Pétition de 400 habitants du Gush Etzion contre les attaques des pro-implantations
La violence "sévit dans nos communautés et nous avons la responsabilité d'y remédier", dit l'un des auteurs de cette initiative
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Plus de 400 habitants du bloc d’implantations du Gush Etzion, en Cisjordanie, ont signé une pétition condamnant les attaques violentes perpétrées contre les biens et les résidents palestiniens par des partisans du mouvement pro-implantations israéliens, a déclaré dimanche l’un des auteurs de cette initiative au Times of Israel.
L’appel, diffusé la semaine dernière, s’est adressé aux dirigeants religieux et politiques locaux, les exhortant à dénoncer et condamner ces violences. Le début de la pétition cite un verset de la Torah avertissant le peuple juif de se comporter de manière à ne pas être « vomi » par la terre.
« Nous, habitants du Gush Etzion, amoureux de Sion et de la Terre d’Israël, estimons que nous ne pouvons rester silencieux face à la terrible vague de violence qui sévit depuis quelques semaines : maisons incendiées, véhicules brûlés, biens et troupeaux détruits, fusillades, agressions physiques contre des Arabes résidant dans le bloc du Gush Etzion, avec une intention de nuire aux enfants, aux femmes et aux hommes », peut-on lire dans la pétition. « Ces actes constituent une violation de la loi, de la morale et de la halakha [loi juive]. »
Le rabbin Shaul Judelman, 46 ans, habitant de l’implantation locale de Tekoa, a expliqué que la pétition avait été lancée à l’initiative d’un groupe d’environ 40 habitants du Gush Etzion qui, depuis plus d’un an, s’organisent pour s’opposer à la violence extrémiste.
« Depuis le début de la guerre, nous entendons parler d’attaques perpétrées par de jeunes extrémistes, visant principalement des Palestiniens de la région, qui dépassent les limites de toute justification », a raconté Judelman, qui vit dans la région du Gush Etzion depuis qu’il a quitté les États-Unis pour s’installer en Israël en 2000, au cours d’une interview téléphonique avec le Times of Israel.
« Il ne s’agissait pas de personnes qui se défendaient. Il s’agissait de personnes qui sortaient pour incendier des maisons ou tuer des moutons. Et [nous avions] le sentiment que cela touchait nos communautés, et que notre responsabilité était d’agir pour tenter d’y remédier », a-t-il déclaré.
Depuis le début de l’année, l’armée israélienne a recensé plus de 752 incidents – contre 675 en 2024 – liés à des crimes de nationalistes et à des violences commises par des résidents d’implantation.
« Depuis le 7-Octobre, le sentiment que ce qui s’est passé dans les communautés frontalières de Gaza pourrait se produire n’importe où est très présent », a ajouté Judelman, faisant référence à l’offensive menée par le Hamas en 2023 dans le sud d’Israël.
« Nombre de membres de notre groupe font partie de la réserve. Ils gardent nos villes et servent à Gaza », a-t-il poursuivi. « Mais en même temps, la question se pose de savoir où se situe la ligne rouge, savoir comment nous nous défendons et quelles actions nous considérons non plus comme un acte de défense, mais comme un affaiblissement, du moins aux yeux de Dieu, et je pense aussi sur le plan moral, quant à ce que signifie et implique de vivre ici. »
Judelman a souligné que le groupe, tout comme la pétition, avait choisi de se concentrer non pas sur la Cisjordanie dans son ensemble, mais spécifiquement sur le Gush Etzion, en raison de leur bonne connaissance de la réalité sur le terrain. (Une pétition similaire a depuis commencé à circuler dans l’implantation de Kfar Adumim, dans le centre de la Cisjordanie).
« Si nous ne connaissons pas toujours avec certitude la manière dont se passent les choses dans d’autres endroits, nous savons en revanche que, dans le Gush Etzion, de nombreux Juifs et Palestiniens se connaissent depuis longtemps et ont tissé des liens », a-t-il déclaré.
Ces relations ont parfois permis à Judelman et à d’autres habitants israéliens de venir en aide à des Palestiniens victimes de violences. Il a ainsi évoqué le cas d’un garage de la ville palestinienne de Jaba, dans lequel plusieurs voitures avaient été détruites. Un établissement également très apprécié des clients israéliens, en raison de ses prix abordables et de la bonne réputation de son propriétaire.
« Le propriétaire, Muhammad, est bénévole dans une association israélienne à but non lucratif qui vient en aide aux personnes en difficulté sur la route », a précisé Judelman. « L’une des voitures appartenait à un Israélien qui venait de terminer son service à Gaza. »
Une goutte d’eau dans l’océan ?
Les 400 signataires de la pétition ne représentent qu’une petite fraction des quelque 30 000 Israéliens qui vivent dans les implantations du Gush Etzion. L’un d’entre eux a d’ailleurs confié que la question de la violence des partisans du mouvement pro-implantations était un sujet sensible dans le bloc.
