Le Festival d’Israël fête ses 65 ans et honore l’art en temps de guerre
Cet événement de trois semaines mettra à l'honneur la musique, la danse et le théâtre nés au cœur des récentes années de conflit et du long processus de reconstruction.
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Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

Le Festival d’Israël à Jérusalem fête son 65e anniversaire cet été avec trois semaines de spectacles à Jérusalem, dans le Neguev occidental et le nord d’Israël, pour que la fête vienne au cœur des communautés les plus durement touchées par les trente derniers mois de guerre.
Le festival s’ouvrira le 28 juillet avec une performance aérienne au-dessus de la vallée de Hinnom à Jérusalem, inspirée du célèbre funambule français Philippe Petit, qui avait traversé cette même vallée sur un câble en 1987. Il se poursuivra jusqu’au 20 août.
L’un des moments forts de ce festival sera le spectacle de l’ex-otage Sagui Dekel-Chen, qui interprètera les neuf chansons écrites et composées pendant sa captivité aux mains du Hamas.
Le concert aura lieu sur la pelouse du Kibboutz Nir Oz, où Dekel-Chen est né et a grandi, et où il vivait avec son épouse et ses deux filles aînées avant le pogrom du Hamas du 7 octobre 2023, au cours duquel un quart des habitants du kibboutz ont été tués ou pris en otage.
« Je ne suis pas un chanteur », explique Dekel-Chen dans un communiqué consacré au festival. « Je suis un père qui chante. Je n’ai jamais eu la prétention de chanter ou de monter sur scène. »
Dekel-Chen a été enlevé le 7-Octobre à Nir Oz alors que sa femme, enceinte, et leurs deux filles se cachaient dans la pièce sécurisée de leur maison. Blessé par balle à l’épaule lors de l’attaque, il a enduré des tortures en captivité qui lui ont laissé des séquelles physiques.
Il est resté complètement coupé du monde extérieur pendant son séjour à Gaza, ignorant si sa famille avait survécu au massacre qui a fait plus de 1 200 morts et 251 otages séquestrés dans la bande de Gaza.
Pendant ses 498 jours de captivité, jusqu’au jour de sa libération en février 2025, Dekel-Chen a composé de la musique dans sa tête, mémorisant les paroles et les mélodies qu’il ne pouvait pas coucher sur le papier. Moins de deux jours après sa libération, il a enregistré l’intégralité des neuf chansons sur son téléphone.
« Mon tout premier spectacle sera pour Nir Oz, chez moi », explique Dekel-Chen. « C’est sur cette même pelouse que j’ai couru, enfant, que j’ai rencontré ma femme Mili, que nous avons élevé nos deux filles, que j’ai sauvé ma vie et que mes amis sont morts. C’est une pelouse qui a une autre nuance de vert aujourd’hui. Celle qui avait été le théâtre de célébrations joyeuses a désormais surtout été le témoin d’obsèques. »
Dekel-Chen a souligné que ce spectacle n’était ni un hommage, ni une fête, ni une manière de tourner la page — simplement un chapitre de plus de cette histoire. Pour les arrangements de ses chansons, il a reçu l’aide des producteurs de musique Liad Grushka et Idan Shneor, sous la direction de l’ancien directeur artistique du Festival d’Israël, Itay Mautner.
Il y aura d’autres moments phares, lors de ce festival, comme par exemple « Hip-Hop Talpiot », où les artistes israéliens Tamir Muskat, Jimbo J, Teddy Neguse, Balkan Beat Box et d’autres improviseront aux côtés de l’Orchestre de rue de Jérusalem, tandis que le producteur de musique Rejoicer, également connu sous le nom de Yuvi Havkin, se produira dans « Sonic Blue » avec Gal Toren, Riff Cohen, Shai Tsabari et d’autres musiciens invités.
Côté danse, sept chorégraphes déconstruiront le concept de la guerre dans « All the Spirits », tandis que « Portraits of Falling » sera une création inédite du danseur Adi Boutrous.
« Verse » est un événement de deux jours dédié à l’art social, créé en mémoire d’Aner Shapira, l’héroïque festivalier de la rave Nova et soldat de Tsahal en permission qui a sauvé des vies dans un abri de fortune le 7-octobre, et reste connu pour ses raps, ses poèmes et ses œuvres d’art.
Lors de « Verse », le public déambulera entre performances, discussions, documentaires, musique live et art participatif créés par des artistes, des collectifs et des militants sociaux qui voient en l’art le moyen d’aller vers l’autre, d’écouter et de créer du lien.
L’événement rassemblera les musiciens Ehud Banai, Ninet Tayeb, Berry Sakharof, Hasan MC et bien d’autres.
Dans « The Thinking Heart », des plasticiennes et performeuses se pencheront sur les carnets d’Etty Hillesum, jeune femme juive qui veut à Amsterdam pendant la Seconde Guerre mondiale, et dont les journaux intimes ont servi de base à « Etty », une série dramatique en six épisodes acclamée par la critique, créée en 2026 par Hagai Levi.
Dans le cadre de « Temporarily Removed », sera proposée une courte visite guidée de 20 minutes du Théâtre de Jérusalem, au cours de laquelle directeurs artistiques, conservateurs et créateurs évoqueront les spectacles et productions internationales qui devaient venir en Israël pour le festival, mais qui n’ont pas pu ou pas voulu le faire en raison du boycott culturel à bas bruit contre Israël et les artistes israéliens, depuis la guerre à Gaza.
« Cette année, par les temps qui courent, l’idée-même d’un tel rassemblement est loin d’aller de soi », estime le directeur général du festival, Uri Vaknin.
« Pour nous, le festival n’est pas qu’une production ou une réussite artistique — c’est l’expression de notre engagement à créer, travailler et nous retrouver, même dans des circonstances difficiles. »
Le festival est dirigé par Vaknin, successeur d’Eyal Sher, qui avait piloté l’événement ces 11 dernières années aux côtés des directrices artistiques Michal Vaknin et Dafna Karon.
Vaknin et Karon expliquent que la programmation de ce festival s’ancre dans l’art, un art vécu comme un moyen de survie, de prendre de la distance avec le présent et dessiner une autre réalité.
Comme les années antérieures, le Festival d’Israël se déroulera dans des lieux situés sur les lignes de démarcation et les points de rencontre entre les différentes communautés à Jérusalem, et se déplacera dans le Neguev occidental et le nord d’Israël afin de rendre l’événement accessible à tous.
Certaines représentations sont gratuites et d’autres payantes, avec des places dont les prix varient de 50 à 140 NIS, incluant des réductions pour les personnes âgées, les étudiants, les soldats, les titulaires de la carte Jérusalem, les détenteurs de certaines cartes de crédit ou membres de clubs.
Du fait de son partenariat avec l’Autorité de développement de Jérusalem, le festival a également des conventions avec des hôtels de la ville.
Pour les billets et horaires, consultez le site du Festival d’Israël.
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