Tsahal opposé à la « ville humanitaire », qu’Olmert compare à un « camp de concentration »
L'armée aurait déclaré aux élus que ce projet pourrait nuire aux négociations pour la libération des otages et prendre des mois ; Yaïr Lapid, entre autres, le critiquent aussi
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Une proposition israélienne visant à regrouper l’ensemble de la population de Gaza dans une « ville humanitaire » provoque un tollé, ses détracteurs y voyant une première étape vers le retour d’une administration israélienne dans l’enclave. L’ancien Premier ministre Ehud Olmert a déclaré que ce projet rappelle les camps de concentration nazis construits pendant la Seconde Guerre mondiale.
Les chefs militaires israéliens auraient prévu d’avertir les ministres du gouvernement lors d’une réunion restreinte du cabinet de sécurité dimanche soir que ce projet ambitieux pourrait prendre des mois à mettre en œuvre et compromettre les négociations en cours pour la libération des otages.
Convoquée à la demande du Premier ministre Benjamin Netanyahu, cette réunion devait permettre à l’armée israélienne de présenter les grandes lignes d’une « ville humanitaire » centrée sur Rafah. Selon la chaîne N12, si Tsahal est tenu de se plier aux ordres des élus, il se doit également d’exprimer ses réserves sur ce projet.
Les responsables militaires prévoyaient d’informer les participants que le projet « prendrait entre trois et cinq mois entre le début des travaux et la mise en service de la ville humanitaire », a rapporté la chaîne avant la réunion, sans citer ses sources.
Présenté le 7 juillet par le ministre de la Défense, Israel Katz, ce plan prévoit l’établissement d’une zone fermée dans le sud de la bande de Gaza en cas de cessez-le-feu de 60 jours avec le Hamas, actuellement en négociation au Qatar. Selon Katz, cette zone accueillerait dans un premier temps quelque 600 000 déplacés originaires du sud de Gaza et comprendrait quatre centres de distribution d’aide humanitaire, gérés par des organisations internationales.
À terme, l’ensemble de la population civile de Gaza, soit plus de deux millions de personnes, serait relocalisé dans cette zone.
Les nouveaux arrivants seraient soumis à un contrôle de sécurité afin de s’assurer qu’ils ne sont pas affiliés au groupe terroriste palestinien du Hamas. Une fois admis, ils ne seraient pas autorisés à quitter la zone.
Les organisations internationales fourniront une aide tandis que Tsahal sécurisera le site à distance, et les habitants seront encouragés à « émigrer volontairement », a déclaré Katz.
Selon la chaîne N12, des responsables de la sécurité considéreraient ce plan comme une « immense ville de tentes » et auraient mis en garde contre le risque d’un retour de l’administration militaire israélienne à Gaza. Les hauts responsables militaires craignent également que la mise en place de cette ville humanitaire ne nuise aux négociations sur les otages et le cessez-le-feu actuellement en cours au Qatar.
La chaîne attribue cette affirmation à des « discussions préliminaires au sein de l’establishment de la défense », où les responsables craignent que le Hamas interprète ce plan comme un signal indiquant qu’Israël a l’intention de reprendre la guerre après un cessez-le-feu de 60 jours. Selon le reportage, les dirigeants de Tsahal craignent que ce plan ne remette en cause les garanties fournies par les États-Unis quant à la fin de la guerre, ce qui pourrait compromettre la conclusion d’un accord.
Netanyahu a publiquement promis qu’Israël pourrait reprendre les combats si ses objectifs de guerre n’étaient pas atteints par la voie diplomatique pendant la trêve potentielle de deux mois.
L’armée devait également présenter d’autres considérations concernant le projet, notamment ses implications au regard du droit international, ainsi que les questions logistiques liées à l’assainissement et à la fourniture de soins médicaux.
Tsahal est loin d’être le seul à s’inquiéter de ce projet.
Ce projet a déclenché un torrent de critiques, y compris au sein de la direction sécuritaire israélienne.
Les médias israéliens ont rapporté que le chef d’état-major, le lieutenant-général Eyal Zamir, avait fustigé cette proposition lors d’une réunion du cabinet, estimant qu’elle détournerait l’attention des deux principaux objectifs de la guerre : anéantir le Hamas et obtenir la libération des otages.
Dans une série de messages publiés dimanche sur le réseau social X, le chef de l’opposition Yaïr Lapid a qualifié ce plan de fantasme coûteux des partenaires ultranationalistes de Netanyahu, le ministre des Finances Bezalel Smotrich et le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir, qui sont favorables à l’expansion de la présence juive à Gaza.
Le coût estimé du projet – entre 10 et 20 milliards de shekels (environ 2,5 à 5 milliards d’euros) – alimente également la controverse, alors que le pays est confronté aux coûts faramineux de la guerre.
« Cet argent ne reviendra pas », a écrit Lapid.
