19 avant-postes légalisés en Cisjordanie, dont 2 évacués en 2005
La décision a été adoptée à l'unanimité, les US ont été informés en amont ; l'Autorité palestinienne dénonce "l'annexion, l'apartheid et la judaïsation totale des terres palestiniennes"
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Jeudi, un vote du cabinet a accordé un statut officiel à 19 avant-postes illégaux en Cisjordanie, dont deux qui avaient été évacués il y a 20 ans dans le cadre du plan de désengagement, selon les médias et les groupes du mouvement pro-implantations.
D’après le site d’information Ynet et la Quatorzième chaîne, ce vote unanime portait sur une proposition des ministres de la Défense Israel Katz et des Finances Bezalel Smotrich, qui est également responsable de la direction des Implantations du ministère de la Défense. Ynet a fait savoir que Washington avait été informé à l’avance de cette décision.
Pour Muayyan Shaban, chef de la Commission de l’Autorité palestinienne contre le Mur et les Colonies, cette décision constitue une « escalade dangereuse ». Il a accusé Israël de chercher à « ancrer l’annexion, l’apartheid et la judaïsation totale des terres palestiniennes ».
« La décision prise par le ‘cabinet d’occupation israélien’ d’établir et de créer 19 nouvelles colonies à travers la Cisjordanie constitue la dernière étape d’une course dont l’objectif est d’anéantir la géographie palestinienne au profit du colonialisme », a déclaré Shaaban, qui occupe le poste de ministre au sein de l’Autorité palestinienne.
Cette décision fait suite à l’annonce, dimanche, par le ministère de l’Intérieur, de la légalisation définitive de huit autres avant-postes. Smotrich, lui-même résident d’implantation, a salué cette décision qui, a-t-il dit, « favorise la souveraineté de facto en Judée-Samarie » – le nom biblique de la Cisjordanie – et empêche la création d’un État palestinien dans cette région.
Les avant-postes légalisés par le cabinet jeudi soir sont ceux de Kida, Esh Kodesh, Givat Harel, Mishol, Kochav Hashachar-nord, Ganim, Kadim, Shalem, Har Bezek, Reihanit, Rosh Ha’ayin-est, Tammun, Pnei Kedem, Yatziv, Ya’ar El Keren, Allenby, Yitav-ouest et Nahal Doron, ont indiqué Ynet et la Quatorzième chaîne.
Selon une carte publiée par la Quatorzième chaîne, environ la moitié des avant-postes sont implantés au coeur du territoire de la Cisjordanie. Les autres sont répartis de manière plus ou moins uniforme le long de la Ligne verte, qui sépare la région d’Israël.
פרסום ראשון – דרמה בקבינט: סמוטריץ׳ אישר 19 ישובים חדשים ביו״ש.
בין הישובים- גנים וכדים שפונו בצפון השומרון לפני 20 שנה.
שאר הישובים – חלקם ותיקים וחלקם חדשים לגמרי, אלו הישובים שאושרו:
קידה
אש קודש
גבעת הראל
משעול
כוכב השחר צפון
גנים
כדים
שלם
הר בזק
ריחנית
ראש העין מזרח
טמון… pic.twitter.com/6uTCh5Bpjm— אליה אביב (@Eliya_aviv) December 11, 2025
Au moins l’un de ces avant-postes avait déjà été déclaré légal en février 2023. Il s’agit de Givat Harel, à proximité de Ramallah. La raison de cette double légalisation reste floue.
Certains avant-postes existent depuis relativement longtemps, a noté la chaîne. Givat Harel, par exemple, a été fondé en 1998 et Esh Kodesh, situé à proximité, en 2000, selon le groupe de veille des implantations Peace Now.
Des médias de droite ont par ailleurs affirmé, jusqu’en 2024, que des groupes de résidents d’implantations prévoyaient toujours de reconstruire les avant-postes de Kadim et Ganim, situés dans le nord de la Cisjordanie. Tous deux avaient été évacués en 2005, dans le cadre du plan de désengagement, qui avait principalement touché les colonies de la bande de Gaza.
Les partisans du mouvement pro-implantations ont félicité Smotrich pour sa décision de légaliser les 19 avant-postes – et en particulier les deux évacués en 2005.
« Nous adressons nos félicitations à Bezalel Smotrich, ministre des Finances et ministre au sein du ministère de la Défense, pour cette remarquable victoire que représente l’approbation de 19 nouvelles implantations », a déclaré le groupe de défense des implantations Nachala, exprimant « une joie particulière à l’idée de retourner à Ganim et Kadim, dans le nord de la Samarie… réparant ainsi une grande injustice ».
Yossi Dagan, le président du Conseil régional de Samarie, s’est également dit « reconnaissant envers le ministre Bezalel Smotrich d’avoir conduit le gouvernement à prendre cette décision, et enthousiaste, comme tout le peuple d’Israël et les habitants de Samarie, à l’idée de ce retour au pays, 20 ans plus tard ».
