Rechercher
Analyse

Le politicien centriste méconnu qui pourrait permettre de battre Netanyahu

Le passage de Yoav Segalovitz de Yesh Atid à Raam donnerait une nouvelle image au parti arabe et offrirait à l'opposition les sièges requis pour gouverner

Le député Yoav Segalovitz assistant à une réunion de la commission de la Constitution, du Droit et de la Justice de la Knesset, le 20 octobre 2025. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le député Yoav Segalovitz assistant à une réunion de la commission de la Constitution, du Droit et de la Justice de la Knesset, le 20 octobre 2025. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

JTA — Ce mois-ci, lors d’un barbecue sur le toit d’un immeuble de Netanya, Yoav Segalovitz, un homme politique dont la plupart des gens en dehors d’Israël n’ont jamais entendu parler, a déclaré aux membres de Yesh Atid, le principal parti d’opposition, qu’il ne se présenterait pas sous leur étiquette lors des prochaines élections, en octobre.

C’est une décision qui pourrait bien redistribuer les cartes sur la scène politique israélienne et faire perdre les élections du 27 octobre prochain au Premier ministre, Benjamin Netanyahu.

Âgé de 67 ans, Segalovitz, ancien chef de la division des enquêtes et du renseignement de la police israélienne, pourrait rejoindre Raam, le parti arabe faiseur de rois aux élections de 2021.

Le sondeur Yousef Makladeh, qui s’est entretenu avec Segalovitz avant qu’il ne quitte le parti, a indiqué à la Jewish Telegraphic Agency que le sujet était en préparation depuis des mois.

Dans une déclaration officielle faite la semaine dernière, Mansour Abbas, le chef de Raam, a expliqué que Segalovitz et lui s’étaient vus et avaient eu une conversation « cordiale et positive » sur la possibilité que Segalovitz rejoigne les rangs de Raam pour les prochaines élections à la Knesset. Il a également annoncé la poursuite de discussions directes afin de faire avancer le dossier.

Si elles aboutissaient, cela provoquerait une véritable onde de choc sur la scène politique israélienne à deux niveaux : Segalovitz serait en effet le premier membre d’un parti sioniste, depuis des décennies, à adhérer à un parti dirigé par des Arabes et ce parti serait en mesure de former une coalition avec d’autres groupes d’opposition pour arracher à Netanyahu le contrôle du prochain gouvernement israélien.

Yaïr Lapid de Yesh Atid, Naftali Bennett de Yamina et Mansour Abbas de Raam convenant de former une coalition, à laquelle se joindront cinq autres partis le 2 juin 2021. (Crédit : Raam)

En 2021, en formant une coalition dirigée par Naftali Bennett et Yaïr Lapid, les partis Raam, Yesh Atid et Yamina ont permis de réunir les sièges nécessaires pour évincer Netanyahu après douze années au pouvoir en tant que Premier ministre. Cette coalition, la toute première de l’histoire d’Israël à bénéficier du soutien d’un parti arabe, est considérée par beaucoup comme une avancée historique en matière de coopération politique entre Arabes et Juifs.

Cependant, cette coalition a eu du mal à fonctionner, les parlementaires de Raam s’opposant souvent à leurs partenaires de coalition sur telle ou telle question politique ou lors de votes à la Knesset, particulièrement sur les questions de sécurité.

Cette année, la question est la suivante : cela pourra-t-il se reproduire ?

Selon les sondages israéliens, cette élection pourrait déboucher sur un résultat où ni la coalition de Netanyahu ni le bloc d’opposition n’obtiennent les 61 sièges nécessaires pour former un gouvernement. Les partis juifs d’opposition sont en effet constamment crédités de 58 à 60 sièges, au grand maximum 61, tandis que le bloc de Netanyahu est à la traîne avec sa cinquantaine de sièges.

C’est précisément cette impasse qui a remis Raam, sous la direction du député Abbas, sous le feu des projecteurs. La plupart des sondages récents créditent le parti de cinq à sept sièges, ce qui pourrait, une fois de plus, en faire un faiseur de rois.

Créé en 1996, Raam, dont le nom est un acronyme en arabe signifiant « Liste arabe unie », était jusqu’à récemment un parti arabe religieux ancré dans la branche sud du Mouvement islamique. Il faisait partie du bloc traditionnel des partis arabes à la Knesset jusqu’à ce qu’Abbas s’en sépare dans le cadre de sa stratégie visant à orienter le parti non pas vers le conflit israélo-palestinien, mais vers des réalisations concrètes en faveur de la société arabe israélienne.

