L’Australie, accusant Téhéran d’être derrière des incendies antisémites, expulse l’ambassadeur iranien
Albanese annonce que les diplomates australiens à Téhéran ont été mis en sécurité dans un pays tiers ; Canberra va désigner les Gardiens de la révolution islamique comme organisation terroriste
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Mardi, le Premier ministre australien Anthony Albanese a accusé l’Iran d’être derrière deux incendies criminels antisémites perpétrés en 2024 en Australie. Il a expulsé l’ambassadeur de Téhéran, qualifiant les agissements de la République islamique de « dangereux actes d’agression » visant à saper la cohésion sociale de son pays.
Albanese a également annoncé que Canberra avait rappelé ses diplomates d’Iran et s’apprêtait à inscrire le Corps des gardiens de la révolution islamique sur la liste des organisations terroristes. C’est la première fois que l’Australie expulse un ambassadeur depuis la Seconde Guerre mondiale.
Il y a moins d’une semaine, le Premier ministre Benjamin Netanyahu avait adressé une lettre cinglante à Albanese, dans laquelle il dénonçait son absence de réaction face aux actes antisémites commis en Australie et lui fixe un ultimatum au mois prochain, à la date de la fête juive de Rosh HaShanah, pour prendre des mesures contre ce phénomène.
À l’occasion d’une conférence de presse mardi, à Canberra, Albanese a fait savoir que l’Organisation australienne du renseignement de sécurité (ASIO) « dispose désormais de suffisamment de renseignements crédibles pour parvenir à la conclusion – profondément troublante – que le gouvernement iranien a orchestré » au moins deux des récentes attaques visant la communauté juive d’Australie.
Le premier de ces incidents était un incendie criminel, qui avait pris pour cible le restaurant casher Lewis’ Continental Kitchen, à Sydney, le 20 octobre 2024. Le deuxième était également un incendie criminel survenu à la synagogue Adass Israel, le 6 décembre 2024.
Albanese a déclaré que Selon les estimations de l’ASIO, l’Iran a probablement orchestré d’autres attaques, a ajouté Albanese. Il n’a toutefois pas divulgué les informations de l’agence appuyant ses propos.
« Il s’agit d’actes d’agression sans précédent et dangereux, orchestrés par une nation étrangère sur le sol australien », a affirmé Albanese.
« Ces agissements visent en outre à saper la cohésion sociale et à semer la discorde au sein de notre communauté. Un tel comportement est absolument inacceptable. Le gouvernement australien a décidé d’y répondre avec des mesures fermes et décisives », a-t-il poursuivi.
« Nous avons récemment informé l’ambassadeur iranien en Australie de son expulsion prochaine. Nous avons suspendu les activités de notre ambassade à Téhéran. Tous nos diplomates sont désormais en sécurité, dans un pays tiers », a indiqué Albanese. « Le gouvernement va de surcroît adopter une loi qui inscrira le Corps des gardiens de la révolution islamique iranienne, le CGRI, sur la liste des organisations terroristes. »
Selon des propos tenus par Albanese en janvier, les services de renseignement australiens avaient ouvert une enquête afin de déterminer si certains suspects impliqués dans des attaques antisémites avaient été payés par l’Iran pour commettre de tels actes, dans le but de semer la discorde au sein du pays.
L’Australie a déclaré l’ambassadeur iranien Ahmad Sadeghi « persona non grata ». Le diplomate, ainsi que trois autres responsables, doit désormais quitter le pays dans un délai de sept jours.
Cette expulsion par Canberra d’un ambassadeur est la première depuis la Seconde Guerre mondiale, a fait remarquer la ministre australienne des Affaires étrangères, Penny Wong.
« Notre décision a été motivée par le caractère absolument inacceptable des agissements de l’Iran », a-t-elle confié.
L’Australie maintiendra toutefois ses relations diplomatiques avec l’Iran afin de défendre les intérêts des Australiens, a précisé Wong. L’Australie dispose d’une ambassade à Téhéran depuis 1968.
L’ambassade d’Iran à Canberra n’a pas encore répondu à notre demande de commentaires.
