Mort à 98 ans de Yaacov Agam, pionnier de l’art cinétique et prix Israël 2026
Le sculpteur, célèbre pour ses formes géométriques vibrantes et ses œuvres interactives, est notamment l'auteur de la fameuse fontaine « Feu et Eau », place Dizengoff, à Tel Aviv
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Yaacov Agam, sculpteur israélien de renommée internationale et pionnier de l’art cinétique connu pour ses formes géométriques abstraites et vibrantes, est mort dimanche à l’âge de 98 ans.
Récipiendaire du prix Israël 2026 dans la catégorie des arts visuels, Agam était connu pour ses formes géométriques abstraites et vibrantes et ses créations interactives qui dépendaient des mouvements du spectateur.
Le président Isaac Herzog a dit d’Agam qu’il était « l’un des artistes israéliens les plus respectés et reconnus de par le monde ».
Il a donné au monde « un langage artistique unique fait de mouvement, de changement et de renouveau », a écrit Herzog sur X. « Ses œuvres, qui se trouvent dans les collections de certains des musées et collections les plus importants au monde, mais aussi ici à la Résidence de la Présidence, relevaient d’une vision créative extraordinaire : elles ont inspiré des générations entières d’artistes et créateurs. »
Herzog a rappelé qu’il connaissait Agam depuis l’enfance, et qu’« il était un homme fascinant ».
« A chaque fois que je le voyais, la passion, la curiosité et la créativité inépuisable qui le caractérisaient étaient in ne peut plus évidentes »
« Agam est un artiste révolutionnaire qui a donné à la créativité israélienne un langage unique et inspirant », a déclaré le ministre des Sports et de la Culture, Miki Zohar, par voie de communiqué. « Ce qu’il laisse à l’art va continuer d’illuminer et influencer des générations de créateurs en Israël et partout dans le monde. »
Le musée Yaacov Agam de Rishon Lezion, qui expose ses œuvres, a déclaré dans un communiqué que « le monde de l’art israélien disait au revoir à l’un de ses créateurs révolutionnaires ».
Il le présente comme « l’un des pères de l’art cinétique de pae le monde », qui « a dédié sa vie à une œuvre innovante qui a changé l’art moderne et influencé des générations entières d’artistes partout dans le monde ».
Le cercueil d’Agam sera exposé au public au musée qui porte son nom, de 14h00 à 16h00 lundi, et son cortège funèbre partira du cimetière militaire de Rehovot à 17h00, a rapporté la Treizième chaîne.
Né Yaacov Gibstein le 11 mai 1928, en Palestine sous mandat britannique, Agam a grandi dans la première implantation juive de Rishon Lezion. Son père, le rabbin Yehoshua Gibstein, était un rabbin et kabbaliste ; l’enfance d’Agam au sein d’une famille très religieuse a profondément façonné sa vision artistique. Garçon, il s’enfuyait souvent de l’école pour aller dans les dunes de sable près de chez lui, observant comment le vent modifiait constamment leurs formes — un phénomène qu’il désignera plus tard comme la principale inspiration de son style cinétique et évanescent.
En 1946, à l’âge de 18 ans, Agam est arrêté par les forces britanniques au pouvoir lors de l’opération Agatha (connue sous le nom de « Shabbat noir ») au cours de laquelle des milliers de militants clandestins sionistes sont interpelés. Il passe plusieurs mois en prison avant de partir étudier à l’Académie des beaux-arts Bezalel de Jérusalem, puis à Zurich en 1949 pour étudier à la Kunstgewerbeschule. En 1951, il s’installe à Paris, là où il vivra et créera pour le restant de sa vie.
