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Interview

Haskel, membre de Tikva Hadasha, « SDF politique » après son refus de revenir au Likud

La vice-ministre des Affaires étrangères déplore le virage personnel et sectoriel pris par la politique ; elle pourrait rejoindre un autre parti pour faire avancer son programme

Sharren Haskel, députée Tikva Hadasha, dans la salle de l'assemblée plénière de la Knesset, le 9 juin 2021. (Crédit : Olivier Fitoussi/FLASH90)
Sharren Haskel, députée Tikva Hadasha, dans la salle de l'assemblée plénière de la Knesset, le 9 juin 2021. (Crédit : Olivier Fitoussi/FLASH90)

Au début du mois, le Comité central du Likud a voté à une écrasante majorité en faveur d’une fusion avec le parti Tikva Hadasha, partisan d’une ligne dure au sein de la coalition. Une fusion qui permettra de ramener le président de Tikva Hadasha, le ministre des Affaires étrangères Gideon Saar, dans le giron de ce parti qu’il avait quitté il y a cinq ans à la suite de désaccords avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Lors de la conférence du parti, à Tel Aviv, Saar a déclaré aux délégués qu’il était « bon de rentrer à la maison ». Un sentiment que ne partage absolument pas Sharren Haskel, membre du parti Tikva Hadasha et vice-ministre des Affaires étrangères.

Dimanche matin, lors d’un entretien accordé au Times of Israel dans un café chic du centre-ville de Kfar Saba, Haskel a indiqué que la décision de fusionner les deux factions de droite l’avait abandonnée sans place distincte dans la politique israélienne, elle qui ne pense pas être en mesure de faire avancer son programme au sein du Likud.

À droite, nombreux sont ceux – faucons de la sécurité et conservateurs économiques – qui se t-retrouvent « politiquement sans domicile fixe. C’est aussi ce que je ressens en ce moment », a-t-elle expliqué, ajoutant que même si elle était, à la fin de l’année dernière, convaincue que son parti avait eu raison de rejoindre le gouvernement, « il ne me semble pas juste » de revenir au Likud maintenant.

Partisane de l’idéologie sioniste révisionniste des fondateurs du Likud, Haskel a quitté le parti pour rejoindre le Tikva Hadasha de Saar à la fin de l’année 2020, considérant à l’époque qu’il existait « un fossé important entre ces idées et les valeurs et normes qui caractérisent le Likud aujourd’hui ».

Le parti Tikva Hadasha, membre de l’alliance HaMahane HaMamlahti de Benny Gantz, a rejoint la coalition de guerre peu après l’attaque du 7 octobre 2023. Il a ensuite mis fin à son union avec Gantz et quitté la coalition en mars 2024, au motif qu’il estimait ne pas avoir la capacité d’influencer la manière dont le gouvernement menait le conflit.

La députée Sharren Haskel, alors membre du Likud, s’exprime lors d’un événement de campagne primaire pour Gideon Saar, alors candidat à la direction du Likud, à Netanya, le 23 décembre 2019. (Crédit : Flash90)

Le parti, qui détient quatre des 120 sièges de la Knesset, a rejoint le gouvernement en septembre 2024. En mars 2025, après que des sondages réguliers ont démontré que Tikva Hadasha ne parviendrait pas à franchir le seuil électoral s’il se présentait seul aux prochaines élections, Saar a signé un accord visant à dissoudre la faction au sein du Likud.

Alors qu’ils se trouvaient dans l’opposition, Saar et les députés de son parti ont sévèrement critiqué la gestion par le gouvernement de la guerre ainsi que d’autres questions sécuritaires et politiques. En août 2024, Haskel a insisté sur le fait que le gouvernement de Netanyahu était « l’un des pires [gouvernements] que nous aurions pu avoir dans une période aussi difficile, délicate et complexe pour notre pays ».

Haskel a pourtant affirmé au Times of Israel qu’elle estimait avoir « pris la bonne décision en rejoignant le gouvernement », en raison des succès militaires remportés par la suite contre le Hezbollah et l’Iran ainsi que de l’accord de cessez-le-feu conclu entre janvier et mars, au cours duquel le Hamas a relâché 30 otages.

Haskel a également défendu la gestion de la guerre à Gaza par Netanyahu, soulignant qu’il avait « pris les mesures qui convenaient » au cours de l’année écoulée – même si tout cela ne suffisait pas à la convaincre de réintégrer le Likud.

