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Le Carnet du journaliste

Pourquoi les groupes pro-israéliens ne s’en prennent pas à Ilhan Omar comme à d’autres membres de la Squad

Selon les groupes de pression, la situation, cette année, rend irréaliste la perspective d'une défaite d'Omar face à son rival Don Samuels lors des primaires de mardi

La représentante Ilhan Omar, Démocrate du Minnesota, prend la parole au Capitole, à Washington, le 24 mars 2023. (Crédit : AP Photo/Mariam Zuhaib)
La représentante Ilhan Omar, Démocrate du Minnesota, prend la parole au Capitole, à Washington, le 24 mars 2023. (Crédit : AP Photo/Mariam Zuhaib)

JTA — Après que les millions de dollars versés par les donateurs pro-israéliens ont contribué à la défaite de deux membres de la « Squad », l’aile d’extrême-gauche du parti démocrate, lors des primaires de cette année, certains activistes n’avaient eu aucun doute sur l’identité de la troisième cible à vaincre.

« Oui, le départ du Congrès d’Ilhan Omar EST possible », était-il encore écrit mercredi dernier dans un post publié sur les réseaux sociaux par le compte StopAntisemitism. Un post qui était accompagné d’une photo d’Omar placée à côté de celles de deux autres membres de la Squad, les représentants Jamaal Bowman et Cori Bush, qui ont dû s’incliner face à leurs adversaires lors des primaires, cette année. « Est-ce que ce sera le triplé que nous attendons tous ? »

Mais la réponse à cette question est non, indique le principal PAC pro-israélien. Si les défenseurs d’Israël peuvent avoir le sentiment que le moment est idéal pour remporter une nouvelle victoire contre l’aile progressiste qui siège au Congrès, les donateurs favorables à l’État juif se sont abstenus d’investir beaucoup d’argent pour soutenir l’adversaire d’Omar, Don Samuels, et ils ne s’attendent guère à ce que la représentante sortante reparte bredouille lors du scrutin qui aura lieu mardi.

Ce qui peut sembler contre-intuitif. Omar, membre du Congrès où elle a été élue sous l’étiquette du parti démocrate, est considérée comme une ennemie idéologique par de nombreux partisans de l’État juif et, il y a deux ans, Samuels n’avait eu que deux points de retard par rapport à elle dans les urnes. Mais un stratège pro-israélien évoque à la fois les sondages et le cours particulier de la course électorale, cette année, pour expliquer pourquoi il considère que les espoirs nourris par certains de parvenir à écarter Omar sont irréalistes.

« C’est un pro-israélien formidable et de son côté, elle est épouvantable mais elle fait une réelle campagne, une campagne qu’elle a entreprise depuis longtemps », dit l’homme qui a demandé à s’exprimer sous couvert d’anonymat afin de ne pas nuire à la campagne de Samuels. « Nous ne pensons pas pouvoir faire la différence dans cette course très précisément, » déplore-t-il.

Patrick Dorton, porte-parole de l’United Democracy Project (UDP), un comité d’action politique affilié à l’American Israel Public Affairs Committee (AIPAC) qui avait investi des millions de dollars dans les primaires pour écarter du Congrès Bowman et Bush, confirme que son PAC ne s’est pas impliqué dans les élections du Minnesota, sans donner d’autre détail. L’AIPAC PAC, qui est affilié, lui aussi, au groupe de pression et l’organisation Democratic Majority for Israel, autre PAC pro-israélien qui s’était engagé dans les campagnes qui avaient pris pour cible Bowman et Bush, n’ont pas non plus souhaité expliquer la raison pour laquelle ils ont choisi, cette fois, de ne pas venir au secours de Samuels.

« En 2022, les donateurs pro-israéliens s’en étaient voulus de ne pas avoir remarqué au bon moment combien Samuels était performant dans sa campagne auprès des électeurs. L’UDP lui avait versé la somme de 350 000 dollars dans les derniers jours qui avaient précédé le scrutin. Mais cela n’avait pas été suffisant pour permettre à Samuels de l’emporter », déclare-t-il – un regret que les collecteurs de fonds pro-israéliens continuent encore aujourd’hui à éprouver.

« Personne n’a réussi à prendre conscience de ce qui était en train de se passer avant qu’il ne soit trop tard », déplore le stratège.

L’ancien membre du Conseil municipal de Minneapolis Don Samuels pose pour une photo devant chez lui à Minneapolis, dans le Minnestora, le 10 novembre 2023. (Crédit : AP Photo/Steve Karnowski)

L’UDP est un Super PAC qui, de par la loi, peut soulever des fonds illimités et cette année, lui et ses alliés avaient commencé, alors que la campagne venait tout juste de débuter, à prendre pour cible les représentants sortants affichant le plus de vulnérabilité dans leurs états respectifs. Plus de 14 millions de dollars ont ainsi été dépensés pour vaincre Jamaal Bowman, à New York, au mois de juin et plus de 80 millions de dollars ont été investis pour écarter de son siège, cette semaine, Cori Bush, représentante du Missouri (les deux candidats étaient considérés comme plus fragiles que les autres pour des raisons allant au-delà de la manière dont ils sont considérés par les électeurs pro-israéliens).

Mais le stratège pro-israélien explique que les divers éléments qui avaient privilégié Samuels en 2022 – et que les donateurs pro-israéliens n’avaient remarqué que trop tard – sont tout simplement absents de la scène électorale, cette année.

