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La France convoque l’ambassadeur des États-Unis suite à ses critiques envers Macron et l’antisémitisme

Paris, qui se dit "totalement mobilisé" contre la montée de l'antisémitisme depuis le 7 octobre, accuse Charles Kushner d'ingérence dans les affaires françaises pour avoir dénoncé son "manque d'action" en la matière

L'ambassadeur des États-Unis en France, Charles Kushner, quitte le palais de l'Élysée, à Paris, en France, après une rencontre avec le président français, le 18 juillet 2025. (Ludovic MARIN / AFP)
L'ambassadeur des États-Unis en France, Charles Kushner, quitte le palais de l'Élysée, à Paris, en France, après une rencontre avec le président français, le 18 juillet 2025. (Ludovic MARIN / AFP)

La France a convoqué Charles Kushner, l’ambassadeur américain à Paris, suite à sa lettre au président français Emmanuel Macron estimant que le pays ne prend pas suffisamment de mesures contre l’antisémitisme.

Le ministère français des Affaires étrangères a publié dimanche un communiqué annonçant la convocation de Kushner, lundi, au ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, précisant que les propos du diplomate étaient « inacceptables ».

La Maison-Blanche et le Département d’État américain n’ont pas encore répondu aux messages leur proposant de commenter l’affaire.

La convocation d’un ambassadeur est une manière formelle et officielle de manifester son mécontentement.

Kushner est à la base promoteur immobilier et père de Jared Kushner, gendre du président Donald Trump.

Dans son communiqué, le ministère français des Affaires étrangères explique que « la France récuse avec énergie les accusations » de Kushner et que les autorités françaises sont « totalement mobilisées » dans la lutte contre le regain d’actes actes antisémites enregistrés depuis l’attaque du Hamas en Israël, le 7 octobre 2023, actes jugés « intolérables ».

Dans sa lettre, Kushner a rappelé à Macron que lundi était « le 81e anniversaire de la libération de Paris par les alliés, qui a mis fin à la déportation des Juifs du sol français » sous l’occupation nazie.

Un employé municipal nettoie le « Mur des Justes » au mémorial de la Shoah, à Paris, vandalisé, le 14 mai 2024. (Crédit : Antonin Utz/AFP)

Il a notamment écrit : « Je vous écris parce que je suis profondément préoccupé par la montée dramatique de l’antisémitisme en France et l’absence d’actions suffisantes de la part de votre gouvernement pour y faire face… En France, il ne se passe pas un jour sans que des Juifs soient agressés dans la rue, que des synagogues ou des écoles soient dégradées, ou encore que des entreprises appartenant à des Juifs soient vandalisées ».

Rappelant selon lui que « l’antisémitisme a longtemps marqué la vie française », l’ambassadeur a fait valoir que la haine des Juifs avait « explosé depuis le pogrom barbare commis par le Hamas le 7 octobre 2023 », qui a déclenché l’actuelle guerre à Gaza.

Le ministère français des Affaires étrangères a fait savoir que les accusations de Kushner n’étaient pas conformes au droit international et notamment pas à l’obligation de ne pas interférer dans les affaires intérieures d’un autre pays, « pas plus qu’elles n’étaient à la hauteur de la qualité du partenariat transatlantique entre la France et les États-Unis et de la confiance qui doit prévaloir entre alliés ».

Cette affaire fait suite au rejet par Macron, la semaine dernière, des accusations du Premier ministre Benjamin Netanyahu selon lesquelles l’intention de la France de reconnaître un État palestinien ne faisait qu’attiser l’antisémitisme. L’Élysée n’avait pas tardé à répondre à Netanyahu en qualifiant les mises en cause du Premier ministre israélien d’« abjectes » et « erronées ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite), serrant la main du président français Emmanuel Macron lors d’une conférence de presse conjointe, à Jérusalem, le 24 octobre 2023. (Crédit : Christophe Ena/AFP)

Tout comme Netanyahu, Kushner dénonce les critiques faites par Macron à l’égard d’Israël au sujet de la guerre à Gaza ainsi que son projet de reconnaissance d’un État de Palestine. De tels actes, affirme-t-il, « ne font qu’enhardir les extrémistes, attiser la violence et mettre en danger la vie des Juifs de France ».

« Dans le monde d’aujourd’hui, l’antisionisme est un antisémitisme – purement et simplement », ajoute l’ambassadeur. « Les sondages montrent que la plupart des citoyens français pensent qu’une nouvelle Shoah pourrait se produire en Europe. Et près de la moitié des jeunes Français déclarent n’avoir jamais entendu parler de la Shoah. »

« Qu’apprend-on aux enfants des écoles françaises pour qu’une telle ignorance persiste ? », peut-on lire dans la lettre.

Un suspect de terrorisme (à gauche) filmé par une caméra de surveillance aux abords de la synagogue Beth Yaacov, dans la station balnéaire française de La Grande Motte ; la devanture de la synagogue en flammes (à droite) le 24 août 2024. (X captures d’écran, utilisées conformément à l’article 27a de la loi sur les droits d’auteur)

La France compte la plus importante population juive d’Europe occidentale, avec près de 500 000 Juifs, soit 1 % environ de la population nationale.

Les tensions diplomatiques autour de la lettre de Kushner surgissent au moment où les relations franco-américaines sont déjà éprouvées par la guerre commerciale menée par Trump et un désaccord sur l’avenir des soldats de la paix de l’ONU au Liban. La France s’est en effet opposée au souhait des États-Unis de mettre fin à l’opération de maintien de la paix connue sous le nom de FINUL : la question fera l’objet d’un vote en fin de mois au sein du Conseil de sécurité de l’ONU.

France et États-Unis ont par ailleurs été divisés sur la question du soutien à apporter à l’Ukraine dans sa guerre contre la Russie, mais ces dissensions se sont atténuées depuis que Trump s’est déclaré favorable à des garanties de sécurité lors d’une rencontre plutôt chaleureuse avec Macron et d’autres dirigeants européens à la Maison Blanche, la semaine dernière.

À la fin de son premier mandat de président, Trump avait gracié Charles Kushner, qui avait, des années plus tôt, plaidé coupable d’évasion fiscale et dons illégaux de campagne. Son fils Jared a été un proche conseiller de Trump à la Maison Blanche : il est marié à la fille aînée de Trump, Ivanka.

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