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À New York, une affaire révèle une campagne terroriste antisémite présumée liée à l’Iran

Selon les procureurs, Mohammad al-Saadi a orchestré une série d'attaques contre des cibles juives dans le cadre d'une campagne de "guerre psychologique" pour le compte de Téhéran

Luke Tress est le correspondant du Times of Israel à New York.

Cette photo, issue d'une plainte pénale rendue publique vendredi 15 mai 2026 par le tribunal fédéral de première instance du district sud de New York, montre Mohammad Baqer Saad Dawood al-Saadi (à droite) en compagnie de Qassem Soleimani, alors commandant de la Force Al-Qods du Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI), le bras armé du régime iranien. (Crédit : Tribunal fédéral de première instance du district sud de New York via AP)
Cette photo, issue d'une plainte pénale rendue publique vendredi 15 mai 2026 par le tribunal fédéral de première instance du district sud de New York, montre Mohammad Baqer Saad Dawood al-Saadi (à droite) en compagnie de Qassem Soleimani, alors commandant de la Force Al-Qods du Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI), le bras armé du régime iranien. (Crédit : Tribunal fédéral de première instance du district sud de New York via AP)

Peu après le déclenchement de la guerre en Iran, fin février, une série d’attaques a visé des lieux de culte juifs en Europe.

Une synagogue a été touchée par une explosion en Belgique, des incendiaires ont mis le feu à une synagogue aux Pays-Bas, une bombe a secoué une école juive à Amsterdam, quatre ambulances de Hatzola ont été incendiées à Londres et une voiture a été brûlée dans un quartier juif d’Anvers, le tout au cours du mois de mars.

Un nouveau groupe, Harakat Ashab al-Yamin al-Islamiya (HAYI, ou « Mouvement des compagnons de la main droite de l’islam »), a revendiqué ces attentats. Ce groupe était jusqu’alors inconnu. Les analystes et les enquêteurs soupçonnaient une implication iranienne, mais les forces de l’ordre n’avaient pas révélé publiquement de lien avec l’Iran.

La situation a changé ce mois-ci, lorsque les procureurs du tribunal fédéral du district sud de New York ont établi un lien entre l’Iran et ces attentats en Europe, ainsi qu’avec des complots visant des sites juifs aux États-Unis. L’enquête a également permis de mettre en lumière les motifs et les tactiques présumés des auteurs des attentats.

La plainte et l’acte d’accusation déposés jeudi mettent en cause Mohammad Baqer Saad Dawood al-Saadi, membre présumé des Kataeb Hezbollah, un groupe terroriste basé en Irak et désigné comme tel par les États-Unis. Aligné sur le Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI), le bras armé du régime iranien, il est accusé d’avoir planifié au moins dix-huit attentats en Europe et deux au Canada. Selon les procureurs, Saadi a contribué à lancer la campagne du HAYI, à planifier ses attentats et à diffuser sa propagande.

Impliqué dans la « résistance »

Cette photo, issue d’une plainte pénale rendue publique le 15 mai 2026 par la Cour fédérale du district sud de New York, montrant Mohammad Baqer Saad Dawood al-Saadi (à gauche) aux côtés de Qassem Soleimani, alors commandant de la Force Al-Qods du Corps des Gardiens de la Révolution islamique. (Crédit : Cour fédérale du district sud de New York)

Selon les procureurs, Saadi entretient des relations avec les dirigeants actuels de la Force Al-Qods, l’unité d’élite à l’étranger du CGRI, ainsi qu’avec les Kataeb Hezbollah. Saadi a également publié sur les réseaux sociaux des photos le montrant en compagnie du défunt général du CGRI Qassem Soleimani, éliminé lors d’une frappe aérienne américaine à Bagdad en 2020, ainsi que d’autres dirigeants du CGRI.

Le CGRI soutient les Kataeb Hezbollah, et d’autres proxys en leur fournissant formation, financement, armes et renseignements afin de mener à bien son objectif plus large « d’actions meurtrières » contre les États-Unis et leurs alliés. Ces groupes partagent la même idéologie et font partie de « l’Axe de la résistance » iranien, ont déclaré les procureurs, plaçant ainsi HAYI dans le même réseau.

Saadi, 32 ans, est né à Téhéran, mais a passé la majeure partie de sa vie en Irak. Il possède la double nationalité iranienne et irakienne. Il a été arrêté alors qu’il voyageait en Turquie. Il a été extradé vers les États-Unis à la mi-mai.