Le premier d’entre eux : Cette fois-ci, Samuels est fortement à la traîne d’Omar dans les sondages. Pour Bowman et pour Bush, les chiffres étaient favorables aux groupes pro-israéliens : George Latimer avait constamment eu la préférence des électeurs face à Bowman dans les enquêtes d’opinion tandis que Wesley Bell, qui a battu Bush, était resté au coude à coude avec elle avant de la distancier dans la dernière ligne droite. Omar, en comparaison, déclare l’emporter face à Samuels avec une avance d’environ 25 points de pourcentage.

De plus, en 2022, Omar avait substantiellement amassé plus de financements que Samuels – de l’argent qu’elle n’avait pas dépensé. Joelle Stangler, la directrice de campagne d’Omar, a confié au site d’information Mother Jones, cette semaine, que l’équipe qui travaillait avec Omar « avait levé le pied » en 2022 – en d’autres mots, qu’elle était convaincue qu’elle remporterait la victoire.

Une erreur qui ne s’est pas répétée cette année. Le sénateur du Vermont Bernie Sanders, leader juif du mouvement progressiste au Congrès, s’est investi dans sa campagne. Son équipe a souligné que les républicains de l’extrême-droite avaient appelé les électeurs du Minnesota à soutenir Samuels au cours des primaires ouvertes où les membres de tous les partis ont le droit de voter.

« Don Samuels et ses bienfaiteurs conservateurs ont un ennemi commun – les candidats et les valeurs du DFL », était-il ainsi écrit sur un prospectus de campagne d’Omar qui utilisait là l’acronyme désignant la branche du Minnesota du parti démocrate. Le prospectus énumérait les noms des donateurs qui avaient versé des fonds à Samuels et qui avaient aussi donné de l’argent aux républicains, une tactique qui avait aussi été utilisée par Bowman et par Bush.

Elle devance également son adversaire s’agissant des financements. Samuels, créateur de jouets né en Jamaïque, s’appuie avec force, dans le cadre de sa campagne, sur son passé de bénévole et sur son expérience de membre du Conseil de la ville, un poste qu’il n’occupe plus aujourd’hui. Il est parvenu à lever une somme respectable – 1,4 million de dollars – notamment auprès de donateurs juifs de l’état mais Omar, de son côté, a réussi à rassembler plus de quatre fois ce montant avec 6,4 millions de dollars.

De plus, Omar, en 2022, incarnait la défense de vastes réformes à mettre en œuvre dans le domaine du maintien de l’ordre. Samuels, de son côté, appelait avec vigueur à l’augmentation des financements en soutien aux forces de police. Ce qui avait joué en faveur à ce dernier dans le sillage des manifestations et des émeutes qui avaient ébranlé tout l’état après le meurtre de George Floyd par un policier de Minneapolis. Les électeurs s’étaient rendus dans les urnes en partie pour rejeter la réforme de la police dont Omar avait pris le visage – une initiative qui s’était néanmoins soldée par un échec.

La représentante Ilhan Omar (Démocrate du Minnesota) s’exprimant lors d’une conférence de presse organisée par le Congressional Progressive Caucus sur la menace d’un défaut de paiement, au Capitole, à Washington, le 24 mai 2023. (Crédit : Jacquelyn Martin/AP)

Le souvenir de ces émeutes s’est évanoui, indique le stratège pro-israélien, et il ne porte plus atteinte à Omar.

Omar a également quelque peu fait profil bas dans ses critiques vives d’Israël par rapport aux différents membres de la Squad. Sa campagne souligne ses appels en faveur d’un cessez-le-feu immédiat dans le contexte de la guerre qui oppose actuellement Israël au Hamas dans la bande de Gaza – mais elle souligne qu’elle a immédiatement condamné le pogrom du 7 octobre qui avait été à l’origine du conflit. Et si elle a voté contre l’assistance d’urgence en matière de défense à Israël, elle ne se vante pas de ce positionnement sur sa page de campagne.

Comme d’autres membres de la Squad, elle n’était pas présente, en signe de protestation, quand le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a prononcé un discours devant le Congrès, le mois dernier. Mais elle a aussi offert l’un des tickets qui lui avaient été remis pour assister à l’allocution au proche d’un Israélien actuellement retenu en otage par le Hamas. A cette occasion, Zahiro Shahar Mor, dont l’oncle, Abraham Munder, est actuellement maintenu en captivité à Gaza, s’était levé en dévoilant un tee-shirt qui appelait Netanyahu à finaliser un accord ouvrant la porte à la remise en liberté des otages. Il avait été arrêté, et Omar avait salué son geste.

La page de campagne de Samuels fait l’éloge de la solution à deux États et réclame la libération des captifs au sein de l’enclave côtière, dénonçant « l’idéologie fondamentaliste » du Hamas qui « ne peut plus être autorisé, à l’avenir, à continuer à être responsable du contrôle civil de la bande de Gaza ». Le candidat accuse Omar « d’avoir pactisé » avec les antisémites – comme il l’avait précédemment fait en 2022.

Dans les semaines qui avaient suivi le 7 octobre, il avait fréquemment évoqué cette thématique, accusant sa rivale « d’effrayer » les Juifs du Minnesota.

Mais sa page de campagne n’épargne pas totalement non plus Israël de ses critiques – ce qui n’était pas le cas auparavant – estimant que l’État juif « doit enrayer le phénomène d’expansion des implantations et privilégier un gouvernement qui percevra une opportunité politique dans la paix, pas dans la guerre. » Et récemment, Samuels a semblé moins enclin à l’idée d’évoquer le sujet du conflit israélo-palestinien alors même que ce dernier devenait plus intense.

« Avec le temps, le conflit israélien en Palestine est devenu tellement glaçant que tout le monde reconnaît dorénavant qu’il est trop extrême – et je le reconnais également », a ainsi confié Samuels au Minnesota Post, cette semaine.

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