Nous sommes 86 jours avant le jour du scrutin [soit 67 jours ouvrables]. Pour ce qui concerne la rhétorique fanfaronne, la campagne en est encore à ses premiers jours, chaotique, aux portes des primaires. Mais la semaine a commencé avec des appels inattendus à la diversité.

La campagne électorale est encore dans sa période de gestation. Les grands partis, y compris le parti travailliste, le Likud, HaBayit HaYehudi et Meretz, se trouvent encore dans les affres des primaires.

Il faut donc être très prudent. Prudent à propos, par exemple, de la ligne dure que veut incarner Netanyahu, de l’appel de Herzog à la « Révolution » devant les militants de son parti, ou encore de la course des candidats de HaBayit HaYehudi pour condamner Tzipi Livni pour les conseils électoralistes donnés à John Kerry.

Les primaires du Likud, à la fois pour le chef du parti et la liste à la Knesset, auront lieu dans neuf jours, le 31 décembre. Netanyahu est presque certain de gagner contre ses challengers Danny Danon et Yoav Kish.

Et une fois que sa maison sera en ordre, le Likud aura deux semaines d’avance sur les autres principaux partis organisant des primaires. Les primaires du parti travailliste auront lieu deux semaines plus tard (le 13 janvier), celle de HaBayit HaYehudi le 14 et le 19 au Meretz.

Le 29 janvier, tous les partis, qu’ils aient ou non organisé des primaires, doivent soumettre leurs listes de candidats à la Commission électorale.

Seulement alors, à la fin du mois prochain, la campagne électorale prendra sa forme finale. Les partis ne pourront plus se regrouper ni se diviser, ni tenter de courtiser des célébrités pour les faire figurer sur leurs listes. L’élection deviendra enfin la course simple à 12 voies (au dernier décompte des partis viables) à laquelle aspirent apparemment les Israéliens.

La force dans la diversité

On a été récemment témoin de choses étonnantes en matière de diversité politique.

Il y a toujours eu des non-juifs au Likud et au parti travailliste, et toujours quelques Juifs désireux de rejoindre les rangs de du parti Hadash à majorité arabe ouvertement communiste [et de nos jours socialiste].

Mais maintenant, tout à coup, sur les bords du spectre ethnique de la politique d’Israël, la diversité est devenue un mot à la mode, un idéal se devant d’être célébré.

L’identité ethno-politique de HaBayit HaYehudi n’est pas difficile à comprendre, surtout si vous comprenez le sens de leur nom [Le foyer juif]. Mais le parti a annoncé dimanche que Anett Hiskia, 45 ans, « une mère israélo-arabe musulmane de trois enfants » se présenterait aux primaires.

Hiskia est un personnage intéressant en soi. Ses trois fils ont servi dans l’armée israélienne, dont un en tant que combattant cet été à Gaza. Elle s’oppose à un Etat palestinien et lui préfère un Etat juif fort et soucieux de ses minorités ethniques.

Ses vues ne sont pas aussi rares que certains pourraient le croire. Depuis plus d’une décennie, les sondages ont montré que le pourcentage d’Israéliens arabes qui sont fiers d’être israéliens, fiers de Tsahal et estimant qu’ils sont mieux lotis au sein de l’Etat hébreu atteint les deux chiffres.

Mais il est toujours surprenant de voir ces points de vue exprimés avec tant d’empressement par un parti appelé « HaBayit HaYehudi »

Le président du parti Naftali Bennett a declaré : « Je me réjouis qu’Anett se présente… Elle représente ces personnes attirées par le parti en raison de ses valeurs et de leur amour pour l’Etat d’Israël »

Plus un parti essaie d’être juif, plus il s’empresse d’embrasser des non-Juifs. Et quand les Arabes d’Israël mettent de côté leurs différences et s’unissent sous la bannière de leur identité arabe, il devient soudainement important d’avoir des Juifs à bord.

Pendant ce temps, de l’autre côté du spectre politique, les deputés de Raam-Taal et Balad sont à pied d’œuvre pour surmonter leurs propres divergences idéologiques et construire une liste publique « pan-arabe » qui pourrait obtenir ainsi une meilleure chance de passer le nouveau seuil électoral de 3,25 % .

Les négociations sont toujours en cours, mais le deputé Ahmed Tibi (Raam-Taal) demeure le favori dans les sondages des électeurs arabes pour conduire la nouvelle liste, y compris dans un récent sondage commandé par le journal en arabe de Nazareth Kulal-Arab où Tibi a été placé favori par près de la moitié des personnes interrogées. Alors, quand Tibi parle de la nouvelle liste, cela vaut la peine de l’écouter.

Dimanche, il a déclaré sur la chaîne parlementaire : «Les femmes, ainsi que les Juifs, et pas seulement un Dov Khenin [le seul deputé juif de Hadash], seront à des places éligibles » – c’est à dire assez haut sur la liste pour avoir une bonne chance d’entrer à la Knesset.

C’est un fait intéressant sur l’évolution des normes politiques que Tibi soit préoccupé par la présence de Juifs dans une nouvelle liste multi-partis dont la seule identité unificatrice est – pour ne pas tourner autour du pot – son arabité. Il n’y a pas de Juifs, après tout, sur les listes Raam-Taal ou Balad dans la Knesset sortante.

Selon certaines informations, l’annonce de Tibi ne se voulait pas seulement une opinion individuelle. Les parlementaires arabes avaient demandé et obtenu l’accord du Mouvement islamique, une force puissante dans Raam-Taal, pour placer des Juifs sur la nouvelle liste.

Nous y voilà : la politique ethnique d’Israël dans toute sa splendeur. Plus un parti essaie d’être juif, plus il s’empresse d’embrasser des non-Juifs. Et quand les Arabes d’Israël mettent de côté leurs différences et s’unissent sous la bannière de leur identité arabe, il devient soudainement important d’avoir des Juifs à bord.