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Affrontements entre la police et des manifestants haredim à Jérusalem et Bnei Brak

Les manifestations, longues et acharnées, portées par des factions extrémistes suite à l'arrestation d'étudiants de yeshiva, sont soutenues par les grands partis ultra-orthodoxes

La police utilisant un canon à eau pour disperser des manifestants ultra-orthodoxes qui protestent contre les ordres d'enrôlement militaire et l'arrestation d'étudiants de yeshiva qui ont enfreint ces ordres, lors d'un rassemblement, à Jérusalem le 7 août 2025. (Crédit : Menahem Kahana/AFP)
La police utilisant un canon à eau pour disperser des manifestants ultra-orthodoxes qui protestent contre les ordres d'enrôlement militaire et l'arrestation d'étudiants de yeshiva qui ont enfreint ces ordres, lors d'un rassemblement, à Jérusalem le 7 août 2025. (Crédit : Menahem Kahana/AFP)

Durant près de quatre heures, des milliers d’hommes haredim ont bloqué la circulation dans les environs de Tel Aviv et à Jérusalem, hier jeudi, répondant en cela à l’appel de leurs rabbins à s’opposer à l’appel sous les drapeaux d’étudiants ultra-orthodoxes de yeshiva, dont deux ont été arrêtés mercredi pour désertion.

Ces manifestations, organisées dans l’ensemble par la très extrémiste Jerusalem Faction suite à l’interpellation d’étudiants de yeshiva, ont reçu le soutien – et parfois la présence – de rabbins des plus grands partis haredim.

Les manifestants ont affronté des policiers qu’ils ont traités de « nazis ». Trois manifestants ont été arrêtés pour jets de pierres sur la police sur la route 4, non loin de la ville haredi de Bnei Brak, et deux autres, pour le même motif, sur la route Bar Lev, à Jérusalem, où un agent de la police des frontières a été blessé, explique le site d’information Walla.

Ce n’est que tardivement que les deux routes ont été rouvertes à la circulation jeudi soir. La police de Bar Lev Road a utilisé un canon à eau et des sprays pour disperser la manifestation. Un policier a frappé un manifestant qui a été transporté à l’hôpital après avoir, semble-t-il, perdu connaissance, comme en a été témoin un journaliste du Times of Israel.

Des centaines de manifestants, pour l’essentiel des jeunes hommes et des garçons, avaient un peu avant bloqué le carrefour central de Bar Ilan, à Jérusalem, où des agents de la police des frontières les avaient frappés à coups de matraque.

Un policier a asséné un coup de poing à un manifestant, dont il a fait tomber le chapeau au sol. Quatre agents de la police montée se trouvaient sur les lieux lorsque la police a dispersé la manifestation.

Lors de ces deux manifestations, les manifestants ont dansé et chanté « Nous ne ferons pas notre service, quitte à en mourir » et certains ont brûlé leur ordre de conscription.

D’autres ont brandi des pancartes revêtus de slogans contre le sionisme et l’État d’Israël. À Jérusalem, on a ainsi pu lire : « Libérez les otages », avec la photo de trois étudiants de yeshiva interpellés alors que ce slogan est utilisé lors des manifestations en faveur des otages du Hamas.

Ces manifestations sont le fruit d’appels à la désobéissance publique relayés les porte-paroles des trois grands partis haredim : le parti séfarade Shas et les deux factions qui composent le parti politique ashkénaze Yahadout HaTorah.

Les trois partis ont quitté le gouvernement le mois dernier, mécontents de son incapacité à légiférer au sujet de l’exemption de service militaire de la communauté haredi. Yahadout HaTorah a également rejoint l’opposition en laissant le gouvernement s’appuyer sur une majorité de 61 sièges sur les 120 que compte la Knesset.

Un garçon haredi brandit une pancarte sur laquelle on peut lire « Brigade hasmonéenne = Conversion forcée », allusion à l’unité de Tsahal conçue pour les ultra-orthodoxes, lors d’une manifestation contre le service militaire des hommes ultra-orthodoxes, à Jérusalem, le 7 août 2025. (Crédit : Charlie Summers/Times of Israel)

Une source proche du rabbin Dov Lando, chef spirituel de la faction lituanienne, ou non hassidique, Degel HaTorah, a déclaré qu’aucune décision ferme n’avait été prise concernant la stratégie de lutte, et que tout était « possible ».