« J’ai l’impression que la politique, en Israël, est devenue une affaire tellement personnelle, alors qu’il faudrait plutôt parler d’idéologie, présenter notre point de vue. Et ça ne me convient pas », a dit Haskel. Selon elle, le Likud est de surcroît de plus en plus dépendant de « groupes sectoriels », notamment les ultra-orthodoxes, au point que sa capacité à faire avancer son propre programme s’en trouve compromise.

Sharren Haskel, alors députée du Likoud, s’entretient avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu à la Knesset, le 28 juin 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

En tant que vice-ministre des Affaires étrangères, Haskel a expliqué se voir « comme un soldat au front ». Et de préciser que, bien que sa position lui permette de défendre Israël, « lorsque des critiques doivent être formulées, je serai là pour les exprimer ».

« Je suis extrêmement critique envers les mauvaises décisions qui sont prises, notamment le projet de loi sur la conscription », a-t-elle déclaré, évoquant la loi exigée par les partis haredim qui exempterait les étudiants des yeshivot de l’obligation d’effectuer leur service militaire.

« Pour moi, cette question est une ligne rouge à ne pas franchir. En temps de guerre, nous ne pouvons absolument pas nous permettre d’adopter une loi » qui exempterait les ultra-orthodoxes du service militaire, a-t-elle ajouté.

Tout en faisant l’éloge de ses amis du Likud, Haskel reconnait que ces derniers « échouent à représenter ceux qui sont sionistes, qui travaillent, servent et aiment leur pays ».

« J’adhèrerai à un parti qui, selon moi, sera capable de représenter le point de vue politique de la droite, celle qui croit en la sécurité, qui croit au capitalisme, qui croit que le gouvernement doit réduire les impôts, simplifier la réglementation et nous donner un peu de répit », a-t-elle poursuivi.

Haskel a toutefois refusé de donner plus de détails sur ce qu’elle envisageait désormais.

À la question de savoir si elle avait été en contact avec des représentants de personnalités de l’opposition de droite comme l’ancien Premier ministre Naftali Bennett ou le président du parti Yisrael Beytenu Avigdor Liberman, Haskel a répondu : « Certaines personnes m’ont contactée. »

De gauche à droite : Gadi Eisenkot, député du parti HaMahane HaMamlahti, à la Knesset le 24 mars 2025 ; Avigdor Liberman, président du parti Yisrael Beytenu, à la Knesset le 19 mai 2025 ; Naftali Bennett, ancien Premier ministre, en visite au Mur occidental dans la vieille ville de Jérusalem lors de la Journée de Jérusalem, le 26 mai 2025. (Crédit pour toutes les photos : Yonatan Sindel/Flash90)

« Quand je prendrai une décision, je la rendrai publique, bien entendu. Mais je peux vous assurer que, quelle que soit la direction que prendra ma carrière politique, je veillerai avant tout à représenter les personnes de droite qui travaillent dur », a-t-elle confié.

« Aujourd’hui, nous devons avoir un parti de droite non personnalisé, capable d’inciter les prochains dirigeants à former un gouvernement d’union nationale et à représenter les véritables travailleurs de droite. »

La scission entre les camps pro- et anti-Netanyahu a été l’un des développements « les plus désastreux » de la politique israélienne, a-t-elle déploré, insistant sur le fait que l’avenir de Netanyahu devrait être soumis au vote des électeurs, et que « pour guérir, la mesure la plus saine que nous puissions prendre, en politique, serait peut-être de contraindre les camps de Bennett et de Bibi à former un gouvernement d’union nationale au service de la population – et non à celui d’une personne ».

Un tel gouvernement d’union pourrait inclure Bennett, Gadi Eisenkot, Bezalel Smotrich et d’autres représentants du centre et de la droite, en excluant toutefois le parti Otzma Yehudit du ministre ultranationaliste de la Sécurité intérieure Itamar Ben Gvir et le parti des Démocrates de Yair Golan, a-t-elle ajouté.

Le prochain gouvernement ne devra en aucun cas « dépendre des radicaux », y compris des haredim, a fait valoir Haskel. « Les ultra-orthodoxes doivent en faire partie, mais ils ne doivent tout simplement pas faire chanter le gouvernement. Le gouvernement doit être extrêmement large. Nous devons travailler pour tout le monde. »

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