Déçus par JD Vance, des juifs Républicains se rallient derrière Marco Rubio pour 2028
Déçus par les positions du vice-président, les soutiens juifs du camp MAGA se tournent vers le Secrétaire d'État, jugé plus ferme sur la défense d'Israël face à l'Iran
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JTA — Ce n’est un secret pour personne que le vice-président JD Vance a perdu la confiance de nombreux Juifs Républicains, lesquels lui reprochent ses nombreuses réprimandes envers les dirigeants israéliens, sa grande indulgence à l’égard des théories complotistes anti-Israël et son silence assourdissant envers Tucker Carlson, l’influent polémiste qui s’est retourné contre Israël.
Pour autant, Vance reste le successeur le plus probable du président américain Donald Trump comme tête de liste du parti, en 2028, ce qui fait douter les juifs Républicains de la nature de leur vote à la fin du second mandat de Trump.
Nombre d’entre eux trouvent une réponse ailleurs au sein de l’administration Trump.
« La grande majorité des électeurs, donateurs et décideurs politiques juifs américains du mouvement MAGA, soutiennent avec enthousiasme la candidature présidentielle de Marco Rubio », a déclaré cette semaine à la JTA Shabbos Kestenbaum, dont l’activisme contre l’antisémitisme sur les campus a fait de lui un des héros des conservateurs juifs.
« J’ai moi aussi hâte de voter pour lui. »
Kestenbaum apportait là des précisions sur ses propres propos, tenus lors d’une interview accordée à l’occasion d’un gala de la Republican Jewish Coalition (RJC) en mai dernier.
« Je peux vous dire avec certitude que dans les cercles conservateurs juifs américains, c’est Marco Rubio à 99 contre 1 », avait-il déclaré à l’époque.
« En fait, c’est probablement sous-estimé — c’est probablement plus proche de 100 contre 0. Je ne vois personne au sein du mouvement MAGA juif américain qui ne voudrait pas de Marco Rubio comme candidat. »
Secrétaire d’État et conseiller à la sécurité nationale de Trump, sénateur américain de Floride pendant 14 ans, Rubio s’est attiré les soutiens d’un certain nombre de Républicains juifs grâce à son appui indéfectible à Israël et à son opposition farouche à l’Iran.
Il a manifesté sa volonté de lever les restrictions que l’administration Biden avait imposées aux groupes de résidents d’implantations israéliens violents en Cisjordanie et a promis cette semaine de démanteler la Cour pénale internationale, laquelle a émis un mandat d’arrêt contre plusieurs dirigeants israéliens, à commencer par le Premier ministre Benjamin Netanyahu.
La RJC a salué la promesse de Rubio concernant la CPI lundi, en écrivant sur X : « Leadership. Merci, @SecRubio. »
Certains, dont l’activiste juive d’extrême droite Laura Loomer, ont eux aussi souligné la position de fermeté de Rubio à l’égard des manifestants pro-palestiniens ; il s’est réjoui l’année dernière de la révocation de centaines de visas d’étudiants en lien avec ces manifestations.
« Nous mettons enfin les voyous pro-Hamas DEHORS », a écrit Loomer sur X en ajoutant que Rubio était « un LEADER » qui « n’a pas peur de s’en prendre aux immigrés islamiques qui n’ont rien à faire ici ».
Dans un autre message, Loomer a révélé ses ambitions pour Rubio : « Il sera président un jour. Retenez bien ce que je vous dis. »
Les excellentes relations de Rubio avec la communauté pro-Israël sont en fait bien antérieures à ses fonctions actuelles ; son principal bienfaiteur, lors de la campagne à la législature de Floride, était en effet Norman Braman, un grand donateur des causes juives.
Le soutien de Rubio à Israël est typique des politiciens cubano-américains qui voient ce pays comme un rempart contre le communisme. Son plus proche allié à la législature de Floride était d’ailleurs Adam Hasner, qui est juif.
Certains critiques d’Israël, qui ont propagé des théories complotistes sur les Juifs et l’État juif, accusent désormais Rubio de servir davantage les intérêts israéliens qu’américains, et affirment que c’est Israël qui tente de faire passer sa candidature.
Au-delà de ses gages pro-Israël, des commentateurs conservateurs juifs apprécient Rubio pour ses discours enflammés sur l’avenir des États-Unis, comme il l’a fait dernièrement lors d’un discours à la Conférence sur la sécurité de Munich, que le rédacteur en chef de Commentary, Seth Mandel, a qualifié de « profond ».
