Tsahal : Hausse de 27 % des violences des résidents d’implantations en 2025
Les autorités militaires ont un sentiment d'échec face aux violences commises par plus de 300 extrémistes juifs contre des Palestiniens de Cisjordanie
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Emanuel Fabian est le correspondant militaire du Times of Israël.

Selon les chiffres de l’armée israélienne et de l’agence de sécurité du Shin Bet, les violences de résidents d’implantations juifs extrémistes envers des Palestiniens et les forces de l’ordre israéliennes, en Cisjordanie, ont augmenté de 27 % en 2025 par rapport à 2024.
Les incidents les plus graves commis par des résidents d’implantations extrémistes, qualifiés de « criminalité nationaliste » et considérés comme des actes terroristes par les organismes de sécurité israéliens, ont augmenté de plus de 50 %, selon les chiffres présentés aux journalistes lundi.
Ces violences, quasi quotidiennes, sont le plus souvent incontrôlées. Les poursuites contre les extrémistes juifs sont très rares, et les condamnations plus rares encore, ce qui vaut au gouvernement actuel, décrit comme le plus dur de toute l’histoire d’Israël, des critiques d’inertie.
Les responsables du Commandement central de Tsahal, en charge de la Cisjordanie et de la vallée du Jourdain, disent ressentir un sentiment d’échec en raison de leur incapacité à juguler ces violences.
En 2025, l’armée israélienne et le Shin Bet ont enregistré 867 incidents de « criminalité nationaliste », contre 682 en 2024, soit une hausse de 27 %. En 2023, année du pogrom terroriste commis par le Hamas le 7-Octobre, l’armée en avait enregistré 1 045.
Au-delà de la multiplication des attaques de résidents d’implantations, l’année 2025 a connu une augmentation des incidents les plus graves, dont les fusillades, incendies criminels et autres crimes violents : on en a compté 128 en 2025, 83 en 2024 et 54 en 2023, selon les chiffres disponibles.
L’armée et le Shin Bet estiment à plus de 300 le nombre des extrémistes juifs impliqués dans ces violences, 70 d’entre eux considérés comme « fanatiques » à l’origine des actes les plus graves.
Selon des responsables israéliens de la Défense, ces 300 extrémistes vivent pour l’essentiel dans 42 avant-postes illégaux en Cisjordanie, et la moitié d’entre eux sont officiellement considérés comme vivant en Israël.
Sur ces 70 extrémistes « les plus durs », 39 sont soumis à des ordonnances restrictives émises par le chef du Commandement central, le général de division Avi Bluth, lesquelles leur interdisent de se rendre en Cisjordanie ou les assignent à résidence sous surveillance lorsqu’ils vivent dans des implantations.
Bluth a récemment autorisé l’utilisation de bracelets électroniques pour les résidents d’implantations extrémistes assignés à résidence, mais jusqu’alors, seuls deux de ces bracelets ont été mis à disposition, et à la date d’hier lundi, un seul suspect avait accepté de le porter.
Les responsables du Commandement central se disent déçus d’avoir dû recourir à des ordonnances restrictives « draconiennes » pour tenter de calmer les violences des résidents d’implantations, faute de parvenir à ramener le calme par les moyens traditionnels. Lorsqu’ils s’expriment, les agents expliquent que les ordres de Bluth sont rarement respectés par les tribunaux et que les résidents d’implantations sanctionnés enfreignent les ordonnances restrictives et assignations à résidence sans pour autant encourir de sanctions.
L’armée a par ailleurs fait savoir que des dizaines de soldats de son unité de secteur, connue sous son acronyme hébreu Hagmar —, composée de résidents d’implantations locaux en service de réserve — ont été renvoyés l’an dernier après diverses infractions, à commencer par des attaques contre les Palestiniens.
Baisse du terrorisme palestinien
Selon l’armée, 2025 a connu une baisse régulière des attaques terroristes palestiniennes à l’encontre d’Israéliens, en Cisjordanie comme en Israël, que ce soit les attaques au couteau, les fusillades ou les attaques à la voiture-bélier.
L’armée explique cette tendance par une « activité offensive soutenue » dans des zones considérées comme des foyers de terrorisme en Cisjordanie, en particulier les camps de réfugiés du nord du territoire, où l’armée est déployée depuis début 2025 sans, à ce jour, de date de départ.
En 2025, 57 attentats terroristes palestiniens ont été enregistrés par Tsahal, qui ont coûté la vie à 20 personnes (auxquelles s’ajoutent deux soldats tués lors d’un attentat perpétré par un Jordanien au niveau du pont Allenby, en septembre dernier.)
