Démission du président de PEN America, la dernière polémique antisioniste dans le monde littéraire
Dinaw Mengestu quitte le groupe de défense de la liberté d'expression suite à un article soulignant les préjugés à l'encontre des auteurs juifs ou israéliens post-7-Octobre et exprimant une opposition aux boycotts culturels
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New York — La semaine dernière, l’organisation de défense de la liberté d’expression PEN America a publié un article décrivant « l’isolement culturel » dont sont victimes les auteurs juifs et israéliens.
Une auteure a déclaré qu’on lui avait demandé de supprimer toute référence au judaïsme de son roman d’amour ; un auteur de livres pour enfants, qui avait écrit l’histoire d’un enfant insufflant la vie à une matza, a été accusé de « soutenir le génocide » ; tandis que d’autres écrivains ont été la cible de campagnes de « bombardement de critiques » et de harcèlement en ligne coordonnées. Une agente littéraire spécialisée dans les auteurs israéliens a déclaré qu’elle n’avait pas vendu un seul livre d’un auteur israélien depuis le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas, le 7 octobre 2023. L’article ne comportait ni appel à l’action, ni prescription politique, ni soutien aux politiques israéliennes.
Le président de PEN America, le romancier Dinaw Mengestu, a démissionné pour protester contre l’article de sa propre organisation, car cet article s’opposait aux boycotts culturels. Selon lui, c’est l’opposition au principe de boycott, et non au mouvement anti-Israël Boycott, désinvestissement et sanctions (BDS), qui serait discriminatoire.
Dans un communiqué, il a fustigé PEN America pour son « incapacité persistante à défendre la liberté d’expression de manière équitable ». Il a affirmé que l’organisation portait atteinte à la liberté d’expression des anti-Israël en accusant les Israéliens et les Juifs.
Les objectifs déclarés de PEN America sont de « défendre la liberté d’écrire » et de « protéger la liberté d’expression ». La démission de Mengestu a fait polémique, car s’opposer aux boycotts d’un groupe national et à la discrimination à l’encontre des écrivains semble clairement relever du mandat de l’organisation.
Cette démission et ses répercussions ont mis en évidence plusieurs dynamiques liées à l’activisme antisioniste au sein des milieux progressistes, notamment les préjugés supposés dans le monde littéraire, les polémiques autour de la liberté d’expression, ainsi que le terrain miné que représente la reconnaissance du statut de victime des Juifs et des Israéliens.
Ces tendances interdépendantes sont revenues à plusieurs reprises au cours des près de trois années qui ont suivi l’assaut barbare et sanglant du 7-Octobre.
Bouleversements dans le monde littéraire
L’article de PEN America, intitulé « A Silent Moratorium » (« Un moratoire silencieux »), faisait suite à une série de reportages consacrés à l’antisionisme et aux préjugés présumés au sein du secteur de l’édition ces dernières années.
Une liste visant à mettre à l’index des auteurs « sionistes » a été publiée en ligne en 2024 ; des auteurs juifs ont été mis au ban de la société ; des centaines d’auteurs se sont engagés à boycotter les institutions culturelles israéliennes ; et une librairie de Brooklyn a annulé le lancement d’un livre de l’auteur juif de gauche Joshua Leifer, au motif que l’animateur de l’événement était un « sioniste ».
Ces remous ont également secoué PEN America, qui avait annulé sa cérémonie de remise des prix de 2024 en raison de protestations liées à sa couverture de la guerre contre le Hamas à Gaza. Certains écrivains avaient accusé l’organisation de « propagande sioniste » et de « donner la parole aux sionistes ». La présidente Suzanne Nossel avait démissionné en 2024, au milieu de ces protestations.
Le groupe militant « Writers Against the War in Gaza » (« Écrivains contre la guerre à Gaza » ) avait salué la démission de Nossel, la qualifiant de « marionnette sioniste et impérialiste ».
« Le sionisme ne sera pas toléré dans nos milieux littéraires », avait déclaré le groupe anti-Israël.
PEN America n’est en aucun cas « pro-Israël » : l’an dernier, l’organisation a publié un long rapport intitulé « All That is Lost » (« Tout ce qui est perdu ») sur la « destruction culturelle de Gaza ». L’article de la semaine dernière citait des « experts » qui qualifiaient la guerre à Gaza de « génocide ».
C’est dans cette tourmente que Mengestu est devenu président du groupe PEN America en décembre, s’engageant à « réparer et reconstruire ».