Eric Levine, membre du conseil d’administration de la RJC et important collecteur de fonds pour le Parti Républicain, explique qu’il existe un « soutien écrasant » en faveur de Rubio, tant chez les Républicains juifs que non juifs.
« Mon premier choix en 2016 était Marco Rubio », a déclaré Levine, qui s’est exprimé à titre personnel et non au nom de la RJC, ajoutant qu’il avait été l’un des premiers collecteurs de fonds pour la campagne présidentielle de Rubio en 2016.
« Marco a toujours été un défenseur extraordinairement fort et efficace de la relation américano-israélienne », a dit Levine. « Plus important encore, c’est un très bon communicant au sujet de la place de l’Amérique dans le monde. »
Vance a vu ses soutiens s’effriter, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des milieux juifs. Certains des principaux conseillers de Trump feraient pression pour que Rubio, et non le vice-président, soit candidat en 2028.
Selon Axios, le méga-donateur du Parti Républicain Ken Griffin aurait déclaré la semaine dernière qu’il soutiendrait Rubio et non Vance lors de la primaire présidentielle de 2028. Même les marchés de paris en direct indiquent que la cote de Rubio est à la hausse.
Trump lui-même a évoqué un ticket Vance-Rubio, sans préciser lequel des deux devrait selon lui être président.
Le président a demandé à une assemblée de donateurs à Mar-a-Lago, fin février dernier, au moment où il faisait cause commune avec Israël pour faire la guerre contre l’Iran, quel candidat ils préféraient, et Rubio a remporté l’adhésion de la salle, avait rapporté NBC News à l’époque.
(Kestenbaum a dit avoir entendu parler de ce vote par des donateurs présents. « Pour être parfaitement honnête, c’est la Floride, un public captif — mais Marco l’a emporté haut la main », a déclaré Kestenbaum.)
La RJC a jusqu’à présent refusé de se lancer dans la course de 2028. Le PDG Matt Brooks a déclaré à la Jewish Telegraphic Agency, lors du gala America 250 de la RJC, que la primaire présidentielle était à des « années-lumière » et que l’accent était mis sur le maintien de la majorité Républicaine à la Chambre et au Sénat en novembre prochain.
Mais le groupe, et les Républicains juifs dans leur ensemble, sont engagés dans une bataille au sujet de la position du parti vis-à-vis d’Israël et sur la manière de gérer des personnes telles que Carlson, Nick Fuentes ou encore Candace Owens, lesquels propagent tous des théories complotistes antisémites.
Trump s’est attiré des éloges de la part de la RJC lorsqu’il a désavoué Carlson. Vance, en revanche, n’a rien dit malgré les appels des conservateurs juifs à condamner l’ex-animateur de Fox News.
« J’aimerais que le vice-président Vance change d’avis sur tout cela ; j’espère qu’il le fera », a déclaré le commentateur Ben Shapiro dans une interview au New Yorker cette année, lorsqu’on lui a demandé qui, au sein des cercles conservateurs, « chasserait le genre de personnages que Tucker Carlson et compagnie encouragent ».
Shapiro a ajouté qu’il soutiendrait « probablement » Rubio face à Vance lors d’une primaire.
Le Département d’État n’a pas répondu à la demande de commentaire de Rubio sur Carlson et sur la question de savoir s’il estimait qu’il y avait ou non de plus en plus d’antisémitisme à droite.
D’autres candidats potentiels à la présidentielle de 2028 — au premier rang desquels le sénateur du Texas Ted Cruz — se sont montrés très virulents au sujet du risque que représente l’antisémitisme de droite.
Brooks, interrogé sur Vance, a déclaré à la JTA que la voix de Trump était « celle qui comptait en ce moment ».
« À mesure que nous avancerons après les élections de mi-mandat et que nous verrons si les gens se présentent ou non, je suis sûr qu’ils seront interrogés sur toutes ces choses », a ajouté Brooks.
Levine s’est prononcé sur Vance, déclarant à Politico cette semaine qu’il était « difficile de lui trouver le moindre soutien au sein de la communauté juive ». Il a refusé de s’entretenir avec la JTA au sujet de Vance.
Dans les mois qui ont suivi l’intensification des appels à condamner Carlson, le rôle de Vance dans la négociation d’un accord avec l’Iran n’a fait qu’aliéner davantage les Républicains pro-israéliens.
