De Yom HaZikaron à Yom HaAtsmaout, une transition décisive cette année entre deuil et angoisse
Face aux menaces extérieures et internes, Israël devra trancher si Benjamin Netanyahu peut vaincre ses ennemis et préserver le pays dont il a besoin
- Lire d'autres articles du Times of Israël sur Google – ajoutez-nous à vos sources préférées
David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

La transition annuelle de Yom HaZikaron à Yom HaAtsmaout est toujours d’une grande complexité émotionnelle : en l’espace de quelques instants, Israël passe d’une journée de deuil national consacrée à ceux qui ont perdu la vie pour sa défense à la célébration de la vie ici, en sécurité et en liberté, rendue justement possible par eux.
Cette année, toutefois, la transition est moins tranchée, dans la mesure où il s’agit moins d’un passage d’une profonde tristesse à une joie illimitée que d’un glissement de l’angoisse vers une joie et une fierté nationale désormais teintées d’inquiétude quant à la direction prise par notre pays.
La sécurité est relative. La liberté est attaquée.
Nous faisons face à deux réalités qui menacent notre existence même, et qui affectent également les Juifs à travers le monde.
La première est sécuritaire. Comme tout au long de notre histoire moderne, les ennemis d’Israël cherchent à le détruire. Mais avec la République Islamique d’Iran et ses mandataires, ils se sont récemment rapprochés plus que jamais de la capacité d’y parvenir d’un seul coup, dans un climat international souvent indifférent, s’il n’est pas carrément complaisant.
La seconde est interne. Notre société est profondément fracturée et moralement fragilisée sous la direction d’un dirigeant qui a fait entrer des suprémacistes juifs et des racistes violents au cœur du gouvernement, encouragé l’ensemble de la communauté ultra-orthodoxe à se soustraire à ses responsabilités nationales, et s’est montré incapable d’assumer sa propre part de responsabilité après l’attaque ennemie la plus meurtrière depuis la création de l’État.
Les ennemis extérieurs
La menace posée par Téhéran, sur laquelle le Premier ministre Benjamin Netanyahu insiste régulièrement, n’est pas exagérée. Le régime nourrit une intention réelle de détruire Israël. Comme l’ont affirmé Netanyahu et le président américain Donald Trump, s’il venait à se doter de l’arme nucléaire, rien ne permettrait de douter de sa volonté de s’en servir.
Si le chef du groupe terroriste palestinien du Hamas, Yahya Sinwar, avait accordé suffisamment de confiance aux dirigeants de la République islamique d’Iran pour leur révéler la date exacte à laquelle il comptait envoyer des milliers de terroristes franchir la frontière depuis Gaza afin de massacrer les habitants de notre sud, laissé sans défense de manière inexcusable, il aurait permis au régime iranien de mobiliser l’ensemble de ses capacités, ses missiles, et mandataires et autres alliés, et se joindre à l’attaque dès le départ.
Il est impossible de savoir, dans un tel scénario, si le pogrom du 7 octobre 2023 aurait pu être stoppé, ni à quel moment, ni ce qu’il serait resté d’Israël une fois l’attaque terminée.
Si la guerre lancée le 28 février par les États-Unis et Israël contre l’Iran devait s’interrompre durablement alors que le régime conserve son stock d’uranium hautement enrichi, qu’il dispose encore d’une voie vers l’arme nucléaire et qu’il reste capable de constituer un arsenal de milliers de missiles balistiques, alors le danger existentiel n’aurait été que temporairement réduit.
Quoi qu’en disent aujourd’hui Trump et Netanyahu, l’objectif de la guerre était de renverser le régime. Or, ce défi a été sous-estimé, et le danger que représente la République islamique pour Israël et pour quiconque se met en travers de son chemin – y compris son propre peuple – perdurera tant qu’elle restera au pouvoir.
Le Hamas, lui aussi, a été considérablement affaibli, mais n’est pas anéanti. Il conserve le contrôle sur une grande partie de la population de Gaza, se reconstitue discrètement, et son objectif principal, la destruction d’Israël, reste intact. Un gouvernement israélien affranchi de l’influence d’une faction dominante déterminée à réoccuper Gaza aurait peut-être été mieux à même de mettre en place une gouvernance alternative et stable, mais rien ne le garantit.