À peine sept mois plus tard, il a démissionné à la suite de la publication par PEN d’un article décrivant « l’hostilité flagrante, la discrimination et la haine auxquelles sont confrontés certains auteurs juifs et israéliens, ainsi que l’impact sur leur liberté d’expression ».
Des divergences sur la liberté d’expression
Dans une section consacrée aux boycotts, l’article de la semaine dernière indiquait : « Les écrivains doivent pouvoir s’exprimer et écrire librement. »
Dans un communiqué distinct, PEN a déclaré être opposé aux boycotts, mais défendre le droit d’autrui à y recourir.
« Nous ne voyons aucune contradiction entre le fait de nous opposer nous-mêmes aux boycotts et celui de défendre le droit d’autrui à y recourir », a déclaré l’organisation.
Mais Mengestu n’était pas d’accord et a déclaré au New York Times que cette approche était « contraire à l’éthique ».
« Ce que PEN America ne comprend pas, c’est qu’un boycott est une forme de dialogue », a-t-il expliqué dans une déclaration complémentaire en réponse à un article paru dans The Atlantic.
« Je ne boycotte pas PEN America. Comme beaucoup d’autres écrivains qui m’ont contacté, je m’en détourne définitivement. »
Mengestu n’est pas le seul à adopter cette approche « tout ou rien » : il s’agit d’une tendance générale au sein du mouvement antisioniste.
Les militants engagés ne peuvent pas condamner à la fois le gouvernement israélien et la « résistance [nom que se donnent les groupes terroristes islamistes] », soutenir la solution à deux États et reconnaître à la fois la souffrance des « sionistes » et celle des Palestiniens. Le conflit n’est pas considéré comme tel, mais comme l’oppression d’une partie – Israël – sur l’autre ; par conséquent, le droit des Juifs à l’autodétermination est nul et non avenu. Sur les campus, les militants anti-Israël ont régulièrement présenté tout discours lié à Israël comme une menace ou une atteinte.
Dans le monde littéraire, un autre exemple s’est produit en 2024, lorsque la prestigieuse revue Guernica a publié un essai rédigé par une militante israélienne pour la paix, ce qui a entraîné des démissions massives du personnel de la revue, une rétractation et la démission du rédacteur en chef. Un rédacteur avait déclaré que cet article faisait du magazine « un pilier du colonialisme blanc eugéniste ».
Si le libéralisme classique porte en lui la promesse de valeurs universelles appliquées de manière égale, quelle que soit l’identité, même si cette promesse n’est pas toujours tenue, l’extrême-gauche antisioniste rejette ce cadre dans son approche absolutiste.
Le libéralisme et l’antisionisme peuvent entrer en conflit lorsqu’ils coexistent au sein d’un même groupe, comme chez PEN America, où certains membres du personnel ont cherché à reconnaître la victimisation des Israéliens et des Juifs, tandis que d’autres, dont l’ancienne présidente, l’ont rejetée.
Une sympathie interdite
L’article de PEN a également franchi une autre ligne rouge en semblant prendre parti pour les Israéliens ou les « sionistes ».
L’interdiction de reconnaître la souffrance du côté « sioniste » est apparue clairement dès le 7-Octobre, lorsque des militants dans différentes villes des États-Unis ont arraché des affiches montrant des otages israéliens détenus à Gaza.
Dans d’autres cas, Amnesty International a eu du mal à publier, pendant près de deux ans, un rapport sur les atrocités commises le 7-Octobre, en raison d’une opposition interne. Lorsque le New York Times a publié une enquête sur les violences sexuelles commises par des Gazaouis à l’encontre d’Israéliens, des membres de la rédaction ont protesté.
Une récente étude en psychologie sur les clichés antisémites a montré que ces préjugés s’accompagnent presque toujours de justifications qui les rendent socialement plus acceptables. L’étude a révélé que les Américains de gauche sont plus enclins à adhérer à ces préjugés antisémites lorsqu’ils s’accompagnent d’une rhétorique anti-juive.
La négation de la souffrance des Israéliens et des Juifs s’accompagne également de justifications, comme l’argument de Mengestu selon lequel les boycotts constitueraient une forme de dialogue. Ceux qui ont arraché les affiches représentant des otages ont qualifié ces tracts de « propagande » ou affirmé qu’ils avaient été générés par l’intelligence artificielle (IA).
Le groupe Writers Against the War in Gaza a salué la démission de Mengestu et a réaffirmé son approche exclusionniste.
« La normalisation du sionisme ne sera plus jamais tolérée par la communauté littéraire », a déclaré le groupe anti-Israël samedi.
« Il ne peut y avoir de liberté d’écriture sans une Palestine libre. »
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