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Un Californien inculpé pour avoir collecté des fonds au profit du Hamas

Selon les enquêteurs fédéraux, Reda Sabassi aurait collecté des fonds pour le groupe terroriste viades plateformes de crowdfunding et une association à but non lucratif fictives

Luke Tress est le correspondant du Times of Israel à New York.

Des terroristes armés du Hamas et du Jihad islamique palestinien saluant les fidèles rassemblés pour la prière de l'Aïd al-Fitr à Gaza-City, le 20 mars 2026. (Crédit : Abdel Kareem Hana/AP)
Des terroristes armés du Hamas et du Jihad islamique palestinien saluant les fidèles rassemblés pour la prière de l'Aïd al-Fitr à Gaza-City, le 20 mars 2026. (Crédit : Abdel Kareem Hana/AP)

Les autorités fédérales américaines ont inculpé mercredi un Californien pour avoir collecté des fonds au profit du Hamas par le biais d’organisations caritatives fictives, illustrant ainsi la manière dont ce groupe terroriste palestinien lève des fonds à l’étranger.

Reda Mazen Rida Sabassi, 38 ans, est accusé de terrorisme, de contournement des sanctions, de fraude électronique, de blanchiment d’argent et de faux témoignages.

Sabassi aurait collecté plus de 600 000 dollars de dons auprès de milliers de donateurs au titre de l’aide humanitaire à Gaza, mais il aurait détourné ces fonds au profit du Hamas et pour ses dépenses personnelles.

En 2022, Sabassi avait créé une association à but non lucratif baptisée « Ikram — The Arab Charity Foundation », ce qui lui avait permis de collecter des dons déductibles des impôts avec pour objectif déclaré de « fournir une aide humanitaire d’urgence aux familles déplacées et aux réfugiés de Gaza ».

Selon les documents judiciaires, l’organisation de façade avait récolté 638 000 dollars de dons en 2023 et Sabassi en était le seul employé.

Sabassi avait sollicité des dons via le site web de son association et il avait lancé des campagnes caritatives sur des plateformes de financement participatif, relayées sur Telegram et sur les réseaux sociaux.

Une page Web archivée d’une collecte de fonds lancée par le suspect Reda Sabassi. (Crédit : Capture d’écran)

« Aidez quatre orphelins qui ont fui Gaza à commencer une nouvelle vie », indiquait l’une de ces campagnes, accompagnée de la photo d’un enfant.

Une autre campagne, intitulée « Gaza Relief », promettait de fournir des produits de première nécessité tels que de la nourriture et des tentes, tandis qu’une troisième, « Gaza Relief Urgent Appeal », s’engageait à garantir une « sécurité » et un « avenir meilleur et plus chaleureux » aux Gazaouis.

Une page LinkedIn correspondant au nom, à la localisation et à la photo de Reda Sabassi, utilisée pour les campagnes caritatives, indiquait qu’il était titulaire d’un diplôme en génie logiciel obtenu dans une université jordanienne et qu’il travaillait comme développeur d’interfaces utilisateur.

Selon l’acte d’accusation, Sabassi est un citoyen américain naturalisé. Les Services américains de citoyenneté et d’immigration (USCIS) n’ont pas répondu à une demande d’informations concernant les modalités d’acquisition de sa citoyenneté.

Tandis qu’il gérait Ikram, Sabassi diffusait en coulisses de la propagande pro-Hamas et il coordonnait des transferts financiers au profit du groupe terroriste, selon une plainte pénale qui a été déposée devant le tribunal fédéral du district sud de New York. La plainte a précisé que plus d’une centaine de donateurs aux campagnes de Sabassi semblaient résider à New York.

Sabassi avait rassemblé des vidéos du Hamas provenant de Telegram et il avait monté une compilation d’une heure d’images filmées par les terroristes lors du pogrom perpétré par le Hamas, le 7 octobre 2023.

Il avait diffusé ces images sur des comptes X, dont l’un utilisait une photo du dirigeant du Hamas, Yahya Sinwar, comme photo de profil. Il avait publié une partie de cette propagande à l’occasion du deuxième anniversaire du 7-Octobre.

Le Hamas est un groupe désigné comme terroriste par les États-Unis ; il est donc illégal de le financer ou de coordonner des actions avec lui. Toutefois, le soutien rhétorique apporté à des groupes terroristes est protégé par la loi américaine sur la liberté d’expression.

Des manifestants portant des bandeaux et des masques du Hamas, au Baruch College, à Manhattan, le 5 juin 2024. (Crédit : Luke Tress via JTA)

Sabassi avait accepté de se présenter à un interrogatoire des forces de l’ordre en mars 2024. Il avait alors expliqué aux enquêteurs qu’il avait créé la vidéo de propagande du Hamas en assemblant des extraits d’images provenant des Brigades Ezzedine al-Qassam, la branche armée du Hamas.

