Avant un rassemblement en hommage à Rabin, son fils déplore la haine et les divisions
Le fils du Premier ministre assassiné a dit percevoir aujourd'hui le type d'incitations qui avaient entraîné la mort de son père, en amont d'un rassemblement commémorant le 30e anniversaire de ce meurtre
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Stav Levaton est correspondante militaire pour le Times of Israel.

Alors qu’Israël s’apprête à commémorer le 30e anniversaire de l’assassinat du Premier ministre Yitzhak Rabin, son fils Yuval – qui n’a que rarement pris la parole au cours de la dernière décennie – a indiqué au cours d’un entretien télévisé, vendredi, que les clivages qui fracturent actuellement le pays faisaient écho aux incitations qui avaient entraîné le meurtre de son père.
Le rassemblement en hommage à l’ancien Premier ministre – une telle commémoration n’avait pas eu lieu depuis cinq ans – se tiendra, samedi dans la soirée, aux abords du mémorial Rabin, qui est situé rue Ibn Gabirol, à Tel Aviv, à l’endroit même où il avait perdu la vie.
Les organisateurs ont expliqué que l’événement n’avait pas eu lieu ces dernières années en raison des travaux en cours sur la place Rabin et des défis sécuritaires et logistiques qui avaient été posés par la guerre.
Samedi, les préparatifs étaient en cours pour accueillir un nombre important d’Israéliens, avec des routes et des rues fermées et des écrans géants qui ont été installés le long de la rue et dans les environs, qui offriront des retransmissions en direct.
Parmi les intervenants qui prendront la parole sur la scène, le chef de l’opposition Yair Lapid, l’ancien chef d’état-major de l’armée israélienne et député Gadi Eisenkot, le président des Démocrates Yair Golan et l’ancienne ministre des Affaires étrangères Tzipi Livni.
Des artistes, notamment Dana International, Boaz Sharabi, Ester Rada et d’autres, prendront part également à cet événement. Parmi les participants, l’otage libéré Gadi Mozes, le leader communautaire Rabbi Benny Lau et l’experte en société arabe Nasreen Haddad Haj-Yahya.
La cérémonie débutera par la projection du dernier discours de Rabin. Une minute de silence sera marquée à 21 heures 42 très précisément – à l’heure exacte de son assassinat en 1995 – et l’événement s’achèvera par l’hymne national et la chanson « Shir LaShalom » (Chanson pour la paix), que Rabin avait chantée quelques minutes avant d’être tué.
Rabin, Premier ministre élu sous l’étiquette d’Avoda, avait été assassiné le 4 novembre 1995 par Yigal Amir, un extrémiste de droite, à l’issue d’un rassemblement pacifique qui, à Tel Aviv, avait été organisé pour rejeter la violence et afficher le soutien des Israéliens aux efforts de négociation avec les Palestiniens, des initiatives alors menées par le Premier ministre.
Dans une rare interview qui a été diffusée vendredi sur la chaîne d’information N12, Yuval Rabin, qui vit aujourd’hui en Europe centrale, a évoqué le climat politique en Israël et la montée de la haine et de la polarisation.
S’exprimant avec franchise sur sa vie passée dans l’ombre d’un père devenu un symbole national, Yuval Rabin a déclaré : « Je n’ai jamais voulu me mettre en avant ou être connu en tant que personnalité publique ».
Mais il a ajouté que, trois décennies après l’assassinat de son père, il ressentait l’obigation de briser le silence face à l’aggravation des fractures qui déchirent l’État juif.
Il a réservé certaines de ses critiques les plus virulentes aux responsables politiques qui, selon lui, ont alimenté ces divisions et normalisé les incitations à la haine.
Évoquant le Premier ministre Benjamin Netanyahu, Yuval Rabin a dit : « Cet homme est déconnecté, il n’écoute pas, il ne prête pas attention. Il ne pense qu’aux avantages qu’il peut tirer de la situation ».
Il a également noté que Netanyahu était un « collaborateur du Hamas. C’était sa stratégie ».
« Quel a été le rôle de l’État, du gouvernement que vous dirigez depuis au moins 2 500 ans ? Quel a été votre rôle dans cette affaire ? Des déclarations creuses, vides de sens. A combien de reprises avez-vous promis d’éradiquer le Hamas ? Pourquoi n’avez-vous pas éradiqué le Hamas ? », a-t-il interrogé, s’adressant apparemment au Premier ministre.
« La solution de facilité, pour tous ceux qui portent la responsabilité de ce qui se passe aujourd’hui, c’est de blâmer le Rabin d’il y a 30 ans », a-t-il déploré.