Lando, qui a dit à plusieurs reprises aux étudiants de yeshiva d’ignorer les ordres de conscription, s’est rendu jeudi à la prison militaire de Beit Lid pour voir les frères Rafael et Baruch Yitzhakov, les étudiants de yeshiva arrêtés mercredi pour ne pas s’être présentés au bureau de conscription.

Sur une vidéo diffusée par son bureau, on voit Lando, qui est âgé de 94 ans, en train de pénétrer dans la salle des visites de la prison, escorté par ses assistants. Selon un communiqué de son bureau, toujours, il aurait dit aux frères détenus que toute la communauté haredi était derrière eux.

« Soyez forts et tenez bon », a déclaré Lando. « Toute la communauté haredi est derrière vous. Avec l’aide de Dieu, vous serez bientôt libérés et vous reprendrez l’étude de la Torah, vous redeviendrez des étudiants de yeshiva, comme avant. Dieu vous aidera. »

Le député Meir Porush – député membre du parti Yahadout Haudat Israël, une alliance de partis hassidiques – s’est, pour sa part, rendu au ministère de la Justice, à Jérusalem, dans l’après-midi, pour protester contre l’arrestation des deux frères.

Dans un communiqué, M. Porush a annoncé son intention de travailler désormais devant les locaux du ministère et de ne plus se nourrir durant neuf heures chaque jour.

Le député Meir Porush devant une banderole sur laquelle on peut lire « Bureau du député Meir Porush », lors d’une manifestation devant le ministère de la Justice à Jérusalem, le 7 août 2025. (Chaim Goldberg/Flash90)

« Je ne peux pas rester tranquillement dans mon bureau alors que l’armée rôde la nuit pour arrêter des étudiants de yeshiva », a déclaré Porush, qu’une enquête du Times of Israel, cette année, relie à une hotline téléphonique conseillant aux étudiants de yeshiva de ne pas donner suite à leur appel sous les drapeaux.

En juin 2024, la procureure générale, Gali Baharav-Miara, avait donné l’ordre à l’armée israélienne d’appeler sous les drapeaux un grand nombre d’étudiants ultra-orthodoxes de yeshiva, en application de la décision de la Cour Suprême jugeant qu’aucune base juridique ne permettait plus d’exempter à titre général, comme c’était le cas auparavant, la communauté ultra-orthodoxe.

Lundi dernier, le gouvernement a voté le limogeage de Baharav-Miara, ce à quoi la Cour Suprême a réagi en prenant un référé contre cette décision. Mardi, la procureure générale a déclaré devant la Cour que l’armée n’avait pas atteint ses objectifs en matière de conscription des étudiants ultra-orthodoxes de yeshiva.

La procureure générale Gali Baharav-Miara assistant à une réunion de la commission de la Constitution, du Droit et de la Justice de la Knesset, le 27 avril 2025. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

La brûlante et lancinante question de la conscription des haredim brûle de plus belle depuis le pogrom commis par le Hamas le 7 octobre 2023, qui a déclenché la guerre à Gaza et imposé à des dizaines de milliers de réservistes des périodes de réserve cumulée de plusieurs mois pour compenser le manque de soldats d’active dans les rangs de l’armée.

Quelque 80 000 hommes ultra-orthodoxes âgés de 18 à 24 ans seraient éligibles au service militaire mais pas enrôlés.

Le rabbin Yehuda Cohen, membre du Conseil des Sages du Shas, a été cité par Haaretz au sujet de la manifestation de Jérusalem : il aurait déclaré que les mesures prises pour enrôler les jeunes haredim expliquaient que la guerre à Gaza ne soit pas terminée : « Les pays qui étaient des amis d’Israël ont pris fait et cause pour ces terroristes meurtriers. Que cesse les manifestations de haine envers les érudits de la Torah, et la haine envers Israël cessera elle aussi. »

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