La victoire de Burnham annonce-t-elle la chute de Starmer ? 5 acteurs et leur position sur Israël
L'élection d'Andy Burnham, en lequel certains voient l'avenir du Labour, pousse des successeurs potentiels à viser le poste de Premier ministre. Mais sont-ils bons pour les Juifs ?
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LONDRES — On l’a qualifiée d’élection partielle la plus cruciale qu’ait connue la Grande-Bretagne ce dernier siècle. Aux premières heures aujourd’hui, les électeurs de la circonscription de Makerfield, dans le nord-ouest de l’Angleterre, ont choisi comme député Andy Burnham.
Il se pourrait bien qu’ils aient en même temps choisi leur prochain Premier ministre. En effet, Burnham, qui est maire du Grand Manchester, a clairement fait savoir que s’il remportait les élections à Makerfield, il revendiquerait la direction du Parti travailliste de Keir Starmer, actuellement au pouvoir.
Moins de deux ans après avoir mené les travaillistes à une victoire écrasante lors des élections générales, le Premier ministre — qui est très impopulaire dans les sondages et a subi une défaite humiliante le mois dernier lors des élections locales et des parlements écossais et gallois — se bat pour son avenir politique.
Starmer est en effet sur la sellette depuis plusieurs démissions ministérielles, le mois dernier, et l’appel d’une centaine de ses députés à sa démission. Selon certaines informations, Burnham souhaiterait une sorte de « couronnement », c’est-à-dire que le Premier ministre accepte de lui passer les rênes du pouvoir, les députés travaillistes se ralliant derrière lui. Mais les choses pourraient s’avérer bien plus complexes, car Starmer est manifestement bien décidé à ne pas se laisser déborder en interne et l’élection pour la direction du parti pourrait bien voir d’autres candidats entrer sur le ring.
Quels sont les principaux acteurs de ce psychodrame qui secoue le gouvernement britannique ? Et quelles sont leurs positions sur Israël et les questions qui préoccupent la communauté juive ?
Andy Burnham : le « Roi du Nord »
Burnham, qui fut ministre lors du dernier gouvernement travailliste, a quitté le parlement en 2017 pour devenir maire de la région du Grand Manchester. Il s’est montré habile dans ses fonctions, au point de devenir immensément populaire et de se faire réélire en 2024 avec 63 % des voix.
Au moment où la fortune politique des travaillistes décline, depuis leur arrivée au pouvoir en 2024, celui qui se qualifie lui-même de « Roi du Nord » meurt d’envie de revenir à Westminster. Les sondages voient en lui l’homme politique le plus populaire de tout le pays, les députés travaillistes voient en son possible passage à Downing Street le moyen de sauver les chances du parti aux prochaines élections générales — prévues d’ici 2029 — et de conserver leur siège.
Mais savent-ils à quoi s’attendre ? Étoile montante sous le New Labour, l’affable et charismatique Burnham était perçu comme un allié indéfectible de l’ancien Premier ministre Tony Blair, fermement ancré dans l’aile centriste du parti. Cependant, lorsque les travaillistes ont perdu le pouvoir en 2010, Burnham a amorcé un virage à gauche. En dépit de sa tentative manquée pour prendre la direction du parti en 2010, Burnham était le favori lorsque le parti a entrepris de se choisir un nouveau chef après sa seconde défaite en 2015.
Ses espoirs ont été anéantis lorsque, par un magistral coup de théâtre, un outsider de la gauche radicale, Jeremy Corbyn, a remporté l’élection. Burnham a ensuite servi loyalement dans le Cabinet fantôme de Corbyn, refusant de démissionner en 2016 lorsque la plupart de ses collègues ont quitté l’équipe dirigeante lors d’une tentative de putsch manquée.
À Manchester, Burnham s’est positionné à la gauche de Starmer — bien que son parcours politique ait pris un nouveau tournant ces dernières semaines pour tenter de rallier des soutiens dans la circonscription ouvrière de Makerfield. Ce siège du « Mur rouge » est solidement travailliste depuis plus d’un siècle, mais il a également voté massivement en faveur du Brexit, et le parti populiste de droite Reform UK y a raflé la mise lors des élections locales de mai dernier. Si le très populaire Burnham ne s’était pas présenté, Reform aurait très bien pu remporter le siège.
Lors de sa campagne de 2015 pour la direction du parti, Burnham est resté fidèle à sa position jusqu’alors très pro-Israël, promettant lors d’une réunion publique avec la communauté juive que, s’il était élu, son premier déplacement à l’étranger aurait lieu en Israël. Opposé au mouvement BDS, il avait ajouté qu’il ne comprenait pas la « malveillance injustifiée » dirigée contre un pays qui défendait les droits des homosexuels, les droits syndicaux et les libertés civiles.
Suite au pogrom commis par le Hamas le 7 octobre 2023, Burnham, qui était alors maire du Grand Manchester, s’est élevé contre les actes « barbares » et « épouvantables » du Hamas, réaffirmant sa foi dans le « droit d’Israël à se défendre et protéger ses civils ».