Après son arrestation, Saadi a renoncé à ce qu’on appelle les Miranda Rights et a expliqué son rôle aux forces de l’ordre américaines. Les enquêteurs ont obtenu des informations supplémentaires à partir de l’iPhone et des comptes de réseaux sociaux de Saadi.

Les éléments de preuve ont montré que Saadi, des assaillants en Europe et des agents liés à l’Iran au Moyen-Orient échangeaient régulièrement des messages et des vidéos de leurs opérations dans différents pays, avant et après le début de la guerre.

Les enquêteurs ont établi un lien entre Saadi et les attentats de mars, ainsi que d’autres attaques survenues en avril : une tentative d’attentat à la bombe contre un groupe pro-Israël aux Pays-Bas, le jet de matériaux inflammables dans un restaurant israélien à Munich, des incendies criminels contre une synagogue en Macédoine du Nord et deux synagogues à Londres, des incendies criminels contre des ambulances juives à Londres, une attaque par drone visant l’ambassade d’Israël au Royaume-Uni, et, le mois dernier, l’agression à l’arme blanche de deux hommes juifs à Londres. D’autres attaques ont visé des sites non juifs liés aux États-Unis.

Après les attaques, Saadi aurait publié des vidéos de propagande dans lesquelles il se revendiquait ces attentats au nom de HAYI. Il n’était pas clair si HAYI avait réellement orchestré chacune des attaques dont il revendiquait la responsabilité.

Les procureurs ont déclaré que HAYI servait de façade aux Kataeb Hezbollah et qu’il avait été créé en mars pour dissimuler l’implication de ce groupe dans la campagne. La déclaration fondatrice de HAYI a été diffusée sur les chaînes médiatiques militantes chiites utilisées par les Kataeb Hezbollah, le groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah et le CGRI. HAYI utilise également un logo similaire à ceux des Kataeb Hezbollah et du Hezbollah.

Illustration : Des habitants observant les enquêteurs qui ratissent les lieux après que deux personnes ont été poignardées dans le quartier de Golders Green, qui compte une importante communauté juive, à Londres, le 29 avril 2026. (Crédit : Kin Cheung/AP)

« Tuez-les partout »

Saadi a également établi un lien entre HAYI et l’Iran en raison de ses relations avec les dirigeants du CGRI.

Selon les procureurs, Saadi, en tant que commandant des Kataeb Hezbollah, coordonnait ses actions avec la direction du CGRI. Saadi était « comme un fils » pour Soleimani, et les deux hommes voyageaient régulièrement ensemble. Il était également proche du défunt guide suprême iranien, Ali Khamenei, qu’il a rencontré trois jours avant que celui-ci ne soit éliminé par une frappe américano-israélienne. Il a rencontré le commandant de la Force Al-Qods, Esmaïl Qaani, le mois dernier, pour discuter d’une « solution » à la guerre, et a déclaré qu’il était en mesure « d’intensifier ou de réduire le niveau des attaques », ont indiqué les procureurs.

Saadi a déclaré aux enquêteurs qu’il était un chef de file de la « résistance » qui comprend le CGRI et ses proxys, comme les Kataeb Hezbollah, le Hezbollah et les Houthis au Yémen. Il a expliqué qu’il n’y avait « aucune distinction réelle entre ces groupes », selon l’acte d’accusation.

Des militaires belges montant la garde devant une synagogue dans le centre-ville d’Anvers dans le cadre des mesures de sécurité renforcées mises en place par la Belgique dans les écoles juives et les synagogues, le 23 mars 2026. (Crédit : John Thys/AFP)

Le 28 février, jour où la guerre a éclaté, Saadi a publié sur Telegram : « N’abandonnez pas le sang de votre imam du moment, ô chiites d’Irak. Tuez tous ceux qui soutiennent l’Amérique et Israël. » « Cibles civiles et militaires, ainsi que les voix de la discorde, tuez-les partout », a-t-il ajouté en arabe.

Dans un autre message publié sur le réseau social X, il a déclaré : « Tout individu ou groupe capable de tuer une cible américaine ou sioniste, qu’elle soit civile ou militaire, dans n’importe quel pays du monde, devrait commencer par les prendre pour cible. »

Une semaine plus tard, il a publié un message en anglais truffé de fautes de frappe sur Snapchat, intitulé « Soldats de l’ombre », dans lequel il déclarait : « À tous les djihadistes de l’ouest et de l’est de la Terre. Autorisation donnée à toutes les cellules silencieuses (R362, C357, A351) pour passer à l’action. »

Selon les enquêteurs, ces messages visaient à « mobiliser des cellules terroristes à travers le monde ». La signification du code « R362 – C357 – A351 » demeure incertaine. Les attentats ont commencé quelques jours plus tard.