Se souvenant du moment où sa mère, Leah Rabin, avait hésité avant de finalement serrer la main de Netanyahu lors du service commémmorant son mari, il a indiqué que lui-même se refuserait à faire une telle chose aujourd’hui.
« Ce n’est même plus une affaire personnelle », a expliqué Yuval Rabin. « J’ai l’impression que je trahirais les centaines de milliers, voire les millions de personnes qui ont mené le combat ».
Un mois avant l’assassinat, Netanyahu avait pris la parole lors d’une manifestation à Jérusalem où les protestataires avaient brandi des affiches représentant Rabin vêtu d’un uniforme nazi. Ce rassemblement avait été considéré comme déterminant dans les incitations à la haine contre Rabin – des incitations qui devaient atteindre leur paroxysme avec l’assassinat.
Yuval Rabin a également été interrogé sur des propos tenus par Netanyahu, qui a expliqué que les accords d’Oslo avaient été « une erreur fatidique » qui avait préparé le terrain au pogrom du Hamas, le 7 octobre 2023.
« La vérité ? Quelle importance ? Vous voulez dire que mon père est coupable. Très bien. Et qu’est-ce que vous allez faire maintenant ? Qu’avez-vous fait en 17 ans à la tête du gouvernement pour empêcher cela ? Oslo était-il si terrible ? Eh bien, annulez tout ça », a-t-il répondu.
« Bien sûr, je ne pense pas que [mon père ait été] coupable, je ne pense pas qu’il y ait le moindre lien. Au contraire, la personne qui avait défini le Hamas comme un ennemi et qui l’avait combattu en secret, c’est mon père », a-t-il fait remarquer.
Concernant le fils de Netanyahu, Yair, qui a récemment fait la une des journaux pour sa nomination à un poste de haut rang au sein de l’Organisation sioniste mondiale, Yuval a été catégorique : « Cette créature, Yair Netanyahu, est à mes yeux un vase vide — entièrement financé, entièrement protégé et qui se croit tout permis ».
Yair Netanyahu a déjà suscité la controverse pour ses publications sur les réseaux sociaux, des posts ui ont pu accuser de manière mensongère Rabin d’avoir été responsable du meurtre de survivants de la Shoah – des déclarations que Yuval et d’autres avaient condamnées, estimant qu’elles étaient diffamatoires et incendiaires.
Yuval Rabin a également dénoncé la nomination de ministres d’extrême droite — tels que le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir — dont il a considéré les antécédents comme « dangereux ». Il a évoqué « une faille dramatique » dans le système de sécurité israélien.
Il a condamné « la haine, les incitations à la violence » en parlant de Ben Gvir, rappelant sa jeunesse – une jeunesse que les Israéliens ne doivent pas oublier, a-t-il continué.
Jeune activiste, Ben Gvir s’était rendu tristement célèbre en brandissant un emblème qu’il avait volé sur la voiture de Rabin, quelques semaines avant l’assassinat, et en lançant la mise en garde suivante : « Nous sommes arrivés jusqu’à sa voiture, nous arriverons aussi jusqu’à lui ».
Il est depuis devenu l’une des figures les plus en vue de la coalition intransigeante de Netanyahu.
Malgré les années de distance et de chagrin, Yuval Rabin a souligné son attachement à Israël.
« Rien ne changera jamais le fait que je suis Israélien… L’identité n’est pas quelque chose qu’on peut échanger — il n’y a pas de disque que l’on peut remplacer ou d’option ‘changer de langue’ comme sur Android », a-t-il expliqué.
Réfléchissant à l’avenir du pays, il a évoqué l’héritage de son père : « Mon père a été le seul à vraiment se demander : ‘Où est la solution ?’ — non pas quand le pistolet était braqué en direction de notre tête, non pas quand le couteau était pointé sous notre gorge, mais alors même qu’il était en position de force. »
Le rassemblement de cette année, qui a été organisé par le groupe « Retour sur la place » en coordination avec la municipalité de Tel Aviv et avec la police israélienne, servira à la fois d’hommage à Yitzhak Rabin et de rappel des valeurs qu’il défendait avec ferveur, ont déclaré les organisateurs.
« Il y a trente ans, au plus fort d’une effroyable campagne d’incitations à la haine, Yitzhak Rabin descendait les escaliers lorsqu’un assassin ignoble a tiré trois balles, tuant le Premier ministre et détruisant le processus de paix », ont commenté les organisateurs de l’événement dans un communiqué.
« Aujourd’hui, trente ans plus tard, et deux ans après le massacre du 7 octobre 2023, les incitations à la haine et les clivages sont à nouveau en hausse… La société israélienne se trouve à un point de rupture, et il est de notre responsabilité commune de mettre fin à cette détérioration », ont-ils continué.
la Communauté du Times of Israël !