L’art en mouvement et la reconnaissance mondiale
Sa première exposition personnelle date de 1953, à la Galerie Craven de Paris. En début de carrière, son travail interactif est critiqué par certains experts qui rejettent l’art qui se touche et se déplace, qualifié par eux d’« enfantin » ou de « non professionnel ». Cela n’empêche pas Agam de persister, pionnier d’une forme artistique dans laquelle la pièce physique est immobile, alors que l’oeuvre elle-même « bouge » à mesure que le spectateur change de perspective. Il se taille bien vite une réputation internationale, exposant à la première Biennale de Paris, au Museum of Modern Art de New York, au Guggenheim ou encore au Centre Pompidou, qui a accueilli une rétrospective de son oeuvre en 1972.
En plus de ses sculptures, Agam, qui était très créatif, a conçu des vêtements, composé de la musique et faire des expériences avec la vidéo. En 1996, l’UNESCO lui a décerné la médaille Jan Amos Comenius pour la « Méthode Agam », une approche pionnière de l’éducation visuelle des enfants.
Œuvres emblématiques et identité juive
Les œuvres les plus connues d’Agam sont des installations publiques de grande taille. On compte notamment Double Métamorphose III, au Centre Pompidou (1965), la fontaine monumentale du quartier de La Défense à Paris (1975) et l’emblématique fontaine « Feu et Eau » de la place Dizengoff, à Tel Aviv (1986).
Sa judéité a été le fil conducteur de ses abstractions. Il a conçu la ménorah de Hanoucca de 10 mètres de haut située au coin de la Cinquième Avenue et de la 59e Rue, à New York, que le Livre Guinness des records estime être la plus grande du monde. D’autres œuvres marquantes ont mis en valeur sa foi, comme L’Échelle de Jacob, Le Rythme du temps, et Foi – Prière visuelle, une pièce représentant les fois juive et chrétienne, présentée au pape François en 2014.
Prix Israël et dernières réflexions
Quelques semaines avant son décès, Agam — qui ne quittait plus son fauteuil roulant — a reçu le prix Israël 2026 lors d’une cérémonie personnalisée et intime au musée d’art Yaacov Agam de Rishon Lezion. Entouré de ses créations mouvantes, l’artiste est revenu sur le lien profond entre ses oeuvres dynamiques et sa foi le temps d’une interview au Times of Israel.
« Quand je regarde autour de moi, que je vois mes œuvres, cela va bien au-delà. Je tourne la tête et je vois quelque chose de différent. Tout est changeant. C’est ça, la réalité. La réalité, dans d’autres formes d’art, est fixe et étroite, ce qui n’est pas le cas ici – elle est ouverte, changeante et nous rapproche de la vision de la réalité de l’hébreu et du judaïsme. »
Au sujet de sa philosophie de vie, liée au mouvement, Agam avait souligné :
« J’ai grandi avec l’instinct de la créativité, ce qui est à la base du judaïsme, la créativité, le fait que rien ne soit permanent, que les choses changent selon la position du spectateur, qu’elles paraissent différentes à chaque fois. La réalité, c’est le mouvement, ce qui permet d’ouvrir vos pensées et votre créativité, mais aussi votre compréhension et l’expression de la réalité d’une autre manière. »
Il avait ajouté : « La réalité change en permanence, elle aussi, tout comme la perspective de chacun. Le judaïsme a toujours été la base de mon travail parce que mon père était rabbin ; il a toujours été question de valeurs et de la vision du monde du judaïsme. »
Un héritage durable
L’oeuvre d’Agam est indéfectiblement liée à Rishon Lezion, sa ville natale, là où le musée d’art Yaacov Agam a ouvert ses portes en 2018. L’artiste a d’ailleurs participé à sa conception, en collaboration avec l’architecte David Nofar.
Le musée abrite le Panoramagam, long de 22 mètres, ainsi qu’un pilier central de L’Échelle de Jacob. À l’extérieur du bâtiment se dressent les 29 « Piliers de Clila », dédiés à sa première femme, Clila, morte à l’âge de 49 ans.
Agam laisse dans la peine sa seconde épouse, la harpiste française Chantal Thomas d’Hoste, et son fils, issu de son premier mariage, Ron Agam, un artiste récompensé, installé à New York.
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