Nechama Goldman Barash, enseignante dans plusieurs établissements d’études juives avancées, qui vit depuis 29 ans dans l’implantation d’Elazar, a expliqué qu’aborder ces sujets au niveau local pouvait s’avérer difficile.
« Dans ma communauté, à Elazar, j’ai l’impression que les gens ne veulent pas en parler », a-t-elle déclaré au Times of Israel lors d’une interview téléphonique. « Je suis convaincue que tous ceux à qui j’en parlerais me répondraient : ‘Naturellement, nous condamnons la violence, mais ils nous attaquent sans arrêt, ou bien ce n’est pas aussi grave que vous le pensez’. »
Goldman Barash a récemment rejoint le groupe militant qui œuvre à sensibiliser le public à la violence. Elle a également signé la pétition. Mais elle hésite à la partager avec ses contacts, par peur des réactions négatives.
« Je ne l’ai toujours pas vraiment diffusée sur les groupes WhatsApp de ma communauté », a-t-elle indiqué. « Je me suis plutôt tournée vers Facebook. Les gens ont véritablement beaucoup de mal à reconnaître que nous avons ce problème. »
« Le discours dominant affirme que les Palestiniens sont violents, et que nous ne réagissons que lorsque nous sommes attaqués », a-t-elle ajouté. « Il est donc très difficile d’accepter l’idée que des résidents d’implantation juifs puissent commettre ces actes terribles sans avoir été provoqués. Et de surcroît, les gens pensent parfois qu’il s’agit seulement d’un petit groupe, qui n’a pas vraiment d’importance. »
Pour Goldman Barash, même si les auteurs de ces actes sont peu nombreux, il est crucial de tirer la sonnette d’alarme afin d’attirer l’attention des autorités locales.
« Nous devons protester contre ceux qui commettent des actes d’une violence indescriptible, afin de pouvoir y faire face et y remédier », a-t-elle souligné.
« L’objectif de la pétition est d’exercer une pression sur le président du conseil régional, afin qu’il prenne conscience de l’importance de cette question pour la population. »
De plus, a noté Judelman, outre la collecte de signatures, l’objectif de l’initiative était de lancer un débat sur la violence dans la communauté.
« Beaucoup de gens ne signent pas les pétitions, et nous n’avons pas vraiment fait pression pour obtenir des signatures ; bien sûr, nous l’avons partagée sur nos réseaux sociaux, sur plusieurs groupes WhatsApp, mais nous ne nous sommes pas tournés vers les grands médias », a dit Judelman. « De plus, en toute franchise, en temps de guerre, il est difficile de faire preuve d’autocritique. Beaucoup ne se rendent pas compte de l’ampleur [de ces attaques]. »
Toutefois, a-t-il fait remarquer, la pétition et les incidents récents, notamment la démolition par Israël d’un avant-poste illégal local, ont eu pour effet que « les gens en parlent davantage ».
Judelman a par ailleurs qualifié la violence d’affront porté à ses valeurs juives.
« Ce n’est pas mon judaïsme. Ce n’est pas pour cela que nous sommes venus ici », a-t-il rapporté. « Nous, en tant que peuple juif, avons attendu des milliers d’années pour disposer d’une armée capable de nous défendre. Cette armée a le droit d’utiliser la force et de faire ce qu’elle doit faire pour nous défendre et, bien sûr, il existe un droit à l’autodéfense. Mais personne n’a le droit d’aller attaquer quelqu’un. »
Le groupe de militants du Gush Etzion s’est efforcé de rencontrer les dirigeants locaux, les rabbins, les éducateurs et enseignants, les officiers de l’armée, les représentants des « jeunes des collines », le réseau de résidents d’implantations extrémistes que l’on suspecte d’être à l’origine des violences visant les Palestiniens, ainsi que les soldats et la police israéliens.
D’après Judelman, les autorités locales ont réagi de manière positive.
« Le problème comporte différents niveaux et facettes », a-t-il expliqué. « Une partie concerne l’éducation. De nombreux jeunes se trouvent en situation de risque. Je pense que la façon dont les jeunes vivent ce conflit actuellement représente un défi majeur. »
Et d’ajouter : « À mon avis, le sentiment d’avoir été abandonnés par l’armée est très présent dans tout Israël depuis le 7-Octobre. Je crois que nous avons pour mission de restaurer la confiance dans l’armée. »
Tous ces facteurs, a-t-il souligné, exigent une réponse multiforme à ces éclats de violence.
« Si nous voulons réellement travailler sur cette question, alors nous avons besoin de travailleurs sociaux, de thérapeutes, de rabbins, de parents », a-t-il affirmé. « Il faut une mise en application qui s’attaque aux racines du problème, une question de confiance dans les institutions, de disposer de lieux où pouvoir se rendre, de canalisation des énergies vers le bon objectif. Il y a un problème d’idéologie, mais aussi un sentiment de ne pas être protégé par l’État. »
la Communauté du Times of Israël !







