annoncé qu’il laissait 10 jours à l’Iran pour parvenir à un accord sur son programme nucléaire, sous peine d’action militaire. Les États-Unis se préparent à l’éventualité de plusieurs semaines d’opérations contre l’Iran si Trump donne finalement l’ordre de passer à l’attaque, a rapporté Reuters le 13 février dernier.
Un arsenal épuisé
L’acquisition de ces CM-302 permettrait de remettre à niveau un arsenal iranien épuisé par la guerre de l’an dernier, estime Pieter Wezeman, chercheur principal au Stockholm International Peace Research Institute.
L’entreprise publique chinoise China Aerospace Science and Industry Corporation (CASIC) commercialise le CM-302, qu’elle présente comme le meilleur missile anti-navire au monde, capable de couler un porte-avions ou un destroyer. Le système d’armes est susceptible d’être monté sur des navires, des avions ou des véhicules terrestres mobiles. Il peut aussi servir à éliminer des cibles terrestres.
La CASIC n’a pas répondu à une demande de commentaire.
L’Iran serait par ailleurs en discussion pour se doter de systèmes chinois de missiles sol-air – ou MANPADS – mais aussi d’armes anti-balistiques et anti-satellites, expliquent les six sources proches de la question.
Dans les années 1980, la Chine a été un important fournisseur d’armes à l’Iran mais les grands contrats se sont taris à la fin des années 1990 sous l’effet des pressions de la communauté internationale.
Ces dernières années, les autorités américaines ont accusé des entreprises chinoises de fournir à l’Iran des pièces de missiles, sans aller jusqu’à les accuser ouvertement de leur fournir des systèmes de missiles complets.
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