Néanmoins, aux côtés du maire de Londres Sadiq Khan, Burnham a été l’un des premiers travaillistes de premier plan à appeler à un cessez-le-feu dès la fin du mois d’octobre 2023 — soit quelques semaines seulement après le début de la guerre et des mois avant que Starmer, qui résistait farouchement aux pressions internes du parti pour revenir sur son soutien à Israël, finisse par les rejoindre.
Burnham a également appelé publiquement le Royaume-Uni à reconnaître un État palestinien en juin dernier. Ces derniers jours, cependant, il s’est attiré les foudres de la gauche radicale en refusant de qualifier les actes d’Israël à Gaza de « génocide ».
Josh Simons : le rebelle starmeriste
Le retour de Burnham à la Chambre des Communes — une condition sine qua non pour tout travailliste aspirant au poste suprême — a été rendu possible par la démission du député travailliste juif Josh Simons, élu de la circonscription de Makerfield en 2024. En tant que directeur du groupe de réflexion pro-Starmer Labour Together, Simons, 32 ans, était considéré comme un membre clé du projet politique du Premier ministre.
Après avoir remporté Makerfield, sa loyauté a été récompensée par une ascension rapide au sein de l’appareil ministériel, devenant ministre au Bureau du Cabinet en septembre dernier.
Mais depuis ce début d’année, Simons est englué dans un scandale éthique en raison de son passage à Labour Together et la commande d’un rapport sur les journalistes qui enquêtaient sur le groupe de réflexion.
Contraint de démissionner de son poste de ministre en février dernier, Simons s’est rapidement retourné contre Starmer, devenant l’un des premiers députés travaillistes à demander la démission du Premier ministre suite aux résultats catastrophiques des élections de mai 2026.
Le dernier acte de vengeance de Simons contre Starmer a eu lieu peu de temps après, lorsqu’il a annoncé son départ du parlement pour céder la place à Burnham. Selon certaines informations, Simons pourrait bientôt revenir au pouvoir, en travaillant pour Burnham à Downing Street.
Wes Streeting : le prince héritier blairiste
Tout comme Burnham, il est probable que l’ex-secrétaire à la Santé Wes Streeting brigue lui aussi le poste de Premier ministre.
Streeting a quitté le gouvernement le mois dernier en s’en prenant amèrement à la manière de diriger de Starmer. Certains de ses alliés ont eux aussi démissionné de leur poste ministériel pour rallier les dizaines de députés travaillistes qui ont publiquement revendiqué le départ du Premier ministre. Or, les règles du Parti travailliste exigent que tout candidat à la direction reçoive le soutien d’au moins 81 députés. Sur ce point, Streeting assure disposer du nombre requis, ce dont certains commentateurs doutent fortement.
Le tout jeune ex-Secrétaire à la Santé (pour être totalement transparent, Streeting a, un temps, travaillé pour l’auteur de ces lignes) est intelligent et est l’un des tout meilleurs communicants du Parti travailliste, mais ses racines dans l’aile modérée du parti pourraient lui aliéner les membres travaillistes qui décideront en dernier ressort de l’issue de tout scrutin.
Les sondages le donnent d’ailleurs perdant dans n’importe quel duel face à Burnham (et, de manière certes moins convaincante, face à Starmer, dans l’éventualité où le Premier ministre déciderait de continuer à se battre). Mais Streeting a été l’une des rares étoiles du gouvernement à prendre le poste de Secrétaire à la Santé : il est solide intellectuellement et possède un sens politique aigu. Il pourrait s’avérer un candidat à la direction plus redoutable que ne le laissent augurer les sondages — ou, selon les spéculations de certains, il pourrait s’effacer pour laisser le champ libre à Burnham en échange d’un poste de premier plan au sein du Cabinet dans un nouveau gouvernement.
Streeting, dont la circonscription du nord-est de Londres, Ilford North, compte une communauté juive de taille modeste mais influente, est depuis longtemps investi contre l’antisémitisme.
Élu au parlement en 2015, il a refusé d’être ministre fantôme sous Corbyn et s’est montré très critique envers l’incapacité de la direction à endiguer la montée de l’antisémitisme au sein du parti. En tant que Secrétaire à la Santé, il a adopté une ligne tout aussi ferme contre l’antisémitisme au sein du National Health Service (le système de santé publique), commandant un audit qui a recommandé des mesures immédiatement adoptées par le gouvernement, notamment l’interdiction des badges politiques tels que les drapeaux palestiniens sur les uniformes.
Mais Ilford North, qui compte également une importante population musulmane, a causé une belle frayeur aux travaillistes lors de la soirée électorale des élections générales, il y a deux ans, lorsqu’un candidat indépendant pro-Gaza est passé à 528 voix de renverser Streeting. Streeting, traditionnellement favorable à Israël, s’est montré nettement plus critique pendant le conflit à Gaza et a été une voix majeure au sein du Cabinet de Starmer pour pousser le Royaume-Uni à reconnaître un État palestinien l’été dernier.