Il s’est en effet attiré les critiques des Juifs Républicains — tant de la base que d’un membre siégeant au Congrès — lorsqu’il a averti les critiques israéliens de l’accord avec l’Iran, depuis caduc, de ne pas s’opposer à Trump en déclarant : « Si j’étais dans le gouvernement israélien, je n’attaquerais peut-être pas le seul allié puissant qu’il me reste dans ce monde. »
Le Représentant de Floride Randy Fine, figure de proue de la droite juive, a qualifié les propos de Vance de « totalement inappropriés et franchement répugnants ». Il n’a pas répondu à la question envoyée par message au sujet de Rubio.
Valerie Greenfeld, membre de la RJC et ancienne collaboratrice parlementaire au Sénat qui vit désormais à Jérusalem, a déclaré dans une interview qu’ « il était incroyablement arrogant de sa part de dire une chose pareille, car nous sommes des partenaires ».
Elle a ajouté que Rubio était actuellement le choix le plus populaire pour la présidence en 2028 parmi son cercle d’électeurs américains en Israël. En revanche, a-t-elle dit, « plus JD Vance parle d’Israël et de l’antisémitisme et s’associe à Tucker Carlson et à ses semblables, plus c’est préjudiciable pour lui au niveau des votes juifs ».
Les électeurs juifs américains penchent massivement en faveur des candidats Démocrates ; de 63 % à 71 % d’entre eux ont soutenu Kamala Harris en 2024.
Mais alors qu’un nombre croissant de Démocrates juifs affirment se sentir indésirables au sein de leur parti en raison des tensions autour d’Israël et du lobby pro-israélien, il se dit qu’un candidat Républicain pourrait récupérer des voix face à un Démocrate plus féroce envers Israël que ses prédécesseurs.
Le professeur de droit de l’université George Mason, David Bernstein, a écrit sur X qu’il y aurait « un changement significatif dans le comportement des Juifs » si Rubio remportait la primaire.
« Le changement de vote sera relativement modeste, mais l’énergie et l’argent se déplaceront de manière spectaculaire. » a-t-il dit avant d’ajouter : « Si c’est Vance, non. »
Les critiques pro-israéliennes à l’encontre de Vance se sont accentuées en réaction aux termes de l’accord conclu avec l’Iran, le mois dernier, lequel accorde un grand nombre de concessions à la République islamique.
Shapiro a déclaré à Fox News que Vance, en tant que négociateur, n’avait « pas bien servi les intérêts du président ». Trump a repris la guerre avec l’Iran cette semaine et déclaré que l’accord appartenait désormais au passé.
Rubio, pour sa part, est sorti de cet accord avec l’approbation des milieux pro-Israël, lesquels ont interprété son silence comme une réprobation des concessions qui avaient été consenties.
Rubio a notamment négocié un accord-cadre parallèle entre Israël et le Liban qui neutralise un élément clé – et contestable – de l’accord négocié par Vance, lequel codifiait le rôle de l’Iran au Liban.
« Rubio n’a pas l’air content », a écrit Eylon Levy, ex-porte-parole du gouvernement israélien, à côté d’une vidéo montrant le Secrétaire d’État, stoïque, pendant que Trump annonçait l’accord.
La commentatrice Lisa Daftari a écrit : « Aujourd’hui, nous sommes tous Marco Rubio. »
Et à gauche comme à droite, les critiques d’Israël se sont empressées de dénoncer les soutiens envers le Secrétaire d’État.
Cenk Uygur, l’animateur controversé de The Young Turks et récemment interdit d’entrée au Royaume-Uni, a écrit que « la moitié des responsables » de l’administration de Trump « travaillaient pour Israël », Rubio y compris.
À la tête de l’Anti-Zionist America Political Action Committee, Michael Rectenwald a fustigé le projet de Rubio de démanteler la CPI et déclaré : « Les États-Unis sont la pute d »Israël’ ».
Clint Russell, animateur du podcast Liberty Lockdown, a accusé Israël d’avoir lancé une campagne de propagande et de payer des influenceurs pour « couler Vance et propulser Marco Rubio pour 2028 ». Russell n’a pas fourni de preuves mais est resté ferme dans ses accusations.
« Ils le plébiscitent depuis des mois. Fermement », a-t-il écrit. « C’est leur homme. »
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