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Analyse

Comment l’Altalena, coulé en 1948, est devenu un enjeu électoral en Israël en 2026

Symbole de toujours de la lutte entre la gauche et la droite, la redécouverte de l’épave a été exploitée par les partis nationalistes cherchant à s’approprier le rôle de victime

Montage photos (de gauche à droite) : Le Premier ministre Benjamin Netanyahu ; le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir de part et d'autre d'une photo représentant le navire Altalena en feu. (Crédits : Chaïm Goldberg/FLASH90 ; Hans Pinn/Bureau de la presse gouvernementale ; Avshalom Sassoni/FLASH90)
Montage photos (de gauche à droite) : Le Premier ministre Benjamin Netanyahu ; le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir de part et d'autre d'une photo représentant le navire Altalena en feu. (Crédits : Chaïm Goldberg/FLASH90 ; Hans Pinn/Bureau de la presse gouvernementale ; Avshalom Sassoni/FLASH90)

JTA — La découverte cette semaine de l’Altalena, ce navire transportant des armes qui a coulé et qui a failli déclencher une guerre civile en Israël un mois seulement après la création de l’État en 1948, est devenue un sujet de confrontation politique pour les responsables politiques de droite qui cherchent à rallier des soutiens en vue des élections législatives du 27 octobre.

« Il n’y a pas de symbole plus mobilisateur à droite que l’Altalena », a déclaré Udi Lebel, éminent spécialiste de cette affaire à l’université Bar-Ilan, à la Jewish Telegraphic Agency.

Selon lui, la découverte du navire renforce ce qu’il considère comme les efforts déployés par le Premier ministre Benjamin Netanyahu, du Likud, et par le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir, chef du parti d’extrême-droite Otzma Yehudit, pour mener une campagne électorale axée sur l’identité et le statut de victime plutôt que sur les politiques publiques.

L’Altalena était arrivé de France en juin 1948 avec à son bord environ 900 immigrants juifs et une importante cargaison d’armes acquises par l’Irgoun, le groupe paramilitaire le plus militant de la période pré-étatique dirigé par Menahem Begin. Son rival, la Haganah, était la plus grande organisation militaire de l’Israël pré-étatique et constituait le pilier principal de l’armée israélienne nouvellement créée.

Begin souhaitait que 20 % des armes à bord de l’Altalena soient destinées aux forces de l’Irgoun à Jérusalem, tandis que le Premier ministre de l’époque, Ben Gurion, insistait pour que les forces armées et les armes relèvent de l’autorité de l’État nouvellement créé. Seize membres de l’Irgoun et trois soldats de Tsahal ont été tués lors des combats, au cours desquels un obus a touché le navire, le faisant prendre feu alors qu’il était amarré au large de Tel Aviv.

Jusqu’à cette bataille, l’Irgoun constituait une force distincte de l’armée nationale naissante. Le bombardement de l’Altalena a établi l’autorité de l’armée sur l’ensemble des forces militaires, garantissant ainsi que l’aile la plus à droite de l’effort de guerre serait subordonnée à la nouvelle direction.

Le navire Altalena en feu après avoir été bombardé près de Tel Aviv, le 22 juin 1948. Crédit : (Hans Pinn/Bureau de la presse gouvernementale)

Le navire calciné est resté à cet endroit pendant plus d’un an avant d’être remorqué plus au large et coulé intentionnellement. Son emplacement précis a ensuite été perdu, ce qui a donné lieu à des recherches répétées au fil des décennies. L’histoire de ce navire est ancrée dans la conscience nationale israélienne comme un avertissement sur la manière dont les dissensions internes peuvent dégénérer en guerre civile.

Dans un communiqué commun publié lundi, Ben Gvir et le ministre du Patrimoine, Amichaï Eliyahu, tous deux membres du parti Otzma Yehudit, ont annoncé que le navire avait été localisé à une profondeur d’environ 503 mètres, à près de vingt kilomètres au large.