En 2024, l’armée avait recensé 258 attentats terroristes palestiniens qui avaient fait 35 morts, et en 2023, 847 attentats et 41 morts.
On observe également une légère diminution des jets de pierres et de cocktails Molotov de la part de Palestiniens : l’armée a enregistré 1 015 incidents de ce type en 2025 et 1 230 en 2024. En 2023, elle en avait enregistré 3 256, 3 799 en 2022 et 8 633 en 2021.
Le Commandement central explique cette baisse des jets de pierres et de cocktails Molotov par le faible nombre d’émeutes violentes et de grande ampleur en Cisjordanie ces deux dernières années, du fait de la guerre dans la bande de Gaza.
En 2025 toujours, l’armée israélienne a revendiqué la mort de 240 Palestiniens en Cisjordanie, contre 500 en 2024 et 504 en 2023.
Moins de 4 % des Palestiniens tués par l’armée en Cisjordanie ces trois dernières années étaient des civils non impliqués – ni des hommes armés ni des émeutiers ayant affronté des soldats, ni des terroristes auteurs d’attentats, indique Tsahal.
En 2023 et 2024, près de 70 % des Palestiniens tués par l’armée israélienne en Cisjordanie étaient porteurs d’une arme à feu ou d’explosifs, alors qu’en 2025, cette proportion tombe à 40 % — les autres sont notamment des auteurs de jets de pierres.
L’armée israélienne a par ailleurs annoncé avoir mis en détention 3 486 Palestiniens activement recherchés en Cisjordanie en 2025, contre 2 694 en 2024.
Elle a en outre revendiqué la destruction en 2025 de 37 maisons appartenant à des terroristes palestiniens en Cisjordanie, particulièrement ceux à l’origine d’attentats meurtriers – une compétence des autorités israéliennes. Fait plus surprenant, l’armée a détruit la maison de terroristes à l’origine de projets d’attentats qui auraient pu causer de nombreuses victimes.
À Jénine, Tulkarem et Nur Shams, l’armée israélienne a également rasé des dizaines de bâtiments en 2025 afin de faciliter l’accès des véhicules militaires aux camps de réfugiés densément construits et considérés comme des foyers terroristes.
L’armée israélienne a par ailleurs revendiqué la saisie de quelque 1 373 armes en Cisjordanie en 2025, certaines d’entre elles introduites clandestinement depuis la frontière jordanienne, contre 1 095 en 2024.
Des responsables militaires ont indiqué que 2026 devrait poser des « problèmes de sécurité importants » en Cisjordanie, avec un fort risque d’escalade en raison de la diminution des tensions sur d’autres fronts.
Des intrusions via la barrière en Cisjordanie
Selon les chiffres de Tsahal, avant les attentats terroristes perpétrés en Israël en 2022 par des Palestiniens infiltrés depuis la Cisjordanie, quelque 40 000 Palestiniens se rendaient chaque semaine en Israël sans permis de travail.
Aujourd’hui, l’armée estime les entrées illégales depuis la Cisjordanie à 800 à 1 500 par semaine — souvent les mêmes Palestiniens qui font des allers-retours —, 50 000 à
70 000 Palestiniens vivant désormais illégalement en Israël de manière durable.
En 2025, l’armée a revendiqué l’interpellation de 6 807 Palestiniens qui tentaient de pénétrer en Israël depuis la Cisjordanie, 8 636 autres parvenant à le faire sans être inquiétés.
L’armée israélienne n’est pas en charge de la barrière dans les environs de Jérusalem — c’est la police qui l’est — ce qui explique que le nombre réel des entrées illégales puisse être largement du double, la moitié des entrées illégales ayant lieu dans cette région.
L’armée est favorable au relèvement du nombre des permis permettant aux Palestiniens de Cisjordanie d’aller travailler dans les implantations : ces permis ont été presque tous révoqués suite au pogrom du 7 octobre 2023, rappellent les responsables.
Avant le 7-Octobre, Israël avait délivré près 140 000 permis aux Palestiniens – pour travailler en Israël comme dans les implantations ou zones industrielles israéliennes de Cisjordanie.
Pour l’heure, seuls 12 000 Palestiniens de Cisjordanie disposent d’un permis de travail en cours de validité leur permettant de se rendre en Israël, plus 14 000 autorisés à travailler dans les implantations ou zones industrielles de Cisjordanie.
L’armée estime que ces permis de travail sont un bon moyen de relâcher la pression sur ce territoire économiquement contraint. Le chômage en Cisjordanie a fortement augmenté, à près de 30 % aujourd’hui contre 12 % avant la guerre, selon les données du Bureau central palestinien des statistiques.
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