Ni liste, ni état-major : le difficile combat de Sharren Haskel pour revenir à la Knesset
Si le parti Yisrael Rishona est encore loin du seuil électoral, selon les sondages, l'ex-vice-ministre des Affaires étrangères, qui le dirige, souligne que son objectif ne se limite pas à rejoindre une autre faction du « Troisième Bloc »
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La semaine dernière, par un bel après-midi, l’ancienne vice-ministre des Affaires étrangères Sharren Haskel était assise entourée d’un petit groupe de collaborateurs et de conseillers, au milieu d’un bureau situé au cinquième étage d’un immeuble de la ville d’Herzliya, dans le centre d’Israël, pour parler stratégie.
Hormis Haskel et ses collaborateurs, les lieux étaient vides et silencieux – bien loin de l’image que l’on se fait d’une campagne politique, à tout juste deux mois d’une élection nationale majeure.
Dépourvu de la notoriété des dirigeants d’autres partis émergents et en concurrence pour les voix avec une multitude de nouvelles formations créées par d’anciens membres et alliés mécontents du Likud, le parti Yisrael Rishona d’Haskel n’a que peu de chances de s’imposer lors du scrutin à venir. Beaucoup pensent d’ailleurs qu’il fusionnera avec un autre mouvement plutôt que de tenter de se présenter seul.
Pourtant, dans une interview accordée au Times of Israel, Haskel assure que son parti est bien plus qu’un simple instrument de fusion à la recherche d’un point d’ancrage – même si le « port d’attache » que représente un autre parti semble sa destination la plus probable.
« Je devais créer un espace politique dans lequel je me sente à ma place, un parti de droite qui parle de liberté, d’unité, du service militaire des ultra-orthodoxes – et qui soit en mesure de rassembler tout le monde après les élections », explique Haskel, installée dans une petite salle de réunion aux parois vitrées attenante à son bureau.
Élue pour la première fois sur la liste du Likud en 2015, Haskel a changé de camp pour rejoindre le parti belliciste Tikva Hadasha du ministre des Affaires étrangères, Gideon Saar, fin 2020, déplorant à l’époque le « grand fossé » qui sépare l’idéologie sioniste révisionniste des fondateurs du Likud « des valeurs et normes qui caractérisent le Likud aujourd’hui ».
Lorsque le Comité central du Likud a voté à une écrasante majorité en faveur de la fusion avec Tikva Hadasha l’année dernière, Haskel explique au Times of Israel que, comme d’autres partisans d’une ligne sécuritaire dure et conservateurs sur le plan économique, elle s’était sentie « sans domicile politique » . Elle a toutefois refusé de démissionner et a continué à exercer ses fonctions de députée de la coalition et de vice-ministre des Affaires étrangères.
Ce n’est que le mois dernier, à l’approche des élections d’octobre prochain, que Haskel, l’une des opposantes les plus virulentes de la coalition à la loi d’exemption militaire des étudiants en yeshiva, a démissionné, dénonçant l’adoption d’une loi controversée gelant les arrestations et poursuites à l’encontre des réfractaires haredim.
Après l’adoption de cette loi, explique Haskel, « quelque chose s’est brisé ». Déjà pressentie sur le départ, elle a ressenti le besoin d’agir.
À cette époque, cela faisait des mois qu’elle discutait avec l’ex-député du Likud Yuli Edelstein et l’ex-ministre Gilad Erdan au sujet de la possible création d’un nouveau parti de droite. Mais, au lendemain de sa démission, elle a fait part de la création de son propre parti, baptisé Yisrael Rishona (Israël d’abord).
Edelstein et Erdan étaient « indécis », précise-t-elle, accusant les deux hommes d’avoir fait traîner les négociations, se demandant « s’ils allaient ou non se lancer ». (Erdan et Edelstein ont finalement créé leur nouveau parti, « HaAkhdut », ce mois-ci.)
« J’aurais peut-être dû prendre du recul et poursuivre le dialogue… mais je n’ai pas pu », ajoute-t-elle. « Il m’a fallu prendre les devants et agir. Je devais m’assurer que [les électeurs] comprenaient que quelqu’un, à la Knesset, était là pour les protéger et les représenter. »
Haskel, qui se présente comme la porte-parole des membres « politiquement sans attache » de la « droite libérale et d’État », a déclaré en juillet dernier qu’elle militerait en faveur de l’égalité devant le service militaire, du libéralisme économique, d’une sécurité renforcée et d’un partage équitable de la charge du service militaire ou civique national, pour mettre fin aux reports accordés aux ultra-orthodoxes.
