Les pinsons apprennent à chanter comme les bébés humains apprennent à parler – étude
Une équipe internationale, dont un spécialiste israélien des sciences cognitives, a pu montrer que les pinsons du Bengale apprennent en suivant les mêmes principes mathématiques que les humains
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Sue Surkes est la journaliste spécialisée dans l'environnement du Times of Israel.
On a longtemps considéré que le langage humain, avec sa grammaire et son caractère prévisible, était unique en son genre.
Mais une équipe internationale de chercheurs, dont fait partie la Pr. Inbal Arnon, spécialiste en sciences cognitives et psychologue du développement à l’Université hébraïque, a remis en cause cette hypothèse.
En appliquant les outils mathématiques utilisés pour décrypter la manière dont les bébés humains apprennent à parler, l’équipe a découvert que les règles statistiques régissant le langage acquis étaient partagées par certains des membres les plus « vocaux » du règne animal. Après avoir identifié ces schémas chez les baleines à bosse l’an dernier, les chercheurs les ont désormais observés chez les pinsons du Bengale.
Les humains acquièrent le langage en reconnaissant des unités statistiquement cohérentes, telles que les mots, dont la structure interne est relativement prévisible. Ils apprennent également selon ce qu’on appelle la loi de Zipf, qui met en évidence la fréquence d’utilisation des mots dans une langue.
La loi de Zipf stipule que le mot le plus courant apparaît environ deux fois plus souvent que le deuxième, trois fois plus souvent que le troisième, et ainsi de suite. En anglais, le mot le plus courant est « the », suivi de « of » et de « and » ; en français, il s’agit généralement de « de », « le » et « la ».
Zipf a également émis l’hypothèse d’une autre loi : les mots les plus fréquemment utilisés seraient plus courts afin de minimiser l’effort nécessaire à leur prononciation. Les nourrissons humains s’appuient sur des mécanismes statistiques pour acquérir le langage.
Un pinson du Bengale (le plus grand des deux oiseaux) apprenant à chanter à son fils. (Crédit : Kazuo Okanoya)
À partir d’enregistrements réalisés près de l’Australie par la Dr. Ellen Garland, experte en chants de baleines à l’université St Andrews en Écosse, Arnon et le Pr. Simon Kirby de l’université d’Édimbourg avaient précédemment appliqué l’algorithme de segmentation de la parole humaine qu’ils avaient développé à plus de 30 heures d’enregistrements de baleines à bosse.
Les résultats, publiés l’an dernier, ont montré que les chants de ces cétacés obéissaient aux mêmes lois statistiques et aux mêmes distributions de Zipf que celles du langage humain.
Afin de vérifier s’il s’agissait d’une loi naturelle plus générale, l’équipe s’est ensuite tournée vers les oiseaux, et plus particulièrement vers les pinsons du Bengale, une espèce de passereaux domestiqués dont les chants complexes s’apprennent pendant la jeunesse. Kazuo Okanoya, de l’université Teikyo, et Miki Takahashi, du RIKEN Center for Brain Science, tous deux au Japon, se sont joints à l’étude.
Ils ont analysé des enregistrements de chants de six pinsons du Bengale âgés de 60 à 120 jours (période critique de développement durant laquelle le « langage » des pinsons est acquis et perfectionné), et ils ont détecté les mêmes structures sous-jacentes dans une étude publiée ce mois-ci.
Tout comme les bébés humains se constituent un vocabulaire à partir de plusieurs tuteurs adultes, les jeunes pinsons du Bengale assemblent des fragments de chants provenant de différents oiseaux.
Les chercheurs soulignent toutefois que l’usage du langage diffère entre les humains, les baleines et les pinsons.
On pense que les chants des baleines à bosse, qui varient d’un individu à l’autre et d’un groupe à l’autre, transmettent des informations sur l’identité, l’état physique, l’appartenance culturelle et la localisation, plutôt que des idées et des concepts complexes et variés inhérents au langage humain. Les pinsons du Bengale, en revanche, développent un chant spécifique qui peut varier d’un individu à l’autre, puis s’y tiennent, ne l’utilisant que pour l’accouplement.
Ces résultats « montrent que les schémas mathématiques fondamentaux du langage n’ont pas besoin de sémantique pour s’épanouir », indique l’étude.
« Ils prouvent au contraire la puissance profonde de la transmission culturelle : chaque fois que des signaux complexes sont transmis de génération en génération et façonnés par des contraintes d’apprentissage, des principes mathématiques universels émergent naturellement par le biais de l’évolution convergente. »
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