La recherche, commanditée par le ministère du Patrimoine et menée par l’organisme gouvernemental de cartographie « Survey of Israel », s’est déroulée sans l’intervention de Tsahal. Elle a fait appel à un navire spécialement équipé de capteurs de pointe et de systèmes de cartographie sous-marine, ont précisé les ministres, ajoutant que l’épave avait été retrouvée en grande partie intacte.

Lebel a toutefois émis des doutes quant à la localisation de l’épave dans son intégralité, affirmant que le gouvernement n’avait pas encore fourni de preuves photographiques claires et citant des documents d’archives qui, selon lui, attestaient des efforts répétés menés sous Ben Gurion pour détruire et couler le navire. Il a également souligné qu’aucun expert naval américain n’avait été sollicité, alors que le navire était à l’origine un navire de débarquement de la marine américaine datant de la Seconde Guerre mondiale.

L’héritage de Begin

L’annonce de cette découverte, faite lundi, s’est rapidement inscrite dans le cadre de la campagne électorale, Netanyahu et Ben Gvir invoquant l’héritage de Begin pour lancer des appels concurrents aux électeurs de droite.

Ben Gvir a rendu publique cette découverte sans en avoir préalablement informé Netanyahu ni le ministre de la Défense, Israel Katz, ce qui a surpris les deux hommes, selon des médias israéliens – un détail qui a rapidement alimenté les spéculations sur les tensions entre les partenaires de la coalition. Netanyahu et Ben Gvir ont ensuite prononcé des discours séparés au musée Etzel de Tel Aviv, consacré à l’Irgoun, le Premier ministre évitant de faire une apparition conjointe avec son partenaire d’extrême-droite au sein de la coalition.

Ce n’était pas la première fois que Netanyahu gardait ses distances avec Ben Gvir à la veille d’une élection. En octobre 2022, moins de deux semaines avant le scrutin de cette année-là, Netanyahu avait attendu que Ben Gvir quitte la scène lors d’un événement festif plutôt que d’être photographié à ses côtés. Des informations de l’époque indiquaient que les deux hommes se rencontraient néanmoins régulièrement et coordonnaient leur campagne ainsi que leur stratégie médiatique.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’exprimant depuis la côte israélienne au sujet de la découverte du navire Altalena coulé en 1948, le 24 août 2026. (Crédit : Capture d’écran/Bureau de la presse gouvernementale)

Netanyahu a profité de son intervention de lundi pour mettre l’accent sur la décision de Begin de ne pas riposter après le bombardement du navire, affirmant que le dirigeant de l’Irgoun avait « mis fin au conflit » et empêché le jeune État de sombrer dans la guerre civile.

« C’est la leçon de l’Altalena », a-t-il déclaré, avant de faire le lien entre cet épisode et sa propre promesse de campagne de former un « large gouvernement national » après les prochaines élections du 27 octobre.

« Nous sommes frères. Rivaux politiques, certes, mais nous sommes frères. Nous formons une seule nation, un seul avenir, un seul destin », a-t-il ajouté.

Ben Gvir a décrit l’Altalena comme un symbole de la marginalisation historique de la droite israélienne, établissant un parallèle entre le traitement qui lui est réservé et celui réservé à Begin, l’un des rivaux politiques acharnés de Ben Gurion. La récupération du navire, a-t-il déclaré, referme « une plaie ouverte ».

« Begin connaissait le goût de la persécution, ce que c’était que de voir les gens refuser d’être photographiés avec vous sur la même scène », a-t-il ajouté.

Begin a ensuite fondé le Herut, précurseur du Likud, et a conduit ce dernier au pouvoir en 1977, mettant fin à près de trois décennies de règne du Parti travailliste. Les débuts de la carrière politique de Ben Gvir étaient liés au rabbin extrémiste Meïr Kahane, que Begin et son successeur, Yitzhak Shamir, avaient tous deux exclu de la droite traditionnelle.