L’Iran a toujours pris pour cible les Juifs et les Israéliens à l’étranger, particulièrement en Amérique du Sud et en Europe. La République islamique a notamment été impliquée dans des attentats contre des institutions juives et israéliennes en Suède, en Allemagne et à Chypre.
Depuis 2020, il est conseillé aux Australiens de ne pas se rendre en Iran. Wong a de plus annoncé que la capacité de Canberra à fournir une assistance consulaire était désormais « extrêmement limitée ».
« Je suis consciente que de nombreux Australiens ont de la famille en Iran. Mais j’exhorte tous les Australiens qui envisagent de se rendre en Iran à ne pas le faire », a-t-elle déclaré.
« Notre message aux Australiens qui se trouvent en Iran est le suivant : quittez le pays dès que possible, si vous pouvez le faire en toute sécurité. »
Par ailleurs, le chef du renseignement australien, Michael Burgess, a annoncé qu’une enquête « minutieuse » menée par ses services avait mis au jour des liens entre les attaques antisémites et les Gardiens de la révolution iranienne.
L’enquête a en effet révélé que le CGRI avait piloté au moins deux attaques – et « très probablement » davantage – visant des intérêts juifs en Australie, a fait savoir Burgess, directeur général de l’ASIO.
Le corps des gardiens de la révolution, bras idéologique de l’armée iranienne, a utilisé un réseau complexe de mandataires pour dissimuler son implication dans les attentats, a-t-il indiqué.
L’implication de l’ambassadeur d’Iran en Australie et de ses diplomates n’a en revanche pas pu être établie, a ajouté le chef du renseignement.
L’ASIO poursuit actuellement son enquête afin de déterminer si l’Iran est ou non impliqué dans d’autres attaques, a-t-il poursuivi.
« Les agissements de l’Iran sont absolument inacceptables. Ils mettent des vies en danger. Ils ont terrifié la population, et déchiré notre tissu social », s’est-il indigné. « L’Iran et ses mandataires, au sens propre comme au figuré, ont allumé les braises et attisé les flammes. »
Cette avancée de l’enquête est de nature à procurer un certain réconfort à la communauté juive, a pour sa part rapporté Daniel Aghion, président du Conseil exécutif de la communauté juive australienne (ECAJ).
« Mais le fait d’avoir été pris pour cible d’une manière aussi cruelle et calculée par une puissance étrangère impitoyable et violente, simplement en raison de qui nous sommes, est une immense source d’inquiétude », a-t-il tempéré.
L’incendie criminel perpétré l’an dernier contre la synagogue Adass Israel de Melbourne a été l’un des plus dévastateurs d’une série d’actes antisémites. Le feu a détruit une grande partie du bâtiment et laissé les Australiens en état de choc. La police l’a même qualifié « d’incident à caractère probablement terroriste ».
L’ambassade d’Israël en Australie a salué la décision du gouvernement de désigner le Corps des gardiens de la révolution islamique comme une organisation terroriste.
« C’est une mesure que nous préconisons depuis longtemps », a-t-il indiqué dans un communiqué publié sur les réseaux sociaux. « Le régime de la République islamique ne menace pas seulement les Juifs ou Israël. Il met en danger l’ensemble du monde libre, et notamment l’Australie. Cette mesure prise est primordiale, et envoie un signal fort. »
Ces annonces sont intervenues alors que les relations entre Israël et l’Australie sont au plus bas.
Netanyahu a en particulier fustigé la décision d’Albanese de se joindre aux autres pays occidentaux pour reconnaître un État palestinien en septembre, qualifiant ensuite son homologue australien de « politicien faible qui a trahi Israël ».
La semaine dernière, Albanese a confié aux journalistes « ne pas prendre ces choses personnellement », Netanyahu ayant déjà, par le passé, « tenu des propos similaires à l’égard d’autres dirigeants ».
La réprimande publiquement infligée à Albanese par Netanyahu sur les réseaux sociaux fait suite à l’annonce, le 11 août, par le Premier ministre australien, de la décision de Canberra de reconnaître un État palestinien lors de l’Assemblée générale des Nations unies en septembre, une annonce suivie d’une vague d’annulations de visas pour des responsables australiens et israéliens.
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