Le groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah, soutenu par l’Iran, quant à lui, bien que fortement affaibli par Israël en 2024, s’est relevé de ses cendres pour frapper le nord. Si la volonté apparente du gouvernement libanais actuel de réduire l’influence du Hezbollah peut être porteuse d’espoir, il ne dispose pas des moyens nécessaires pour y parvenir.
À l’heure actuelle, ces deux groupes terroristes armés continuent de représenter de réelles menaces pour Israël, des ennemis que Tsahal a cherché à détruire, mais qu’elle n’a réussi qu’à contenir.
La corrosion de l’intérieur
En Israël, Netanyahu et ses ministres s’emploient à démanteler l’État de droit. Ils diabolisent le pouvoir judiciaire et évoquent ouvertement la possibilité de ne pas se conformer aux décisions de la Cour suprême. Ce faisant, ils cherchent à affaiblir le principal rempart contre les abus du pouvoir politique dans un pays dépourvu de constitution. Ils s’emploient également à faire adopter une législation visant à restreindre la liberté de la presse.
Par ailleurs, l’attaque au marteau perpétrée dimanche contre une statue de Jésus dans le sud du Liban par un soldat de l’armée israélienne illustre tristement la corrosion qui ronge Tsahal et sa dérive vers une sorte de théocratie suprémaciste, encouragée par Bezalel Smotrich, ministre des Finances et ministre au sein du ministère de la Défense.
Tsahal ne prend aucune mesure significative contre les soldats portant des insignes de mercenaires indiquant qu’ils se placent au service du Messie et incitent à la violence ainsi qu’à l’expansion territoriale. La Police des frontières, force paramilitaire, a emprisonné la semaine dernière quatre secouristes de combat pour le « crime » d’avoir préparé un barbecue le jour de Shabbat. Mais le constat le plus accablant reste que les troupes de Tsahal n’ont pas réussi à enrayer le terrorisme juif croissant, souvent meurtrier, visant des Palestiniens en Cisjordanie, et auraient même, selon certaines allégations, fermé les yeux, voire participé à ces actes.
Dans un domaine où se rejoignent menaces extérieures et dérives internes, le Premier ministre a mené une campagne soutenue contre la présidence Biden et rapproché Israël de Trump, alors même que le Parti démocrate, de plus en plus hostile à Israël, prend déjà ses distances, et que le Parti républicain est loin d’apporter un soutien unanime. Et ce, malgré le fait évident que le mandat de Trump est limité et que l’avenir stratégique d’Israël dépend d’un soutien bipartite solide de la part de la seule superpuissance mondiale.
Culte de la personnalité
L’événement principal marquant le passage discordant de Yom HaZikaron au Yom HaAtsmaout, la cérémonie annuelle d’allumage de la torche qui se tient près de la tombe du visionnaire du sionisme Theodor Herzl, était jusqu’à récemment conçu comme une manifestation largement apolitique, présidée par le président de la Knesset. Jusqu’au 70e anniversaire d’Israël, en 2018, le Premier ministre n’y assistait généralement même pas. Mais cette année-là, malgré les protestations, Netanyahu a insisté pour prendre la parole lors de l’événement, et cette pratique est depuis devenue la norme, sans susciter de réaction notable.
Mardi, Netanyahu et son épouse Sara ont occupé une place centrale lors de la cérémonie retransmise en direct à l’échelle nationale. Ils ont été présentés dès le début de l’émission, aux côtés du président de la Knesset et de son compagnon ; les caméras les ont suivis tandis qu’ils traversaient la scène pour rejoindre leurs sièges, et ils sont apparus à plusieurs reprises à l’écran au fil de la soirée, tout comme des membres du public criant leur soutien à « Bibi ».
Netanyahu ne s’est pas exprimé depuis un simple pupitre sur scène, mais à travers une production vidéo soignée, relevant d’un registre de culte de la personnalité, accompagnée d’une bande-son appuyée et d’images le montrant aux côtés de forces terrestres, de pilotes, au chevet de malades, ainsi que lui et son épouse en compagnie de Trump, dans laquelle il a vanté les réalisations d’Israël sous sa direction, attribuant le mérite à « l’héroïsme de nos guerriers, à la résilience de vous, citoyens d’Israël, et aux décisions courageuses que nous avons prises ».