Les alliés de Ben Gvir ont explicitement établi un lien entre ce camouflet lors de la séance photo et son affirmation répétée selon laquelle Netanyahu prévoit de former un gouvernement après les élections avec Gadi Eisenkot, chef du parti centriste Yashar et principal rival du Premier ministre dans les récents sondages. Ils affirment que c’est « exactement ce qu’ils avaient fait à Menachem Begin », selon le journal de droite Israel Hayom.

En Israël, cette confrontation a été largement interprétée comme s’inscrivant dans la lutte que se livrent Netanyahu et Ben Gvir pour conquérir le même électorat de droite. Yossi Verter, chroniqueur politique du journal Haaretz, a qualifié de « géniale » la manière dont Ben Gvir a géré la découverte de l’Altalena.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu présidant une réunion du Likud tenue au Centre du patrimoine Menachem Begin, à Jérusalem, le 14 mars 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le commentateur politique chevronné Ben Caspit a proposé une analyse similaire dans Maariv, écrivant que Ben Gvir s’était effectivement emparé de l’un des symboles historiques les plus puissants du Likud pour le retourner contre Netanyahu, « arrachant sous le nez du Premier ministre » l’héritage de Begin. Caspit a écrit que Ben Gvir savourait son apparition au musée, tandis que quiconque connaissant bien le Premier ministre pouvait voir « à quel point il souffrait » d’être présent à cet endroit.

Une ruse

Cependant, Gayil Talshir, politologue à l’Université hébraïque de Jérusalem, a rejeté en bloc cette interprétation, décrivant la rupture apparente entre Netanyahu et Ben Gvir comme une ruse politique coordonnée entre les deux hommes pour induire les électeurs en erreur et consolider le soutien en faveur d’un nouveau gouvernement de droite.

« Ce n’est pas un véritable conflit, et il n’y a pas de véritable brouille », a déclaré Talshir à la JTA.

Le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, tenant une conférence de presse au musée Etzel à Tel Aviv, après l’annonce de la découverte de l’épave de l’Altalena, intacte, à une profondeur de 503 mètres au large des côtes israéliennes. 24 août 2026. (Crédit : Avshalom Sassoni/FLASH90)

« Ils se concertent car ils partagent le même objectif : augmenter le taux de participation au sein de la droite. »

Talshir a expliqué que cette division apparente permettait à Netanyahu de se présenter aux électeurs indécis du Likud comme une figure plus modérée, qui, selon elle, sont « très troublés » par les divisions politiques du pays, tandis que Ben Gvir peut se présenter comme le partenaire de droite mis à l’écart.

« Netanyahu utilise la rhétorique d’un gouvernement national élargi pour faire croire aux électeurs de droite qu’il souhaite réparer les divisions au sein du pays », a-t-elle déclaré, soulignant qu’il évitait délibérément le mot « unité », qui suggérerait un engagement à gouverner avec les partis d’opposition.

Elle a ajouté qu’il n’y avait « aucune chance au monde, quels que soient les résultats électoraux, que Netanyahu préfère un gouvernement comprenant ne serait-ce qu’un seul représentant de l’opposition actuelle à une coalition d’extrême-droite comme celle qu’il a eue et qu’il a toujours ».

Prime Minister Benjamin Netanyahu and Defense Minister Ehud Barak on Wednesday, November 14, the first day of Operation Pillar of Defense (photo credit: Kobi Gideon/GPO/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le ministre de la Défense de l’époque, Ehud Barak, le 14 novembre 2012, premier jour de l’Opération « Pilier de défense » à Gaza. (Crédit : Kobi Gideon/Bureau de la presse gouvernementale/Flash90)

L’une des raisons invoquées était le procès pénal en cours contre Netanyahu, qui, selon elle, rendait peu probable le fait qu’il choisisse des partenaires de coalition pour lesquels l’État de droit est un principe fondamental.

