L’opposition s’oppose au plan « fou » de créer une « ville humanitaire » à Gaza
Liberman dénonce "l'illusion" d'un plan qui "mettra en danger nos soldats" ; selon Gantz, il s'agit d'une tentative plus dangereuse et plus coûteuse de résoudre des problèmes soulevés fin 2023
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Le chef de l’opposition Yaïr Lapid a pris la tête lundi d’un chœur d’oppositions au projet du gouvernement de créer une « ville humanitaire » à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, qualifiant ce projet de « fou, même selon les critères de ce gouvernement ».
« Le Premier ministre [Benjamin] Netanyahu, en collaboration avec le ministre des Finances Bezalel Smotrich, souhaite établir ce qu’ils appellent une ‘ville humanitaire’ à Gaza, où vivraient plus de 600 000 personnes, soit une ville presque deux fois plus grande que Tel Aviv », a déclaré le chef du parti Yesh Atid.
« Ses habitants seront-ils autorisés à partir ? Si non, comment les empêchera-t-on de partir ? Y aura-t-il une barrière ? Une barrière normale ? Une barrière électrique ? Combien de soldats la garderont ? », a demandé Lapid lors de l’ouverture de la réunion hebdomadaire de son parti.
« Que feront les soldats si les enfants veulent quitter la ville ? Qui les nourrira ? Qui sera responsable de l’approvisionnement en eau et en électricité ? Que se passera-t-il en cas d’épidémie ou de maladie ? Qui les soignera ? »
« Ce qui importe le plus aux citoyens israéliens, c’est de savoir combien cela va leur coûter », a insisté Lapid, ajoutant que l’estimation la plus prudente du coût de ce projet s’élevait à environ 15 milliards de shekels, tandis que d’autres estimations, notamment celles de l’armée israélienne, tablaient sur un coût pouvant atteindre 20 milliards de shekels.
« C’est une idée folle, même selon les critères de ce gouvernement. Mais nous savons comment ils fonctionnent : avant d’admettre leur échec, ils dépenseront des milliards », a-t-il conclu.
Le plan israélien pour une « ville humanitaire », tel qu’il a été présenté par le ministre de la Défense Israel Katz au début de la semaine dernière, prévoit la construction par Israël d’une zone sur les ruines de Rafah qui accueillerait à terme tous les civils de Gaza.
Dans un premier temps, cette zone accueillerait quelque 600 000 Gazaouis vivant dans la région côtière de Mawasi, puis l’ensemble de la population de l’enclave, soit plus de 2 millions de personnes.
Les personnes seraient contrôlées avant d’entrer et ne seraient pas autorisées à sortir, selon ce plan. Des organisations internationales fourniront une aide tandis que Tsahal sécurisera le site à distance et encouragera les habitants à « émigrer volontairement », selon Katz.
La chaîne N12 a rapporté que les hauts responsables militaires craignent que la mise en place de cette « ville humanitaire » nuise aux négociations en cours au Qatar pour un accord de libération des otages et de cessez-le-feu.
Liberman : un plan « illusoire » qui « mettra en danger nos soldats »
Le député Avigdor Liberman, du parti de droite Yisrael Beytenu, a fait écho aux propos de Lapid lundi, déclarant au début de la réunion de son propre groupe parlementaire : « Il est inconcevable que le chef d’état-major, nommé par le gouvernement il y a seulement quelques mois, explique que Tsahal s’oppose fermement à cette illusion qu’est la ‘ville humanitaire’ à Gaza, qui coûtera 15 milliards de shekels aux contribuables israéliens, et que le cabinet double la mise et tente de l’imposer par la force. »
« Quelqu’un devra exploiter, garder et assurer la maintenance » du projet, a déclaré Liberman.
« Et cela mettra nos soldats en danger. Au lieu de cesser de leur fournir de l’eau, du carburant et des marchandises, le gouvernement nous lie de plus en plus à Gaza. »
Benny Gantz, le chef du parti Kakhol Lavan-HaMahane HaMamlahti, a déclaré que la « ville » proposée serait une version plus dangereuse et plus coûteuse d’un projet qu’il avait présenté au début de la guerre. Il affirme qu’en novembre 2023, il avait appelé le cabinet à créer un « triangle humanitaire » géré par la communauté internationale.
« Le gouvernement avait peur de le faire en temps réel et a opté pour d’autres solutions, plus dangereuses et plus coûteuses », a-t-il ajouté.
« Aujourd’hui, il va à nouveau à l’encontre des recommandations de Tsahal, et il semble que la politique l’emporte une fois de plus sur le bon sens. »
Dimanche, le député Gilad Kariv, du parti de gauche Les Démocrates, a écrit sur Facebook que la zone prévue ne serait « ni une ville ni humanitaire », ajoutant que ce plan était intenable « du point de vue de la sécurité », mais aussi « d’un point de vue éthique et moral ».
La guerre à Gaza a éclaté lorsque quelque 6 000 Gazaouis dont 3 800 terroristes dirigés par le Hamas ont pris d’assaut le sud d’Israël le 7 octobre 2023, tué plus de 1 200 personnes, principalement des civils, enlevé 251 otages de tous âges, et commis de nombreuses atrocités et en utilisant la violence sexuelle comme arme à grande échelle.
Les groupes terroristes de la bande de Gaza détiennent toujours 50 otages, dont 49 des 251 personnes enlevées par des terroristes du Hamas le 7 octobre 2023.
Parmi eux se trouvent les corps d’au moins 28 personnes dont le décès a été confirmé par l’armée israélienne, et 20 seraient encore en vie. Les autorités israéliennes ont fait part de leurs vives inquiétudes concernant le sort de deux autres personnes. Le Hamas détient également le corps d’un soldat de Tsahal tué à Gaza en 2014.
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