Il a exulté en affirmant que les menaces nucléaires et balistiques de l’Iran ont été écartées, sans toutefois aller jusqu’à dire qu’elles avaient été éliminées. Il s’est vanté que le Hamas a été « maîtrisé », employant une formulation hébraïque inhabituelle, reconnaissant implicitement que les Israéliens savent que le régime terroriste de Gaza reste en place. Il a salué le retour de tous les otages, « jusqu’au dernier », sans rappeler que des dizaines d’entre eux ont été assassinés en captivité.
Ce qui frappait, même si cela relève désormais de l’habitude dans un discours visant à renforcer l’idée qu’il est seul capable de diriger Israël, c’est son incapacité totale à reconnaître la moindre défaillance.
Netanyahu a baptisé l’opération « Guerre de la renaissance » afin de présenter sous un jour trompeur la guerre lancée par Israël pour tenter d’anéantir le Hamas après le pogrom du 7 octobre 2023. Ce terme orwellien a été adopté l’an dernier par son gouvernement comme appellation officielle du conflit, et il l’a utilisé à deux reprises dans son discours pour saluer les succès d’Israël.
À chaque génération, des ennemis se sont dressés pour tenter de détruire le peuple juif, a-t-il également déclaré, mais dans ce qu’il a appelé la « génération de la renaissance », Israël se dresse désormais « contre nos ennemis ». Il n’a fait aucune mention explicite du pogrom du Hamas survenu sous son mandat, cet événement terrible et atroce qu’il n’a pas su empêcher et qui a conduit à cette « guerre de la renaissance ».
Depuis deux ans et demi, Netanyahu s’est montré incapable de dire simplement : « Je suis désolé. Je vous ai laissé tomber, j’ai failli à ma mission. » Il cherche au contraire à convaincre la nation qu’il n’en est rien.
Selon le narratif qu’il s’emploie à imposer, il aurait lancé une « guerre de renaissance » contre les ennemis d’Israël, les empêchant ainsi de concrétiser leur volonté ancienne de nous anéantir. Il veut que les Israéliens croient que le pire massacre de Juifs de l’histoire moderne d’Israël n’a pas eu lieu, n’aurait pas pu avoir lieu, puisqu’il l’aurait empêché.
Même cette tentative de relecture sémantique soulève une question à laquelle il ne peut répondre. Netanyahu n’était pas un dirigeant novice en 2023. Il est Premier ministre depuis 2009, à l’exception d’une année et demie. Une « guerre de la renaissance » contre quoi ?
Une partie de la nation est toutefois tellement aveuglée par sa rhétorique, ou tellement marquée par plus de trente ans d’hostilité attisée contre une opposition qualifiée de « dangereuse », ou encore tellement réticente à l’idée de faire confiance à quiconque autre que Netanyahu après toutes ces années, qu’elle adhère à son récit, ou veut y croire. (« Le Parti disait de rejeter le témoignage des yeux et des oreilles », écrivait George Orwell dans 1984. « C’était le commandement final et le plus essentiel. »)
Une partie, mais peut-être pas la majorité.
Et c’est pourquoi, en ce Yom HaAtsmaout, alors que le souvenir de ceux que nous avons perdus reste si présent dans la conscience nationale, nous nous tournons vers l’avenir avec appréhension. Au cours des six prochains mois, les Israéliens seront appelés aux urnes pour décider si le prétendant à une forme de pouvoir quasi monarchique, Netanyahu, notre choix démocratique pendant l’essentiel d’une génération, est le mieux placé pour dissuader et vaincre les ennemis extérieurs déterminés à nous détruire. Et si ses politiques, ses alliances politiques et ses objectifs personnels préservent l’indépendance d’Israël, dans tous les sens essentiels du terme, ou produisent exactement l’effet inverse.
... alors c’est le moment d'agir ! Le Times of Israël vous fournit chaque jour les informations qui vous intéressent. Qu'il s'agisse de la politique, de la high-tech en Israël, de l'enseignement de la Shoah, des Juifs de Diaspora ou bien encore de l'archéologie, de la culture et de l'environnement en Israël : nous tâchons toujours de couvrir un large spectre des sujets qui vous concernent, alors si vous le pouvez, aidez-nous à continuer à vous offrir ce contenu de qualité indispensable, surtout depuis le 7-Octobre.
la Communauté du Times of Israël !