Il avait indiqué qu’il estimait que le Hamas « défendait une noble cause, celle de récupérer ses terres », et qu’il avait diffusé ces vidéos pour montrer que le Hamas avait attaqué des cibles militaires et qu’il ne se livrait pas à des « décapitations ou à des viols de bébés », ont précisé les enquêteurs. Or, la majorité des 1 200 victimes du 7-Octobre avaient été des civils, dont des enfants.

Sabassi avait affirmé aux enquêteurs qu’il ne voulait pas soutenir le groupe terroriste par des armes ou de l’argent, car c’était illégal. Dans la plainte, il est indiqué qu’il avait menti lors de son interrogatoire, ce qui avait donné lieu à l’accusation de faux témoignage.

Pour les transferts financiers, Sabassi avait collaboré avec l’organisation de collecte de fonds du Hamas, « Gaza Now », ainsi qu’avec des complices non identifiés basés à l’étranger, ont précisé les enquêteurs.

Les États-Unis et le Royaume-Uni avaient sanctionné Gaza Now pour financement du terrorisme en 2024.

Selon la plainte, Ikram et Gaza Now avaient partagé leurs collectes de fonds et ils avaient coordonné leurs activités en ligne.

Un enquêteur du FBI a expliqué que l’utilisation de la marque Gaza Now permettait de « signaler aux partisans du groupe terroriste qu’il s’agissait d’une campagne officielle, c’est-à-dire directement liée au Hamas » ; pour les observateurs extérieurs, elle semblait toutefois légitime.

Certains de ces virements avaient été effectués via des banques au Royaume-Uni et l’un des complices était un membre du Hamas basé en Turquie, selon la plainte.

Des terroristes armés du Hamas et du Jihad islamique palestinien saluant les fidèles rassemblés pour la prière de l’Aïd al-Fitr, à Gaza-City, le 20 mars 2026. (Crédit : Abdel Kareem Hana /AP)

L’un des suspects avait déclaré à Sabassi qu’un contact au Royaume-Uni entretenait « de bonnes relations avec la directrice de la banque », lui permettant d’accéder à un compte bloqué.

« Elle connaît bien les lois britanniques », avait ajouté le suspect, précisant que cette personne lui avait conseillé de « ne jamais écrire que c’est pour le Hamas, sinon nous aurions des ennuis. Lol. »

Dans d’autres messages, Sabassi plaisantait au sujet du financement du Hamas, affirmant que l’une de leurs campagnes aurait dû s’intituler « Ezzedine al-Din al-Qassam », avec un emoji rieur. Son complice avait répondu : « Lol. Oh là là. C’est direct en prison. »

Sabassi et les suspects non identifiés avaient discuté des moyens de transférer de l’argent au Hamas, notamment en recourant à une blockchain décentralisée ou en effectuant des transferts entre portefeuilles de cryptomonnaies afin de dissimuler l’origine des fonds. Ils avaient également évoqué l’utilisation de réseaux virtuels privés (VPN) pour masquer la localisation de Sabassi.

Selon la plainte, Sabassi avait envoyé 116 000 dollars à un terroriste du Hamas basé à l’étranger et il avait tenté de convertir 380 000 dollars supplémentaires de ces fonds en cryptomonnaie afin de pouvoir les envoyer au Hamas via Gaza Now.

Il aurait également transféré des dizaines de milliers de dollars sur son compte bancaire personnel pour couvrir des dépenses telles que son loyer et ses factures de carte de crédit, a précisé la plainte.

Sabassi a été arrêté et placé en détention provisoire sans possibilité de libération sous caution, car il est considéré comme présentant un risque de fuite. Il est actuellement incarcéré au centre correctionnel métropolitain fédéral de San Diego, selon les registres.

Certaines de ces accusations sont passibles d’une peine maximale de vingt ans de prison.

Ce stratagème a semblé similaire à celui de la « Holy Land Foundation », un groupe poursuivi aux États-Unis dans les années 2000 pour avoir sollicité des dons caritatifs détournés au profit du Hamas. Les « Holy Land Five », emprisonnés, demeurent des figures populaires au sein du groupe terroriste antisioniste.

La perquisition des appareils électroniques de Sabassi a révélé qu’il avait effectué des recherches en ligne sur la Holy Land Foundation. Parmi ses autres recherches figuraient notamment : « Les portefeuilles cryptos tracent-ils votre adresse IP ? », « Crypto du Hamas » et « Achat de billets pour le festival de musique Nova ».

Une autre affaire, rendue publique le mois dernier devant un tribunal new-yorkais et visant un agent iranien présumé, a également illustré la manière dont les groupes terroristes utilisent les cryptomonnaies et les applications de messagerie chiffrée, telles que Telegram, pour faciliter leurs activités terroristes aux États-Unis, au Canada et en Europe.

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