Les démocrates juifs du Maine se mobilisent pour trouver un successeur à Platner
Si le départ du politicien populiste progressiste, visé par des accusations d'agression sexuelle, a soulagé certains démocrates juifs, les positions sur Israël de Troy Jackson, son successeur présumé, inquiètent
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BANGOR, Maine (JTA) – Lorsque Jamie Isaacson a reçu dans sa boîte aux lettres, au début du mois, un formulaire de candidature lui proposant de participer au choix du prochain candidat du Parti démocrate du Maine pour le Sénat des États-Unis lors de la convention d’investiture prévue samedi, cette proposition ne l’a pas intéressé.
S’il avait été accepté comme délégué, Isaacson, habitant juif de Portland âgé de 72 ans, aurait rejoint les 601 démocrates du Maine à la convention du parti à Bangor pour choisir le remplaçant de Graham Platner. Ce dernier, féroce détracteur d’Israël, s’est retiré de la course au début du mois suite à des accusations d’agression sexuelle, qu’il a niées.
Isaacson, quant à lui, a préféré rester à l’écart, promettant de ne plus rien avoir à faire avec le parti qui avait initialement désigné Platner comme candidat.
« Honnêtement, je me suis dit que ça ne valait pas la peine que j’y consacre du temps », a déclaré Isaacson à la Jewish Telegraphic Agency. « Nous avons été pris au dépourvu par le Parti démocrate, aussi bien ici qu’au niveau national. Et pourtant, j’ai été démocrate toute ma vie. Je ne sais pas où j’en suis aujourd’hui. Je me sens vraiment trahi et je n’ai plus l’impression d’appartenir à ce parti. »
La décision d’Isaacson est à l’image du clivage qui touche la communauté juive du Maine. L’effondrement de Platner a suscité diverses réactions, allant de la colère envers le Parti démocrate à un regain d’intérêt pour le processus inhabituel de désignation des délégués qui permettra de le remplacer.
Isaacson affirme s’être senti « soulagé » lorsque Platner s’est retiré de la course ; cependant, à l’instar de nombreux Juifs, il estime que d’autres scandales, notamment son tatouage à caractère nazi, qui avaient déjà ébranlé sa campagne avant les dernières accusations, auraient dû le disqualifier.
« Je pense que les habitants du Maine auraient préféré voter pour le diable plutôt que pour Susan Collins. Je parle des démocrates, bien sûr », a ajouté Isaacson, à propos de la sénatrice républicaine sortante, qui brigue un sixième mandat. « Je n’arrive pas à croire que Platner soit allé aussi loin malgré tous les problèmes qui auraient dû le rendre inéligible, comme son tatouage et une dizaine d’autres choses. Mais les gens se sont montrés très indulgents, et n’y ont pas accordé la moindre importance. »
La course aux primaires démocrates a trouvé un écho au sein de la petite communauté juive du Maine. L’État compte près de 19 000 Juifs répartis dans 10 600 foyers – une population fortement concentrée à Portland et dans ses environs, selon l’étude de 2024 sur la communauté juive du Maine réalisée par l’université Brandeis en partenariat avec l’Alliance de la communauté juive du sud de l’État. Selon cette étude, près de 70 % des Juifs du Maine se définissent comme libéraux ou très libéraux, et 42 % se considèrent comme peu impliqués dans la vie juive.
Si le retrait de Platner a soulagé certains démocrates juifs, il les a également contraints à se prononcer rapidement sur Troy Jackson, ancien bûcheron et président du Sénat de l’État, qui aurait déjà obtenu le soutien d’une majorité de délégués et qui devrait être désigné candidat du parti samedi.
Si Jackson a repris certaines des positions de Platner sur Israël, notamment son engagement à mettre fin au « génocide à Gaza » et à veiller à ce qu’« aucun dollar des contribuables américains ne finance l’armée israélienne », ainsi qu’il l’indique sur son site de campagne, certains électeurs juifs affirment ne pas bien connaître ses opinions sur Israël.
« C’est vraiment, littéralement, la première fois que j’entends Troy Jackson aborder ce sujet. Je pense donc qu’il a pris position parce que cela intéresse les électeurs », a expliqué Amy Fried, professeure émérite de sciences politiques à l’université du Maine, à la JTA. Fried a été sélectionnée comme déléguée suppléante pour la convention ; si l’un des délégués se retire, elle le remplacera.
Selon Fried, qui n’a pas fait campagne pour Platner, Jackson devrait faire preuve « d’ouverture d’esprit, et rester à l’écoute de ceux qui lui parleront de ce que pensent certains Juifs américains, au moins, des menaces qui pèsent sur la communauté aux États-Unis et sur Israël ».
La progression de Jackson vers l’investiture démocrate a connu une accélération fulgurante. Le nombre de candidats a commencé à décliner la semaine dernière lorsque Shenna Bellows, Nirav Shah et Jordan Wood ont déclaré forfait et accordé leur soutien à Jackson, après que l’équipe de campagne de ce dernier a annoncé avoir obtenu l’appui de 481 délégués. Par la suite, deux des trois candidats encore en lice face à Jackson, David Costello et Dan Kleban, ont mis fin à leur campagne, ne laissant que Saundra Pelletier, PDG d’une entreprise pharmaceutique spécialisée dans la santé des femmes, comme unique adversaire de Jackson samedi.
