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Jérusalem-Est : Onze familles palestiniennes expulsées après un jugement du tribunal

C'est une loi de 1970 autorisant les Juifs à récupérer leurs biens perdus avant la création d’Israël qui a entraîné cette vague d'expulsions de familles de Silwan, où elles vivaient depuis des décennies

Les autorités israéliennes sortant des biens d'une maison palestinienne lors de l'expulsion de 11 familles, à Silwan, le 25 mars 2026. (Crédit : La Paix Maintenant)
Les autorités israéliennes sortant des biens d'une maison palestinienne lors de l'expulsion de 11 familles, à Silwan, le 25 mars 2026. (Crédit : La Paix Maintenant)

Onze familles palestiniennes ont été expulsées de leurs habitations situées dans le quartier de Batan al-Hawa, à Silwan (Jérusalem-Est), mercredi, à la suite d’une décision de la Cour suprême qui avait été rendue l’année dernière et qui avait établi que ces maisons appartenaient à des Juifs avant 1948.

La décision avait stipulé que, dans la mesure où des Juifs étaient propriétaires de ces maisons avant que la Jordanie n’occupe la partie orientale de la ville sainte en 1948 – année de la guerre d’indépendance d’Israël – leur propriété devait être transférée à Ateret Cohanim, une fondation de la droite de l’échiquier politique qui œuvre au renforcement de la présence juive à Jérusalem-Est et qui avait déposé une requête pour obtenir ces biens.

Des familles palestiniennes avaient fait appel de ce jugement mais ces derniers avaient finalement été rejetés à la fin de l’année dernière. Les juges avaient alors ordonné à 157 habitants du quartier de quitter leurs habitations.

Yosef Basbous, dont la famille a figuré parmi celles qui ont été expulsées dans la journée de mercredi, a indiqué dans une déclaration : « Notre famille a été expulsée en 1948 et dispersée dans des camps de réfugiés en Cisjordanie. Je suis arrivé à Silwan avec mes parents il y a plus de 60 ans. J’ai construit cette maison pierre par pierre, brique par brique, clou par clou ».

« La police affirme qu’elle applique les décisions de justice conformément à la loi », a-t-il ajouté. « Mais quelle sorte de loi peut ainsi ordonner de m’expulser, moi qui suis ici depuis plus de 60 ans ? »

Le groupe de veille des implantations La Paix Maintenant a qualifié ces expulsions de « nettoyage ethnique ».

« Le gouvernement et un système juridique discriminatoire expulsent toute une communauté palestinienne et la remplacent » par des nationalistes juifs, a affirmé le groupe de gauche. « Cela se passe à Jérusalem en 2026, et c’est une souillure qui ne s’effacera pas de l’Histoire d’Israël ».

Ces ordonnances d’expulsion visent les habitants d’un quartier situé au sommet d’une colline au sud de la Vieille Ville de Jérusalem, et elles s’appuient sur une loi de 1970 qui permet aux Juifs ayant perdu des biens avant la création d’Israël de les récupérer.

Les tribunaux israéliens n’ont pas nié que les Palestiniens de Silwan avaient des droits sur leurs maisons. Dans certains cas, ils ont même jugé que ces dernières avaient été achetées en toute légalité par les familles palestiniennes.

Les magistrats ont toutefois décidé que l’acte de propriété détenu par le Benvenisti Trust, une fondation juive, datant de la fin du 19e siècle, avait préséance et qu’il justifiait les expulsions.

Ateret Cohanim avait obtenu la gestion de cette fondation au début des années 2000.

Les autorités israéliennes se sont appuyées sur des documents de l’époque ottomane qui indiquaient que des Juifs d’origine yéménite vivaient autrefois sur ces terres et qu’ils les avaient quittées lors des révoltes palestiniennes, survenues entre 1929 et 1936.

L’ONG de gauche BTselem a estimé que ces expulsions « marquent le début d’une vaste vague de déplacements qui touche environ 2 200 personnes à Silwan, qui sont actuellement confrontées à un risque imminent de déplacement forcé… avec notamment 90 familles, soit 700 personnes, à Batan al-Hawa. »

Les autorités israéliennes ont expulsé de nombreuses familles palestiniennes du secteur au cours de ces dernières années, et d’autres familles attendent l’exécution des ordonnances d’expulsion.

Les logements qui ont été libérés sont souvent démolis ou cédés à des nationalistes juifs de droite, qui marquent fréquemment leur présence à l’aide d’étoiles de David en métal bleu, ce qui rend les nouveaux occupants très visibles à Jérusalem-Est.

À Silwan, des centaines de militants juifs vivent parmi environ 50 000 Palestiniens.

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