Selon Makladeh, qui a réalisé des sondages pour la Treizième chaîne et des partis politiques représentatifs de tout l’échiquier politique israélien, Raam est « la pièce manquante du puzzle » susceptible de porter le bloc d’opposition « à 62 ou 63 sièges ».

En 2021, une partie des réticences profondément ancrées à l’idée de former une coalition avec un parti arabe a été surmontée par ceux qui y ont vu le seul moyen d’écarter Netanyahu du pouvoir. Il a souvent été dit que Netanyahu lui-même avait discuté d’un partenariat politique avec Abbas.

Le député Mansour Abbas, chef du parti islamiste Raam, présidant une réunion de faction de la Knesset, à Jérusalem, le 11 mai 2026. (Crédit : Yonatan Sindel/ Flash90)

Cette fois, la perspective de former une coalition avec un parti arabe suscite davantage de méfiance chez nombre d’Israéliens, surtout à ce stade précoce du cycle électoral, où il n’est pas certain qu’elle soit absolument nécessaire.

Selon le commentateur politique Nadav Perry, animateur de l’un des podcasts politiques les plus influents d’Israël, les relations du parti avec les dirigeants religieux musulmans conservateurs, ainsi que l’effondrement rapide du gouvernement en 2021 et le traumatisme causé par le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023, ont remis sur le devant de la scène l’idée d’une participation de Raam à une autre coalition avec des partis juifs.

L’arrivée de Segalovitz chez Raam pourrait bien changer la donne en rendant le parti plus acceptable auprès de la population israélienne et en élargissant sa base électorale.

Selon Ameer Bisharat, ancien directeur-général du Comité national des dirigeants des conseils locaux arabes, les Arabes israéliens ont « soif de changement ».

« Le changement peut passer par le pouvoir politique, et Abbas le comprend très bien. Il essaie de créer ce pouvoir politique », estime Bisharat.

La JTA a contacté Raam et Segalovitz afin de recueillir leurs commentaires. Le porte-parole de Segalovitz s’est refusé à tout commentaire, et Raam n’a pas répondu.

Segalovitz est membre, depuis 2016, du parti centriste Yesh Atid, dirigé par Lapid, qui met l’accent sur les droits laïcs et l’opposition aux exemptions de service militaire dont bénéficient les ultra-orthodoxes étudiant en yeshiva.

Vice-ministre de la Sécurité publique dans le gouvernement Bennett-Lapid, il a été le visage des initiatives gouvernementales contre la criminalité au sein des communautés arabes d’Israël. Sous son mandat, le nombre de meurtres au sein de ces communautés a nettement diminué, avant de remonter de manière spectaculaire après la chute du gouvernement.

Illustration : Le vice-ministre de la Sécurité intérieure, Yoav Segalovitz, lors d’une réunion d’une commission de la Knesset, le 8 novembre 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Selon Bisharat, qui a travaillé avec Segalovitz et conseille aujourd’hui le service des politiques publiques de l’Institut Accord sur les comportements électoraux arabes, le gouvernement Bennett-Lapid a été « un succès » pour la société arabe. Il a permis de renforcer la confiance entre le gouvernement et les citoyens arabes, et a été marqué par une baisse de la criminalité violente au sein des communautés arabes d’Israël.

Sous la direction de Segalovitz, un plan a été élaboré pour lutter contre la criminalité dans les communautés arabes, en se concentrant sur les principaux facteurs de criminalité, en améliorant le taux de résolution des enquêtes et en renforçant la coopération entre les différentes autorités. Ce plan n’a toutefois pas été poursuivi par le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir. Au cours de la seule année complète de Segalovitz au gouvernement, le nombre de citoyens arabes tués dans des crimes est passé de 126 à 116, selon les données de l’organisation à but non lucratif The Abraham Initiatives, qui suit la violence et la criminalité dans les communautés arabes. Ce chiffre est ensuite monté à 244 l’année suivante, après son remplacement.

« Segalovitz a été la figure de proue de l’ancien gouvernement en matière de lutte contre la criminalité au sein de la communauté arabe », explique Perry, un commentateur politique.