Les critiques publiques de Streeting ont trouvé un écho en privé. En février dernier, suite à un vote parlementaire obligeant les ministres à divulguer leurs communications avec Peter Mandelson, l’ancien ambassadeur britannique à Washington limogé par Starmer en raison de ses relations avec le délinquant sexuel milliardaire Jeffrey Epstein, Streeting a publié des messages WhatsApp montrant qu’il se montrait également très critique envers l’État hébreu en privé.
Alors que Mandelson mettait en garde contre la reconnaissance d’un État palestinien par le Royaume-Uni à ce stade, avertissant que cela pourrait conduire Israël à annexer la Cisjordanie, Streeting avait répondu : « C’est un comportement d’État voyou. Qu’ils en paient le prix en tant que parias, avec des sanctions contre le pays tout entier, pas seulement contre quelques ministres. » Il avait également dit à Mandelson : « Israël commet des crimes de guerre sous nos yeux. Leur gouvernement parle le langage du nettoyage ethnique. »
Depuis son départ du Cabinet, Streeting a implicitement critiqué la gestion du conflit à Gaza par Starmer, affirmant qu’il avait exprimé ses inquiétudes à plusieurs reprises au sein du gouvernement mais qu’il avait eu l’impression de « se heurter à un mur ».
En début de mois, il s’est joint à certaines des voix les plus fermement pro-palestiniennes du Parti travailliste au parlement pour demander au gouvernement d’interdire le commerce avec les implantations israéliennes en Cisjordanie.
Ed Miliband : le faiseur de rois ?
Un autre acteur clé sera sans nul doute le Secrétaire à l’Énergie, Ed Miliband, lequel a été le tout premier dirigeant juif des travaillistes en 2010. Mais ses cinq années à la tête du parti n’ont pas laissé un souvenir impérissable à la communauté juive dans son ensemble.
Sous sa direction, le soutien des électeurs juifs s’est effondré, alors qu’il avait été particulièrement fort du temps des gouvernements Blair-Brown.
Miliband a adopté une position hostile envers Israël pendant la guerre de Gaza en 2014 et a poussé à un vote au parlement pour soutenir la reconnaissance unilatérale d’un État palestinien, au moment où le parti tardait à condamner la montée de l’antisémitisme au Royaume-Uni.
Après avoir quitté ses fonctions de chef du parti à l’issue de la lourde défaite des travaillistes en 2015, Miliband est resté très populaire auprès des membres du parti et très influent au sein du gouvernement Starmer. Un temps allié de Starmer, ses relations avec lui se seraient détériorées depuis que le Secrétaire à l’Énergie a conseillé en privé à son patron de démissionner peu avant les élections de mai dernier.
En revanche, Miliband s’est considérablement rapproché de Burnham — celui-là même qu’il avait battu lors du scrutin pour la direction des travaillistes en 2010 et qui avait ensuite servi loyalement dans son Cabinet fantôme pendant cinq ans. Starmer assure qu’il a bien l’intention de se battre et qu’il s’opposera à toute demande de Burnham ou Streeting en vue de l’organisation d’élections pour la direction du parti.
Mais il aura du mal à le faire si des membres de son propre cabinet démissionnent et lui demandent de renoncer.
Tous les regards seront tournés vers Miliband : s’il démissionne pour soutenir Burnham, d’autres pourraient le suivre, ce qui rendrait alors la position de Starmer quasiment intenable. Si Burnham arrive à Downing Street, l’absence de Miliband de la table du Cabinet sera probablement de courte durée et une promotion l’attendra très certainement.
Miliband, qui a été conseiller au Trésor du temps du gouvernement Tony Blair, est pressenti pour être le chancelier de l’Échiquier de Burnham.
Rachel Reeves : la chancelière pro-Israël
Si Miliband devient chancelier (l’équivalent britannique du Secrétaire au Trésor américain), il succédera à Rachel Reeves, membre du gouvernement ouvertement pro-Israël la plus influente et la plus haut placée. Ex-vice-présidente des Labour Friends of Israel (LFI), elle a fait part de sa « consternation… et de son dégoût » face à l’incapacité du parti à « se tenir aux côtés des victimes de l’antisémitisme », du temps de Corbyn.
L’an dernier, elle a prononcé ce que le Jewish Chronicle a qualifié de discours « ouvertement sioniste » lors du déjeuner annuel des Labour Friends of Israel. « Rachel Reeves a fait quelque chose de rare, en politique britannique cette semaine : elle a dit sans ambages son soutien inconditionnel à l’État juif », a souligné chaleureusement le journal.
Si Reeves quittait le Trésor, suggèrent certains médias, elle pourrait bien basculer vers le ministère des Affaires étrangères, un rôle tout aussi important au sein du gouvernement.
Contrairement à l’élection partielle de février dernier à Gorton and Denton — où le Green party anti-sioniste l’a emporté après avoir appelé les électeurs à punir Starmer pour son soutien au « génocide » à Gaza — la position des travaillistes sur Israël n’a guère pesé à Makerfield. Mais cela pourrait bien changer si, suite aux résultats d’aujourd’hui, Starmer quittait Downing Street — a fortiori si ses successeurs potentiels en venaient à se disputer le soutien des membres du parti orientés à gauche, dans une véritable course à la direction du parti.
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