« Netanyahu laisse Smotrich et Ben Gvir s’enfoncer dans leurs délires extrémistes juste pour préserver sa coalition. Plutôt que de prendre l’argent de la classe moyenne, il devrait mettre fin à la guerre et ramener les otages » retenus à Gaza, a-t-il ajouté.
Lapid a également partagé sur X un extrait d’une interview qu’il a accordée à la radio de l’armée, dans laquelle il a qualifié ce plan de « mauvaise idée à tous les égards » et a déclaré qu’il obligerait Israël « à rester en Gaza ».
Dans cette interview, Lapid a également déclaré : « Qu’est-ce que cette ‘ville humanitaire’ ? Sera-t-il permis d’en sortir ? Si non, comment cela sera-t-il appliqué ? Il y aura 600 000 personnes encerclées par une clôture. Je n’aime vraiment pas que les gens parlent de ‘camp de concentration’. Il y a des comparaisons qui ne peuvent pas être faites. Si les gens ne peuvent pas partir, c’est un camp de détention, et s’ils peuvent partir, ce n’est pas une ville humanitaire. »
Ehud Olmert a été jusqu’à qualifier ce plan de « camp de concentration ».
« C’est un camp de concentration. Je suis désolé », a déclaré Olmert au cours d’une interview accordée au journal britannique The Guardian.
« Si [les Gazaouis] sont déportés dans la nouvelle ‘ville humanitaire’, alors vous pourrez dire qu’il s’agit d’un nettoyage ethnique. Ce n’est pas encore le cas », a déclaré Olmert, qualifiant cette interprétation « d’inévitable ».
« Lorsqu’ils construisent un camp où ils [prévoient] de ‘nettoyer’ plus de la moitié de Gaza, alors on comprend inévitablement que leur stratégie [n’est pas] de sauver [les Gazaouis]. Il s’agit de les expulser, de les pousser et de les jeter. Je ne vois, du moins, pas d’autre interprétation », a ajouté Olmert, qui a dirigé le pays de 2006 à 2009, a ensuite purgé une peine de prison pour corruption et est devenu ces dernières années un fervent détracteur de Netanyahu.
Les dirigeants internationaux ont également critiqué cette proposition.
Le ministre britannique chargé du Moyen-Orient, Hamish Falconer, a déclaré être « consterné » par le projet. « Le territoire palestinien ne doit pas être réduit. Les civils doivent pouvoir regagner leurs foyers », a-t-il écrit sur X.
L’Autorité palestinienne (AP), basée en Cisjordanie, a également critiqué ce projet. « La ‘ville humanitaire’ n’a rien d’humanitaire », a déclaré son ministère des Affaires étrangères.
Ce point de vue a été repris par le très controversé Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA), qu’Israël accuse de collaborer avec le groupe terroriste palestinien du Hamas. L’agence onusienne a déclaré que « ce plan créerait de facto d’énormes camps de concentration à la frontière avec l’Égypte ».
Samedi, un responsable palestinien au fait des négociations sur un cessez-le-feu a déclaré à l’AFP que le Hamas avait rejeté les propositions israéliennes, les jugeant destinées à « entasser des centaines de milliers de personnes déplacées dans une petite zone à l’ouest de Rafah ».
Selon cette source, le Hamas considère cette mesure comme une « préparation à leur déplacement forcé vers l’Égypte ou d’autres pays ».
Les pourparlers avec le Hamas, qui seraient actuellement dans l’impasse, figuraient également à l’ordre du jour de la réunion restreinte du cabinet de sécurité dimanche soir. Les participants devaient discuter des nouvelles cartes de retrait de Tsahal destinées à être présentées aux médiateurs à Doha. Malgré la mise à jour du plan, la chaîne N12 a fait état d’inquiétudes au sein de l’élite politique quant au fait que les nouveaux plans pourraient ne pas suffire à débloquer les négociations.
Netanyahu et plusieurs de ses ministres ont soutenu ces derniers mois « un départ volontaire des habitants de Gaza ».
Ce projet suscite également l’inquiétude de juristes.
Vendredi, seize universitaires israéliens spécialisés en droit international ont adressé une lettre à Katz et Zamir pour les avertir que ce plan pourrait constituer un crime de guerre.
Selon Michael Milshtein, ancien officier du renseignement militaire israélien, ce projet est l’un des nombreux « fantasmes » mis en avant par la direction israélienne.
« Il semble qu’Israël préfère s’accrocher à toutes sortes d’idées délirantes plutôt que de s’appuyer sur des politiques réalistes », a déclaré à l’AFP Milshtein, qui dirige le programme d’études palestiniennes à l’université de Tel Aviv.
« Personne n’explique au peuple israélien quel sera le prix et quelles seront les conséquences d’une réoccupation de Gaza, que ce soit d’un point de vue économique, politique ou sécuritaire. Cela s’annonce extrêmement lourd », a ajouté Milshtein.
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