« Il y a travaillé et a obtenu des résultats. Cela en a fait une personnalité très populaire auprès de la population arabe. Non pas parce qu’il était pro-Palestiniens ou contre Tsahal, mais parce qu’il avait fait chuter la criminalité au sein de la population arabe. »

L’ex-députée du parti Yesh Atid, Inbar Bezek, qui a siégé aux côtés de Segalovitz au sein de la coalition avec Raam, a déclaré à la JTA : « J’ai été témoin du fait que Yoav est infiniment respecté et apprécié de la société arabe, en particulier des dirigeants des gouvernements locaux. »

La possible adhésion de Segalovitz au parti Raam va au-delà du symbole.

Selon Inbar Bezek, Segalovitz pourrait accroître la participation des Arabes aux élections et attirer des électeurs juifs de gauche vers Raam.

« Je pense sincèrement que c’est quelqu’un qui va motiver les gens à aller voter », a-t-elle estimé, avant de préciser que l’ajout d’électeurs juifs ne changerait pas le solde global entre les deux blocs, car ces électeurs soutiendraient, sinon, le parti Les Démocrates, le parti sioniste le plus à gauche.

Le chef du parti Les Démocrates, Yaïr Golan (à droite), et le chef du parti Raam, le député Mansour Abbas, assistant à une conférence, à Givat Haviva, le 6 janvier 2026. (Crédit : Tal Gal/Flash90

Son avis semble étayé par un récent sondage de la Treizième chaîne, réalisé en partie par Makladeh. L’enquête montre en effet que Raam passerait à sept sièges si Segalovitz adhérait au parti, contre cinq dans la plupart des sondages récents.

Selon Makladeh, six de ces sièges viendraient d’électeurs arabes et un d’électeurs juifs. La véritable portée de ce mouvement, estime Perry, ne réside pas dans le fait de gagner des voix supplémentaires avant le scrutin, mais dans ce qui se passera ensuite. Selon lui, l’adhésion de Segalovitz à Raam vise « à redonner une légitimité à la participation de Raam à une coalition gouvernementale ».

« Je ne pense pas que cela va fondamentalement remanier la carte électorale », estime Perry.

« Mais cela pourrait, fondamentalement, rebattre les cartes en ce qui concerne la légitimité. Cela pourrait achever la métamorphose de Mansour Abbas, qui passerait du statut de chef d’un parti islamiste non sioniste à celui de chef d’un parti arabo-juif dont la priorité serait l’intégration des citoyens arabes d’Israël, tout en mettant de côté les questions liées à la lutte nationale palestinienne. »

Gadi Eisenkot, dirigeant du parti Yashar, interviewé dans le journal télévisé de la chaîne N12, le 15 juillet 2026. (Crédit : Capture d’écran/N12)

Les propos de Perry interviennent alors que les dirigeants du bloc d’opposition envoient des signaux mitigés, voire parfois contradictoires, quant à leur éventuelle participation à un gouvernement aux côtés de Raam.

Le principal rival de Netanyahu, l’ancien chef d’état-major de l’armée israélienne Gadi Eisenkot, a déclaré qu’il n’excluait pas un partenariat de coalition avec Abbas. Un autre candidat sérieux au poste de Premier ministre, Bennett, dont le parti Beyahad arrive en deuxième position dans les sondages derrière le parti Yashar d’Eisenkot au sein du bloc d’opposition, a déclaré en février : « Après le 7-Octobre, il n’y a plus de mandat en Israël pour un gouvernement s’appuyant sur des partis arabes. » Bennett a récemment refusé de répondre directement lorsqu’on lui a demandé s’il comptait s’appuyer sur Abbas pour former un gouvernement. Les spéculations vont toutefois bon train quant à la possibilité qu’il accepte de s’allier à Raam, compte tenu de ses antécédents : il avait en effet intégré ce parti à la coalition après avoir mené une campagne au cours de laquelle il avait promis de ne pas le faire.

Le chef de l’opposition, Lapid, s’est allié à Bennett lors de cette campagne électorale, après que son propre parti eut connu des difficultés dans les sondages. Les deux hommes se présentent désormais ensemble sur une même liste. Il a également exclu de former un gouvernement avec des partis arabes, ce qui est intéressant, étant donné qu’il avait été l’architecte de l’initiative visant à intégrer le parti islamiste Raam à la coalition en 2021. Avigdor Liberman, un autre chef de file de l’opposition qui dirige Yisrael Beytenu, a quant à lui siégé aux côtés de Raam au sein du gouvernement de 2021-2022. La semaine dernière, il a toutefois déclaré : « Raam ne peut pas être un partenaire de coalition. »

L’adhésion de Segalovitz à Raam pourrait toutefois atténuer cette résistance.