Dagan s’est engagé à poursuivre la construction de logements pour les Juifs jusqu’à ce qu’il y ait « un million de résidents d’implantations » en Cisjordanie – soit environ le double du nombre actuel -, selon le Conseil Yesha, un groupe qui chapeaute les implantations. Quelque 2,7 millions de Palestiniens vivent en Cisjordanie.
Pour la communauté internationale — à l’exception notable des États-Unis sous la présidence de Donald Trump —, les implantations israéliennes en Cisjordanie sont illégales au regard du droit international. Une position que conteste Israël, qui a conquis cette région lors de la guerre des Six Jours, en juin 1967, invoquant ses liens historiques avec ce territoire ainsi que la nécessité sécuritaire de le conserver.
Les implantations connaissent leur plus forte croissance jamais enregistrée, selon l’ONU
Avec la légalisation, jeudi, de 19 avant-postes, le gouvernement actuel a approuvé la construction ou légalisé rétroactivement près de 70 nouvelles implantations.
Avant le début, fin 2022, du mandat de l’administration au pouvoir, pratiquement aucune nouvelle implantation n’avait été approuvée et aucun avant-poste n’avait été légalisé depuis la fin des années 1990.
Smotrich a inclus dans le budget de l’État, approuvé par le cabinet la semaine dernière, un plan prévoyant 2,7 milliards de shekels à dépenser sur cinq ans pour l’expansion des implantations et la légalisation des avant-postes construits sans autorisation du gouvernement. Un plan qui est rejeté par la majorité des personnes qui ont été interrogées dans un sondage réalisé par Zman Yisrael, le site en hébreu du Times of Israel.
L’expansion des implantations israéliennes en Cisjordanie a actuellement atteint son rythme le plus élevé depuis au moins 2017, date à laquelle les Nations unies ont commencé à suivre ces données, ainsi que l’indique un rapport du secrétaire général de l’ONU consulté vendredi par l’AFP.
En 2025, « près de 47 390 logements ont été planifiés, approuvés ou soumis à appels d’offres, contre environ 26 170 en 2024 », peut-on lire dans le rapport.
Pour sa part, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a condamné cette expansion « incessante » qui, a-t-il affirmé, « continue d’alimenter les tensions, d’empêcher les Palestiniens d’accéder à leurs terres et de menacer la viabilité d’un État palestinien pleinement indépendant, démocratique, contigu et souverain ».
« Ces chiffres représentent une hausse importante par rapport aux années précédentes », a-t-il déclaré, soulignant qu’en moyenne 12 815 logements ont été ajoutés chaque année entre 2017 et 2022.
« Ces développements renforcent encore davantage l’occupation illégale israélienne. Ils violent le droit international et sapent le droit du peuple palestinien à l’autodétermination », a poursuivi Guterres.
Guterres a également condamné « l’escalade continue de la violence et des tensions en Cisjordanie occupée ». Les opérations antiterroristes menées par l’armée israélienne dans le nord de la Cisjordanie ont fait un « grand nombre » de morts, déplacé des habitants et détruit des maisons, ainsi que d’autres infrastructures, a-t-il souligné.
En Cisjordanie, la violence a explosé depuis que l’attaque lancée contre Israël par le Hamas a déclenché la guerre de Gaza, en octobre 2023.
Selon le ministère de la Santé de l’Autorité palestinienne, plus de 1 000 Palestiniens ont été tués en Cisjordanie par les forces israéliennes ou les résidents d’implantations depuis le début de la guerre. L’armée israélienne affirme que la grande majorité d’entre eux étaient des hommes armés tués lors d’échanges de tirs, des émeutiers qui ont affronté les soldats, ou des terroristes qui ont mené des attaques.
Au cours de la même période, 63 civils et membres des forces de sécurité israéliennes ont été tués dans des attentats terroristes en Israël et en Cisjordanie. Huit autres membres des forces de sécurité ont perdu la vie dans des affrontements, au cours de raids dans des villes palestiniennes de Cisjordanie.
Durant cette même période, le nombre d’attaques perpétrées par des partisans extrémistes du mouvement pro-implantations contre des Palestiniens et leurs biens en Cisjordanie a connu une forte augmentation. L’armée israélienne a ainsi enregistré plus de 752 incidents de crimes nationalistes et de violences commises par des résidents d’implantations depuis le début de l’année. Pour 2024, le total d’incidents recensés s’élevait à 675.
Les attaques des partisans du mouvement pro-implantations contre les Palestiniens ont atteint leur niveau le plus élevé en octobre, pendant la saison palestinienne de la récolte des olives, avec au moins 264 incidents dénombrés, selon les Nations unies.
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