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Smotrich : Le prochain gouvernement devrait « encourager la migration » des Palestiniens de Cisjordanie

Le ministre des Finances promeut une mesure controversée ; 85 pays condamnent Israël pour sa décision concernant l'enregistrement foncier en Cisjordanie et que les violences persistent

Le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, s'exprimant lors d'une conférence du parti avec les présidents des conseils locaux de Judée-Samarie, dans l'implantation de Psagot, le 17 février 2026. (Crédit : Oren Ben Hakoon/Flash90)
Le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, s'exprimant lors d'une conférence du parti avec les présidents des conseils locaux de Judée-Samarie, dans l'implantation de Psagot, le 17 février 2026. (Crédit : Oren Ben Hakoon/Flash90)

Le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, a déclaré mardi qu’il s’efforcerait, au cours de son prochain mandat, « d’encourager la migration » des Palestiniens de Cisjordanie, alors que la condamnation internationale des récentes mesures prises par Israël dans la région s’intensifie parallèlement aux violences perpétrées par des extrémistes juifs.

« Nous éliminerons l’idée d’un État arabe terroriste », a déclaré le ministre lors d’une réunion de son parti avec des dirigeants locaux des implantations, HaTzionout HaDatit, filmée par les médias israéliens, mardi soir.

Smotrich a exposé ce qu’il considère comme les objectifs du prochain gouvernement, notamment l’abolition des Accords Oslo des années 1990 et l’application de la souveraineté israélienne à la Cisjordanie, une mesure s’apparentant à une annexion.

Détaillant son programme pour les prochaines élections législatives, il a affirmé : « Nous annulerons officiellement et concrètement les maudits Accords d’Oslo, et nous nous engagerons sur la voie de la souveraineté, tout en encourageant l’émigration de Gaza comme de Judée-Samarie », le nom biblique de la Cisjordanie.

« Il n’existe pas d’autre solution à long-terme », a-t-il ajouté.

Le rassemblement se tenait dans le vignoble de Psagot, situé dans une implantation israélienne proche de Ramallah, en présence de nombreux maires de localités de Cisjordanie.

Illustration : Rangée de vignes de cépage Shiraz, au vignoble Psagot. (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)

Smotrich y a présenté son programme « Colonisation 2030 », alors que les élections législatives devraient se tenir au plus tard en octobre 2026 et que la campagne officieuse a déjà commencé.

Outre le portefeuille des Finances, Smotrich détient de larges compétences sur l’administration civile de la Cisjordanie au sein du ministère de la Défense, ce qui fait de lui un acteur clé du processus d’expansion de la présence juive.

La déclaration de Smotrich est un cas relativement rare d’un haut responsable politique israélien exprimant explicitement son désir d’étendre cet objectif controversé à la Cisjordanie.

Ces commentaires interviennent quelques jours seulement après l’autorisation par le cabinet d’une mesure controversée permettant l’enregistrement de vastes étendues de terres en Cisjordanie comme terres domaniales, disponibles pour le développement israélien.

Une semaine auparavant, le cabinet de sécurité avait annoncé une série de décisions visant à modifier « radicalement » les procédures d’enregistrement foncier et d’acquisition de biens immobiliers en Cisjordanie, deux mesures dénoncées par les opposants comme une annexion de fait.

Depuis le début du mois, le gouvernement israélien a pris une série de mesures visant à accroître son contrôle sur la Cisjordanie, repris par Israël depuis la Guerre des Six Jours en 1967, y compris dans des secteurs sous contrôle de l’Autorité palestinienne (AP) en vertu des Accords d’Oslo conclus dans les années 1990 et aujourd’hui moribonds.

Sous l’actuel gouvernement, et plus précisément sous la direction de Smotrich, le nombre d’implantations approuvées a explosé, avec un nombre record de 54 en 2025, selon l’ONG israélienne La Paix maintenant.

Selon le site Internet du parti HaTzionout HaDatit, « ce qui était un rêve lointain pendant des décennies est devenu une réalité vivante qui redessine la carte de la Judée, de la Samarie et de la vallée du Jourdain ».

En dehors de Jérusalem-Est, plus d’un demi-million d’Israéliens vivent aujourd’hui en Cisjordanie, dans des implantations que les Nations unies jugent illégales au regard du droit international, au milieu de quelque trois millions de Palestiniens.

Mardi, 85 pays ont condamné ces mesures, y compris des alliés proches d’Israël, comme les Émirats arabes unis, Bahreïn, Chypre, la Grèce et l’Allemagne.