« Il sera très difficile de délégitimer un parti dont le numéro deux est un sioniste et un ancien commissaire adjoint de la police israélienne », a déclaré Makladeh.

Il estime que l’arrivée de Segalovitz pourrait effectivement « légitimer » les voix de Raam aux yeux de l’opinion publique israélienne, ce qui faciliterait la coopération des dirigeants de l’opposition avec ce parti après les élections.

Les hésitations des dirigeants de l’opposition reflètent également la stratégie de campagne de Netanyahu, qui identifie la dépendance potentielle du bloc vis-à-vis du soutien arabe comme sa principale vulnérabilité politique.

Dans une vidéo publiée ce mois-ci sur le réseau social X, Netanyahu a mis en parallèle ses rivaux politiques et Abbas sous le slogan « C’est eux ou nous ».

La possibilité pour Segalovitz de changer de camp a également suscité des réactions négatives de la part de la droite. Ben Gvir, figure d’extrême-droite, a qualifié son départ de Yesh Atid de « complot conjoint de la gauche visant à ouvrir la voie à un futur gouvernement avec les Frères musulmans ». La députée Tally Gotliv (Likud) a quant à elle qualifié Segalovitz de « Juif de poche » d’Abbas et a averti que sa décision pourrait conduire à « l’imposition de la charia en Israël ».

« La campagne négative est pratiquement le seul atout politique qui reste à Netanyahu pour aborder les élections, car il est très difficile de mener une campagne positive en s’appuyant sur son dernier mandat », a déclaré Perry.

Il a fait valoir que Netanyahu disposait de relativement peu d’arguments d’attaque contre Eisenkot, au-delà de la possibilité que ce dernier puisse former un gouvernement avec des partis arabes.

« C’est en gros le seul atout du Likud pour 2026 », a ajouté Perry.

« Et c’est un message qui a une efficacité politique. »

C’est pourquoi l’arrivée de Segalovitz, issu du centre israélien et non de l’extrême-gauche, est significative, a expliqué Perry.

Le commentateur a ajouté : « Si Raam entre dans la sphère de la légitimité – car ce n’est plus Raam, ce n’est plus un parti islamiste, et ce n’est plus seulement Abbas mais Abbas et Segalovitz – alors cela pourrait créer une possibilité plus réaliste de renverser Netanyahu après les élections. »

L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.

En savoir plus sur :
Pour commenter, rejoignez
la Communauté du Times of Israël !
Rejoidre la Communauté du Times of Israël
Seuls les membres qui payent un abonnement peuvent commenter les articles. Alors rejoignez nous et profitez d'autres avantages !
Veuillez utiliser un email au format suivant : example@domain.com
Confirm Mail
Merci ! Consultez votre mail maintenant
Vous faites désormais partie de la Communauté du Times of Israël ! Un e-mail contenant votre lien de connexion a été envoyé à . Une fois configuré, vous pourrez profiter de vos avantages et commenter.

Merci pour votre fidélité !

Si vous voyez ce message, ça veut dire que vous faites partie de nos lecteurs les plus assidus. Pour continuer votre lecture, veuillez rejoindre notre Communauté. Rejoignez-nous maintenant !
image
Inscrivez-vous gratuitement
et continuez votre lecture
L'inscription vous permet également de commenter les articles et nous aide à améliorer votre expérience. Cela ne prend que quelques secondes.
Déjà inscrit ? Entrez votre email pour vous connecter.
Veuillez utiliser le format suivant : example@domain.com
SE CONNECTER AVEC
En vous inscrivant, vous acceptez les conditions d'utilisation. Une fois inscrit, vous recevrez gratuitement notre Une du Jour.
Register to continue
SE CONNECTER AVEC
Log in to continue
Connectez-vous ou inscrivez-vous
SE CONNECTER AVEC
check your email
Consultez vos mails
Nous vous avons envoyé un e-mail à .
Il contient un lien qui vous permettra de vous connecter.