« Tout le monde me hait maintenant », aurait confié Herzog à un proche de Netanyahu
Le président aurait dit à Jacob Bardugo ne pas pouvoir gracier le Premier ministre, celui-ci n'ayant pas reconnu sa culpabilité ; le journaliste de droite reproche au président sa "lâcheté"
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Lazar Berman est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Selon une information qui a été divulguée vendredi, le président Isaac Herzog aurait fait savoir au confident du Premier ministre Benjamin Netanyahu, à l’occasion d’une réunion secrète qui s’est tenue en mars, qu’il ne pouvait pas gracier le chef de gouvernement, ce dernier n’ayant pas présenté de demande en bonne et due forme.
D’après certaines sources, le journaliste de droite Jacob Bardugo, au cours d’une réunion nocturne qui s’est déroulée dans l’appartement d’un ami commun à Shoham et qui a duré deux heures et demie dans une ambiance tendue, aurait taxé Herzog de « lâche » au motif qu’il n’avait pas accordé sa grâce au Premier ministre.
Cette réunion – dont l’existence n’a pas été officiellement révélée – a eu lieu pendant la guerre américano-israélienne contre l’Iran, peu avant que Herzog n’appelle au dialogue entre les parties au sujet d’un éventuel accord. C’est la chaîne N12 qui a été la première, jeudi, à faire état de cette rencontre.
Cette situation a fait suite aux vives critiques qui ont été formulées par Bardugo à l’encontre de Herzog sur la Quatorzième chaîne, partisane de Netanyahu, au motif que le président n’avait pas gracié le Premier ministre, lequel refuse de reconnaître sa culpabilité dans les faits pour lesquels il est jugé, alors que la jurisprudence de la Haute Cour stipule qu’il doit reconnaître sa culpabilité pour pouvoir prétendre à une grâce.
Herzog se serait plaint auprès de Bardugo d’être la cible de critiques émanant des deux bords du spectre politique au sujet de la grâce à accorder à Netanyahu.
« Vous ne comprenez pas à quel point tout le monde me hait maintenant, et c’est en partie à cause de vous », a déclaré Herzog, cité par N12, évoquant les attaques incessantes que Bardugo a lancées contre le président dans les médias, au cours desquelles il a notamment traité Herzog de lâche et exigé sa démission, faute d’avoir encore gracié Netanyahu.
« La gauche pense que je vais accorder ma grâce dans tous les cas. Elle me traite comme un suspect avant même de savoir ce que je vais faire. Quant à vous, vous montez sans cesse la droite contre moi », a lancé Herzog.
« Comment pourrais-je gracier Netanyahu alors qu’il n’a même pas déposé de demande ? Le document qu’il nous a remis n’est pas une demande de grâce et n’a aucune chance d’être accepté », a ajouté le président, en référence à la demande de grâce soumise en novembre par les avocats de Netanyahu, dans laquelle le Premier ministre ne reconnaît pas sa culpabilité concernant les trois chefs d’accusation pour lesquels il est actuellement jugé.
D’après N12, Bardugo a répondu à Herzog en insistant à nouveau sur la nécessité de gracier Netanyahu, arguant que cela contribuerait à unir un pays divisé.
« Cessez d’être lâche, cessez d’avoir peur », a rétorqué Bardugo.
« Imaginez ce que vous ressentirez quand vous voudrez saluer [le président américain Donald] Trump à son arrivée en Israël, et qu’il refusera même de vous serrer la main et de vous dire bonjour. Est-ce que vous vous sentirez heureux ? »
La rencontre a eu lieu en mars. À cette époque, Israël pensait encore que Trump viendrait dans le pays le mois suivant, à l’occasion de Yom HaAtsmaout, afin de recevoir le Prix d’Israël. Un voyage qui n’a finalement pas eu lieu, en grande partie à cause de la guerre avec l’Iran.
À l’issue de la rencontre, Herzog a informé Bardugo de son intention de plaider activement en faveur d’un accord dans le procès de Netanyahu. Il a également suggéré d’inviter les parties concernées à la résidence présidentielle, afin de parvenir plus rapidement à une résolution.
Le mois dernier, le conseiller juridique de Herzog a convié la procureure générale Gali Baharav-Miara et l’avocat de Netanyahu, Amit Hadad, à la résidence présidentielle. L’objectif : entamer des discussions en vue de parvenir à des « accords » concernant le procès pénal du Premier ministre.
La semaine dernière, Baharav-Miara a accepté de participer à ces discussions. Malgré une date limite fixée au 3 mai pour accepter l’invitation, les avocats de Netanyahu n’ont pour leur part toujours pas répondu. La chaîne N12 a évoqué des désaccords au sein de l’entourage du Premier ministre quant à l’opportunité de s’engager dans ces pourparlers.
Le cabinet de Herzog a répondu au reportage diffusé vendredi à la télévision, indiquant : « Le président poursuivra toutes les démarches en son pouvoir pour apaiser les tensions au sein de la société israélienne. Il s’adressera à toutes les régions du pays, déterminé à préserver l’État d’Israël en tant qu’État juif et démocratique. »
« Le président, dans ce cadre, s’entretient régulièrement de manière informelle avec des journalistes et avec les rédacteurs en chef de divers médias », a ajouté la présidence, réaffirmant que cette rencontre n’était « qu’une conversation informelle d’ordre général » au cours de laquelle « aucun accord, aucune promesse ni aucune discussion concrète concernant une grâce n’ont eu lieu ».
Herzog n’a pas encore gracié Netanyahu, malgré les pressions considérables de Trump, qui s’en est pris personnellement à Herzog à plusieurs reprises, le traitant de « faible et pathétique » et exigeant qu’il accède immédiatement à la demande de grâce du Premier ministre.
Les partisans de Netanyahu se sont fait l’écho de cette demande. Ils insistent sur l’innocence du Premier ministre et soutiennent que le procès divise le pays.
Les adversaires de Netanyahu, pour leur part, ont exhorté le président à ne pas grâcier le Premier ministre tant que ce dernier n’aura pas reconnu sa culpabilité et démissionné de la vie politique.
Le Premier ministre a officiellement demandé la grâce présidentielle en novembre, faisant valoir que le procès déchirait le pays et le détournait de ses fonctions. Mais il n’a pas reconnu sa culpabilité. Une situation qui soulève la question de savoir s’il peut bénéficier d’une grâce, alors que son procès est toujours en cours.
Netanyahu est le premier Premier ministre israélien en exercice à être jugé. Il a toujours nié toutes les accusations portées contre lui et il a affirmé que les affaires pour lesquelles il est poursuivi, notamment des allégations selon lesquelles il aurait échangé des faveurs politiques contre des avantages et une couverture médiatique favorable, n’étaient qu’une chasse aux sorcières et une tentative de coup d’État politique orchestrée par ses opposants.
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