Guerre psychologique

Le jour des premières attaques en Europe, Saadi a publié sur Telegram un appel invitant les « guerriers de l’islam » à mener le « djihad ». Il a commencé à publier des images d’attaques, notamment contre des synagogues, des écoles juives, des ambulances de Hatzola et l’ambassade d’Israël à Londres, accompagnées du logo de HAYI.

Les procureurs ont déclaré que Saadi avait été en communication FaceTime avec les assaillants lors de certaines attaques, et qu’il avait créé et diffusé des vidéos de propagande sur ces événements.

Les épaves d’ambulances calcinées dans un parking, après un incendie criminel visant les véhicules, contrôlés par une association caritative juive, à Golders Green, à Londres, le 23 mars 2026. (Crédit : Alberto Pezzali/AP Photo)

Il a déclaré aux enquêteurs qu’il était responsable des opérations médiatiques de HAYI, et que les images de propagande des attentats constituaient une « guerre psychologique » destinée à semer la terreur parmi les civils.

En mars, Saadi a déclaré à un contact des Kataeb Hezbollah que « le plus important, c’est que, dans le cadre de la guerre psychologique, [les messages de HAYI] sont utiles », et que « tout ce qui détourne l’attention de l’ennemi est utile ».

Toujours en mars, Saadi a envoyé à un contact travaillant pour un groupe de presse chinois des images brutes de l’incendie criminel visant les ambulances de Hatzola à Londres, selon l’acte d’accusation.

Après l’agression au couteau de deux hommes juifs à Londres, le HAYI a revendiqué l’attaque. Saadi a demandé à un contact de publier des images de l’attaque et a ajouté : « Il y aura une fusillade dans un restaurant », ce qui n’a pas eu lieu.

Mohammad Baqer Saad Dawood al-Saadi dans un centre de « agence de renseignement militaire », à côté d’une carte des États-Unis et d’une liste de cibles caviardée, sur une photo de 2024. (Crédit : Tribunal fédéral du district sud de New York)

Il cherchait également à prendre pour cible les États-Unis. Son iPhone et ses comptes sur les réseaux sociaux contenaient des images le montrant en train de rencontrer du personnel iranien dans un bâtiment de l’agence de renseignement militaire, avec une carte des États-Unis accrochée au mur et une liste de « cibles légitimes » sur le territoire américain.

Lors d’un appel téléphonique en mars avec un informateur du FBI, Saadi a déclaré qu’il « commandait plusieurs équipes », qu’il était prêt à tuer des gens et a demandé à l’informateur de l’aider à attaquer des cibles aux États-Unis et au Canada, telles que des « synagogues juives » et des « quartiers généraux sionistes ».

En avril, dans une déclaration portant le logo de HAYI, il a appelé ses partisans à assassiner le président américain Donald Trump.

Il a interrogé l’informateur sur la possibilité qu’un cartel mexicain utilise une voiture piégée ou un engin explosif improvisé pour attaquer des cibles juives aux États-Unis. Il a déclaré qu’une grenade à main n’était pas assez « puissante » et a demandé si les assaillants étaient prêts à tuer des gens.

« Cette guerre ne prendra pas fin. Soit ils nous exterminent, soit c’est nous qui les exterminons », a-t-il déclaré.

Il a envoyé à l’informateur une photo et une carte indiquant l’emplacement d’une synagogue importante de New York, et lui a ordonné d’attaquer ce site, tout en lui communiquant les emplacements de deux autres cibles juives, à Los Angeles et en Arizona. La plainte n’a pas identifié les cibles en question.

Il a envoyé à l’agent infiltré un acompte de 3 000 dollars en cryptomonnaie et a déclaré qu’il enverrait 7 000 dollars supplémentaires une fois l’attaque menée à bien. Il a ajouté qu’il était « primordial » que les attaques « soient filmées ».

Il a poussé l’informateur à mener les attaques immédiatement à plusieurs reprises, en disant : « Je veux avoir de bonnes nouvelles ce soir. »

Il a été arrêté alors qu’il voyageait et transféré à New York le 14 mai.

Saadi a été inculpé de huit chefs d’accusation liés au terrorisme, au complot et aux attentats à la bombe. Il comparaîtra lundi.

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