« Merci, le Maine », a écrit Jackson dans un billet Facebook annonçant ses progrès. « Notre campagne a toujours été portée par des citoyens ordinaires du Maine, et non par des PAC [comités d’action politique] d’entreprises ou de riches groupes d’intérêts particuliers, mais par des voisins qui se mobilisent ensemble parce qu’ils estiment que nous méritons mieux. »
Dans un communiqué publié mardi confirmant son intention de rester dans la course, Pelletier a déclaré : « Je respecte bien trop les délégués pour accepter que la décision ait déjà été prise à leur place. Des électeurs de tous les coins du Maine ont apposé leur signature pour m’envoyer à la convention parce qu’ils souhaitent un choix, et non un couronnement. »
Une autre habitante juive de Portland, Karli Efron, qui avait posé sa candidature comme déléguée mais qui n’avait pas été sélectionnée, a indiqué que, même si la campagne de Jackson semblait moins « problématique » que celle de Platner, elle souhaitait en « savoir plus » avant de le soutenir.
« Je suis simplement heureuse que ce ne soit pas Graham Platner », a ajouté Efron, membre de la congrégation Bet Haam, une synagogue réformée du sud de Portland. « À vrai dire, ce sera plus facile pour moi de me rendre aux urnes pour voter que cela ne l’aurait été si Graham Platner avait été candidat. »
Pour d’autres Juifs du Maine qui se rendront à la convention samedi, le choix de Jackson s’est imposé naturellement.
« La politique populiste et progressiste de Platner s’est révélée extrêmement appréciée par les électeurs, qui sont venus en nombre record à ses meetings et à ses réunions électorales. Mais il est évident que les scandales et l’absence de vérification de ses antécédents ont fait échouer sa campagne », a estimé
Lila Kohrman, une habitante juive de Portland de 33 ans. « Cela ne change toutefois rien au fait que les habitants du Maine ont soutenu très largement la ligne politique de la campagne de Platner. Je suis ravie de voir que la campagne de Troy Jackson adopte ces mêmes positions politiques maintenant qu’il remporte l’investiture. »
Kohrman, qui travaille pour une organisation à but non lucratif de défense du climat et qui a soutenu Platner pendant sa campagne, a également indiqué qu’elle souscrivait au discours de Jackson concernant Israël.
« Troy Jackson s’opposera à ce que l’argent de nos impôts serve à financer un génocide. Je pense que c’est la position politiquement et moralement correcte à adopter en 2026 », a affirmé Kohrman.
Kohrman a dit espérer que les électeurs juifs sceptiques à l’égard de Jackson réfléchiront à ses autres engagements politiques.
« J’espère sincèrement que les personnes qui se focalisent sur un seul et même sujet, comme certains électeurs juifs peuvent se focaliser sur le soutien à Israël, ne laisseront pas cette seule question les empêcher de soutenir la campagne d’un candidat qui serait réellement en mesure d’améliorer la vie de millions de personnes aux États-Unis et à l’étranger », a fait remarquer Kohrman.
Ronna Lugosch, une grand-mère juive de 71 ans et déléguée de Round Pond, dans le Maine, qui avait soutenu Platner, a déclaré ne pas s’être laissée décourager par les scandales qui avaient entaché sa campagne.
« Je ne pense pas que cet homme soit un nazi. Je n’y crois tout simplement pas. Je pense que c’était un tatouage stupide, fait pendant une soirée où il avait bu, et je le crois », a expliqué Lugosch, propriétaire d’une bijouterie. Elle a précisé qu’elle appréciait Platner car « il a été l’un des premiers, du moins parmi ce groupe de candidats, à dénoncer le génocide à Gaza, et je suis tout à fait d’accord avec lui ».
Dans sa candidature au poste de déléguée dans le comté de Lincoln, Lugosch a écrit qu’elle soutiendrait un candidat qui « estime que ce qui se passe à Gaza est un génocide, qui pense que nous devrions abolir l’ICE, qui n’accepte pas d’argent de l’AIPAC et qui souhaite mettre fin à l’influence de l’argent en politique ».
Elle a expliqué vouloir inclure son identité juive et sa position sur la guerre à Gaza dans sa candidature, afin que « les gens comprennent que le fait d’être juif ne signifie pas nécessairement que l’on soutient le génocide ».
À l’approche de la journée de samedi, Lugosch a souligné l’importance de commencer à se mobiliser en faveur de Jackson, par crainte que le Parti républicain ne remette en cause le processus de désignation.
« On s’attend à ce que les républicains contestent cette décision ou qu’ils saisissent la justice », a ajouté Lugosch. « Dans ces conditions, nous devons être présents samedi, et nous devons voter pour Troy Jackson. »
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