« Nous condamnons fermement les décisions et mesures unilatérales d’Israël visant à étendre sa présence illégale en Cisjordanie », indique la déclaration publiée par la Mission palestinienne auprès de l’ONU.

« Ces décisions sont contraires aux obligations d’Israël en vertu du droit international et doivent être immédiatement annulées. Nous réitérons à cet égard notre ferme opposition à toute forme d’annexion. »

Lundi, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a appelé Israël à revenir sur sa politique d’enregistrement foncier, la qualifiant de « déstabilisante » et « illégale ».

Si la communauté internationale considère toutes les implantations comme illégales, Israël fait la différence entre celles construites et autorisées par le ministère de la Défense sur des terres appartenant à l’État, et les avant-postes illégaux construits sans les autorisations nécessaires, souvent sur des terres palestiniennes privées. Il arrive toutefois que des avant-postes soient érigés avec l’approbation tacite de l’État. En conséquence, tous les gouvernements successifs ont tenté de légaliser une partie de ces zones non reconnues.

Mardi, par ailleurs, des extrémistes juifs auraient attaqué un hameau bédouin situé à l’extérieur de Ramallah, sous les yeux des soldats de l’armée israélienne.

Selon les informations relayées par les médias palestiniens et le journal Haaretz, l’incident a commencé lorsqu’un résident d’une implantation voisine a commencé à faire paître ses moutons entre les maisons des habitants du hameau bédouin adjacent au village de Rammun. Il a ensuite tenté d’amener ses moutons dans la bergerie du hameau, mais les habitants l’en ont empêché, craignant qu’il ne tente de voler leur bétail.

Plusieurs autres résidents d’implantations seraient alors arrivés sur les lieux et des affrontements auraient éclaté. Les soldats de Tsahal sont arrivés sur place et sont restés en retrait pendant un long moment avant de recourir à des mesures anti-émeutes. Cependant, ces mesures visaient les Palestiniens et non les résidents d’implantations, a rapporté Haaretz, citant des témoignages.

Selon le site d’information officiel de l’AP, Wafa, trois Palestiniens auraient été légèrement blessés lors de l’affrontement et les habitants bédouins ont également accusé les résidents d’implantations d’avoir volé certaines de leurs possessions.

Aucune arrestation n’a été effectuée.

L’armée israélienne n’a pas répondu aux demandes de commentaires.

De tels incidents de harcèlement par des résidents d’implantations ont lieu presque quotidiennement en Cisjordanie. Les cibles sont souvent des hameaux bédouins situés dans la Zone C. Des centaines de Palestiniens bédouins, dont certains provenant du hameau situé à l’extérieur de Rammun, ont décidé de fuir vers d’autres régions de Cisjordanie.

Plus tôt mardi, des résidents d’implantations de l’avant-poste de Giborei David auraient attaqué un autre hameau bédouin situé à l’extérieur du village de Duma, dans le centre de la Cisjordanie.

Des images tournées par des militants israéliens qui tentaient de protéger le hameau montrent des extrémistes juifs en train de démolir le mur d’une des maisons de fortune.

Les militants ont déclaré que les résidents d’implantations les avaient aspergés de gaz lacrymogène et agressés, eux et les Palestiniens locaux.

Interrogée sur cette affaire, Tsahal a déclaré avoir reçu un signalement faisant état d’un affrontement entre un Palestinien et un Israélien au cours duquel ce dernier aurait utilisé du gaz lacrymogène.

Des soldats se sont rendus sur place et ont séparé les deux parties, a déclaré l’armée.

Aucune arrestation n’a été effectuée.

Les tensions en Israël et en Cisjordanie sont montées en flèche depuis le 7 octobre 2023, date à laquelle quelque 6 000 Gazaouis dont 3 800 terroristes ont fait irruption en Israël par la frontière de Gaza dans le cadre du pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas, tuant plus de 1 200 personnes et prenant 251 otages.

Les attaques – notamment des incendies de voitures et de maisons, ainsi que des agressions physiques – perpétrées par des résidents d’implantations contre des Palestiniens dans toute la Cisjordanie se produisent presque quotidiennement, les suspects étant rarement arrêtés et les poursuites encore plus rares.

Le mois dernier, Tsahal a révélé que le nombre d’attaques perpétrées par des extrémistes juifs contre des Palestiniens et des forces de sécurité israéliennes en Cisjordanie avait augmenté de 27 % tout au long de l’année 2025.

Le nombre de « crimes nationalistes » commis par des extrémistes et classés comme des actes de terrorisme par les services de sécurité israéliens a également augmenté de plus de 50 %, selon les données.

L’AFP a contribué à cet article.

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