Depuis sa démission, elle s’est fait remarquer en affirmant sous serment que des membres de Tikva Hadasha et du Likud avaient reçu pour consigne de se filmer en train de voter, en juin dernier, pour le candidat au poste de contrôleur de l’État soutenu par le Premier ministre Benjamin Netanyahu – semblant ainsi contredire les dépositions sous serment antérieures du directeur exécutif du Likud, David Sharan, et de plusieurs députés du parti, lesquels ont assuré n’avoir reçu aucune instruction de ce type.
Ces témoignages contradictoires ont donné lieu à une enquête pénale pour parjure présumé. Haskel a toutefois refusé de commenter l’affaire, arguant que la police lui avait demandé de ne pas s’exprimer publiquement sur le sujet tant que l’enquête était en cours.
Cette déclaration sous serment a été enregistrée dans le cadre d’un recours rejeté par la Haute Cour, selon lequel le Likud et Tikva Hadasha avaient délibérément suspendu leur processus de fusion afin de l’empêcher de former un parti composé d’un seul membre et d’emporter avec elle les fonds publics liés à son siège à la Knesset.
Haskel a confié au Times of Israel qu’elle réunissait actuellement des fonds auprès de donateurs privés, et qu’elle prévoyait de louer des locaux et d’embaucher du personnel une fois que la liste de son parti serait finalisée.
À ce jour, la liste électorale du mouvement comprend Haskel et l’ex-espion Jonathan Pollard, devenu célèbre après avoir été pris en flagrant délit de transmission de renseignements américains à Israël en 1985 – une affaire qui a provoqué une grave crise diplomatique. Depuis son installation en Israël en 2020, Pollard avait laissé entendre qu’il souhaitait se lancer en politique ; plusieurs de ses déclarations le situent à l’extrême-droite. Dans un communiqué, Haskel l’a qualifié de « héros ».
Les sondages ne donnent aucune chance à Yisrael Rishona de franchir le seuil électoral, fixé à 3,25 % des voix. Un sort que partagent la plupart des autres partis du
« troisième bloc » de centre-droit, dont l’objectif est d’imposer un compromis entre le Likud et les partis d’opposition sionistes pour former un grand gouvernement d’union sioniste.
Haskel ne semble pourtant pas s’en inquiéter. Elle estime que sa décision de faire cavalier seul ne neutralisera pas le pouvoir du bloc en dispersant les voix entre de trop nombreux partis.
« Ma première campagne était axée sur l’unité, sur la nécessité de rassembler toutes ces formations politiques », rappelle-t-elle.
« Et je continue de penser que nous devons trouver un moyen d’unir ces forces. »
Haskel, qui se dit convaincue de « l’importance d’un lien entre les nombreux partis regroupés autour d’une même base idéologique », émet malgré tout des réserves à l’égard d’autres membres du bloc, notamment Yoaz Hendel et le parti Foyer sioniste – HaMilouimnikim (Les Réservistes) de Chili Tropper.
Toute fusion doit être fondée sur des principes communs, parmi lesquels la place centrale de la Cisjordanie dans la doctrine de sécurité d’Israël, ajoute-t-elle.
Selon Haskel, ce n’est pas dans le but de renforcer sa position de négociation en vue d’une future fusion avec HaAkhdut ou un autre parti qu’elle a créé Yisrael Rishona.
« Si j’avais voulu décrocher une place [en tête de liste], j’aurais pu le faire il y a de cela deux ans au sein du Likud », assure-t-elle.
« Cela n’a rien à voir avec le siège, mais tout à voir avec les valeurs qui doivent être représentées au sein du prochain gouvernement », affirme-t-elle. « Je crois sincèrement que les prochaines élections seront déterminantes pour notre capacité à durer et survivre, tant sur le plan de la sécurité que sur le plan économique. »
Interrogée sur son bilan de vice-ministre des Affaires étrangères, fonction qui lui a valu de gérer plus de 545 millions de shekels pour améliorer l’image publique d’Israël à l’étranger, Haskel estime que, malgré la détérioration de la position d’Israël sur la scène internationale, des progrès ont été réalisés.
Des fonds ont été consacrés à l’accueil de délégations étrangères, à « des études nous permettant de ne pas nous fonder sur des impressions, mais sur des faits concrets », ainsi qu’à « des outils numériques destinés à promouvoir l’image publique d’Israël » via la veille des médias étrangers, afin que les autorités puissent « réagir dès qu’un événement se produit », conclut-elle.
« Notre réussite repose en grande partie sur la lutte contre les fausses informations et les contrevérités concernant Israël. »
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