Michael Oren, ancien ambassadeur d’Israël aux États-Unis ayant servi sous Netanyahu, a rejeté l’idée selon laquelle le conflit autour d’Altalena était une manœuvre coordonnée. Il a également contesté le point de vue de Talshir sur les préférences de Netanyahu en matière de coalition, affirmant que le Premier ministre avait historiquement privilégié des gouvernements plus larges, lui permettant d’occuper le centre politique. Oren a cité en exemple le gouvernement de 2009, qui comprenait le Parti travailliste de l’ancien Premier ministre Ehud Barak et prônait un État palestinien démilitarisé, et a affirmé que ce type de coalition idéologiquement diversifiée convenait parfaitement à Netanyahu.

« Le cauchemar de ces quatre dernières années, c’est qu’il a été le plus à gauche au sein de sa coalition », a déclaré Oren.

« Il aimerait beaucoup écarter [le ministre des Finances Smotrich] et Ben Gvir » de son gouvernement.

Oren a indiqué que, dans l’idéal, Netanyahu pourrait chercher à former ce qu’il a qualifié de « gouvernement sioniste », excluant à la fois les partis arabes et les partis ultra-orthodoxes.

La difficulté, a-t-il expliqué, réside dans le fait que les partis d’opposition ont exprimé leur refus de rejoindre un gouvernement dirigé par Netanyahu, ce qui soulève la question du rôle qu’il pourrait jouer au sein d’une telle coalition.

« Il doit être Premier ministre, car c’est une question de survie pour lui », a déclaré Oren, notamment au vu de son procès pour corruption en cours.

« S’il n’est pas Premier ministre, il devra comparaître devant le tribunal en tant que simple citoyen. C’est une situation potentiellement dangereuse pour lui. »

À LIRE – États d’Israël vs. Netanyahu : détails de l’acte d’accusation du Premier ministre

Lebel a déclaré que l’affaire de l’Altalena était utilisée pour raviver, chez les électeurs de droite, le sentiment d’être à nouveau délégitimés et persécutés.

Il a également qualifié de « manipulation politique » le fait que Netanyahu invoque la promesse de Begin d’empêcher une guerre civile, arguant que Begin avait fait cette déclaration lors d’une véritable confrontation fratricide au cours de laquelle son mouvement était considéré comme illégitime, une réalité qui, selon lui, n’a que peu de similitudes avec les divisions politiques actuelles en Israël.

« Begin a fait cette promesse au cours d’un conflit où il existait réellement un autre camp qui ne voulait pas le voir, lui ou ses partisans, au pouvoir et qui considérait tout ce qu’il représentait comme illégitime », a-t-il déclaré.

« Aujourd’hui, Netanyahu n’est pas confronté à un autre camp qui refuserait de l’accepter, car il fait lui-même partie de l’élite et contrôle l’ensemble de l’administration publique. »

Vue depuis la côte de l’Altalena, en juin 1948. (Crédit : Domaine public)

Talshir a fait valoir que la référence de Netanyahu à l’Altalena ignorait également le principe au cœur du conflit d’origine. Netanyahu, a déclaré Talshir, a confié à Ben Gvir le contrôle de la police et lui a donné des pouvoirs qui ont sapé ce principe.

« Netanyahu peut continuer à affirmer jusqu’à demain qu’il s’oppose à la guerre civile. Mais dans les faits, c’est lui qui a créé Ben Gvir sur le plan politique et lui a donné le pouvoir de mettre en place des milices qui lui sont personnellement fidèles et qui remettent fréquemment en cause la chaîne de commandement professionnelle de la police », a-t-elle déclaré.

« La manière dont Netanyahu présente l’Altalena n’est qu’un élément de plus d’une campagne mensongère qu’il tente de vendre au public, en particulier aux électeurs du Likud », a-t-elle ajouté.

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