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Analyse

Face à la guerre, le Pakistan aurait protégé Ryad grâce à une coentreprise avec l’Iran

Après un tir de missile iranien contre Ryad, Asim Munir avait, semble-t-il, averti Ahmad Vahidi que leur joint-venture de transport de pétrole vers le Pakistan était menacée

Jacob Magid

Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

Le maréchal Asim Munir, récemment promu, priant après avoir déposé une gerbe au monument aux martyrs lors d’une cérémonie spéciale de garde d’honneur au quartier général, à Rawalpindi, au Pakistan, le 21 mai 2025. (Crédit : Inter Services Public Relations/AP)
Le maréchal Asim Munir, récemment promu, priant après avoir déposé une gerbe au monument aux martyrs lors d’une cérémonie spéciale de garde d’honneur au quartier général, à Rawalpindi, au Pakistan, le 21 mai 2025. (Crédit : Inter Services Public Relations/AP)

Le chef de l’armée pakistanaise, Asim Munir, aurait utilisé comme levier une entreprise commune de transport de pétrole avec le chef du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), Ahmad Vahidi, afin d’obtenir un accord entre la République islamique d’Iran et l’Arabie saoudite, aux termes duquel Téhéran s’engageait à mettre fin à ses attaques contre le royaume du Golfe, ont confié cette semaine au Times of Israel trois responsables proches du dossier.

L’accord négocié par Munir a été conclu fin mars, alors que la guerre menée par les États-Unis et Israël contre le régime iranien n’en était encore qu’à ses premières semaines, ont indiqué au Times of Israel, sous couvert d’anonymat, un diplomate du Moyen-Orient, un responsable des services de renseignement de la région et un troisième responsable au fait du dossier.

Après avoir essuyé des tirs iraniens répétés au cours du premier mois de la guerre, comme d’autres pays de la région, l’Arabie saoudite a été largement épargnée une fois l’accord conclu, selon les trois responsables.

Pour négocier l’accord entre l’Iran et l’Arabie saoudite, Munir a fait miroiter à Vahidi la poursuite des activités de leur coentreprise, qui assure discrètement le transport de pétrole iranien vers le Pakistan depuis la fin de l’année dernière.

L’entreprise, à laquelle les deux généraux sont liés, leur aurait rapporté d’énormes dividendes, en particulier depuis le début du blocus américain des ports iraniens.

Après plus de trois mois sans attaque attribuée au régime iranien contre l’Arabie saoudite, Téhéran a tiré un missile sur le royaume du Golfe au cours du week-end.

Le général Ahmad Vahidi, du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), est assis près du cercueil du Guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, dans une salle de deuil attenante à l’Imam Khomeini Hussainiya, au sein du complexe du Guide suprême, avant les funérailles de ce dernier, à Téhéran, le 2 juillet 2026. (Crédit : Bureau du Guide suprême iranien/AP)

À la suite de cette attaque, Munir a averti Vahidi qu’un tel comportement risquait de compromettre la poursuite des activités de leur coentreprise, a déclaré le diplomate du Moyen-Orient. Aucun missile n’a depuis été tiré sur l’Arabie saoudite.

Expliquant les motivations de Munir dans la négociation de cet accord, le responsable des services de renseignement du Moyen-Orient a indiqué que le Pakistan souhaitait renforcer ses relations avec l’Arabie saoudite, en particulier si cela permettait de rendre Ryad plus dépendant d’Islamabad.

Le diplomate du Moyen-Orient a critiqué l’accord négocié par Munir, estimant qu’il « légitimait le versement de rançons » exigées par la République islamique aux pays de la région afin d’éviter d’être pris pour cible dans la guerre en cours.

Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, deuxième à droite, le ministre saoudien de la Défense Khalid ben Salmane, à gauche, le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif, deuxième à gauche, et le chef de l’armée pakistanaise, le maréchal Asim Munir, posent après avoir signé un pacte de défense mutuelle, à Riyad, en Arabie saoudite, le 17 septembre 2025. (Crédit : Service d’information de la presse/AP)

Le ministère pakistanais des Affaires étrangères et l’ambassade saoudienne à Washington n’ont pas répondu aux demandes de commentaires sur cette affaire.

Les Émirats arabes unis ont été accusés d’avoir conclu un accord similaire avec l’Iran, bien qu’Abou Dhabi ait vigoureusement démenti les informations non confirmées selon lesquelles il aurait débloqué plusieurs milliards de dollars de fonds retenus en échange de l’assurance de ne pas être visé par des attaques iraniennes.

Le Qatar a également fait l’objet de telles allégations l’accusant d’avoir tenté d’acheter la clémence de Téhéran, des accusations qui ont été fermement démenties par Doha.

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