« Le Hamas nous teste quotidiennement », affirme l’armée depuis la Ligne jaune à Gaza
Près de la ligne de redéploiement, le porte-parole de l’armée révèle que le groupe terroriste commet "des centaines" de violations de la fragile phase I du plan Trump
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Shejaiya, bande de Gaza — Cette semaine, à Gaza-City, un vaste paysage de décombres gris s’étendait à perte de vue sous un ciel bleu éclatant, gâché par la poussière et les colonnes de fumée noire.
Depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu entre Israël et le Hamas, le 10 octobre, les troupes de l’armée israélienne se sont retirées derrière la « Ligne jaune ». Cette frontière, délimitée par des blocs de béton recouverts de peinture jaune, sépare désormais le territoire sous contrôle israélien des 47 % de la bande de Gaza restés aux mains du groupe terroriste palestinien.
Plus d’un mois après la signature de l’accord, le cessez-le-feu reste fragile et ne marque que la première phase du plan de paix du président américain Donald Trump pour Gaza. La deuxième phase, qui prévoit le désarmement du Hamas, est au point mort, sans qu’aucune indication ne soit donnée quant à la date de son début, ni même quant à sa réalisation.
« Le Hamas ne désarme pas ; à vrai dire, il se réarme », a déclaré mercredi matin le lieutenant-colonel Nadav Shoshani.
« C’est un problème majeur, et c’est quelque chose que nous ne saurons accepter. »
Shoshani s’est exprimé devant des journalistes israéliens et internationaux dans un poste militaire situé dans le quartier de Shejaiya, à l’est de Gaza-City, à environ 200 mètres à l’intérieur de la Ligne jaune.
Ce poste se trouve dans ce qui était autrefois l’un des bastions les plus fortifiés du groupe terroriste palestinien du Hamas, une zone qui a été le théâtre de combats acharnés à plusieurs reprises au cours des deux dernières années et où une dizaine de soldats de Tsahal sont tombés.
Près d’une dizaine d’années avant le pogrom perpétré par le Hamas le 7 octobre 2023, qui a déclenché la guerre de Gaza ayant duré deux ans, Shejaiya avait déjà été le théâtre d’affrontements sanglants.
En 2014, deux jours après le lancement par Israël de l’Opération « Bordure protectrice, une campagne terrestre qui visait à localiser et détruire les tunnels transfrontaliers du Hamas et à mettre fin aux tirs de roquettes, sept soldats ont été tués au combat dans ce quartier, dont le sergent-chef Oron Shaul. Son corps avait été enlevé par le Hamas et a été retrouvé et rapatrié par Tsahal au début de l’année.
Debout à l’extrémité du poste, il était difficile d’ignorer la ligne d’horizon de Gaza-City, dont une grande partie a échappé de justesse à la dévastation lorsque la campagne prévue par l’armée israélienne pour en prendre le contrôle a été interrompue par le récent cessez-le-feu. Les gratte-ciels intacts de cette ville, où vit encore une grande partie de la population gazaouie, contrastaient fortement avec les monticules déchiquetés de destruction de l’autre côté de la bande de Gaza, sous contrôle israélien.
Shoshani, le porte-parole de l’armée qui accompagnait la visite, a déclaré que la mission de Tsahal de son côté de la frontière était triple : prévenir ou répondre aux violations du Hamas, démanteler les infrastructures terroristes et sécuriser l’acheminement de l’aide humanitaire.
Selon Shoshani, Tsahal fait face à des centaines de violations du cessez-le-feu de la part du Hamas depuis l’entrée en vigueur de l’accord.
Au cours des dix premiers jours du cessez-le-feu, des terroristes palestiniens à Rafah ont tué deux soldats, amenant Israël à accuser le Hamas de violation de la trêve et à lancer des frappes de représailles contre des cibles terroristes. Dix jours plus tard, un réserviste a été tué dans une attaque similaire dans la région de Rafah, déclenchant une nouvelle série de frappes aériennes israéliennes.
L’armée a signalé plusieurs cas dans lesquels elle a éliminé des terroristes qui avaient franchi la Ligne jaune au péril de la vie de ses troupes. Selon l’Agence de défense civile contrôlée par le Hamas, les frappes de Tsahal sur Gaza ont fait 305 morts depuis le début de la trêve, dont près de la moitié en une seule journée, quand Israël a riposté à l’attaque qui a coûté la vie au sergent-chef Yona Efraïm Feldbaum, le 29 octobre. Ces chiffres, publiés par le groupe terroriste, sont comme tous les chiffres publiés par ce dernier, invérifiables et ne font pas la distinction entre civils et terroristes.
Shoshani a expliqué que les nombreux franchissements de la Ligne jaune et les attaques se poursuivent.
Pendant la visite, on pouvait entendre au loin des rafales de mitrailleuses, ainsi que le bourdonnement des drones au-dessus de nos têtes. Shoshani a indiqué que les tirs « semblaient provenir du cœur de Gaza-City », ce qui pourrait indiquer une nouvelle violation de la part du Hamas.
« Le Hamas nous met à l’épreuve quotidiennement », a-t-il déclaré.
Quelques heures après la fin de cette visite, les informations faisant état d’une attaque terroriste contre des soldats dans le sud de la bande de Gaza, dans la région de Khan Younès, à l’est de la Ligne jaune contrôlée par Israël, ont conduit Tsahal à lancer une série de frappes aériennes contre des cibles du Hamas. Les médias palestiniens ont fait état d’au moins neuf morts. Le groupe terroriste a condamné ces frappes, les qualifiant de « dangereuse escalade » susceptible de compromettre le cessez-le-feu.
Shoshani a clairement désigné le Hamas comme responsable. « Nous sommes attachés à l’accord », a-t-il souligné.
« Le problème actuel réside dans le fait que le Hamas doit compléter la restitution de tous les otages et procéder à son désarmement, deux éléments essentiels de l’accord que le Hamas refuse de respecter. »
À ce jour, les corps du sergent-chef Ran Gvili, de Dror Or et du ressortissant thaïlandais Sudthisak Rinthalak sont toujours détenus à Gaza.
Même dans les zones précédemment déblayées par Tsahal, de nouvelles menaces sont apparues, a expliqué Shoshani, ajoutant que les soldats avaient récemment trouvé « des armes nouvellement placées » dans des bâtiments situés entre le poste et la Ligne jaune. Il y a quelques semaines, des soldats ont découvert « différents types d’armes… des mortiers, des explosifs » dans l’un de ces bâtiments, dans la même zone où les restes du sergent-chef Itay Chen, ont été déterrés par le Hamas.
Un reportage diffusé dimanche par la chaîne publique Kan indiquait que le Hamas avait commencé à accumuler des armes sophistiquées et à les stocker à l’étranger dans l’espoir de les faire passer clandestinement à Gaza à l’avenir, alors que certains médias font état de la possibilité que les États-Unis renoncent à exiger le désarmement du groupe terroriste palestinien.
L’ampleur des infrastructures du Hamas dans la région de Shejaiya, tant en surface que sous terre, explique en partie la dévastation qui entoure le poste et la difficulté à faire respecter le cessez-le-feu, a ajouté Shoshani.
« Lorsque vous discutez avec les commandants de cette zone, ils vous diront que chaque maison était équipée de trappes explosives, de tunnels, de passages souterrains, ou que le Hamas s’y était retranché », a-t-il expliqué.
L’armée est également confrontée au défi que représentent les terroristes du Hamas qui se cachent à l’est de la Ligne jaune. Dans le sud de Gaza, les principaux conseillers de Trump et le Premier ministre Benjamin Netanyahu tentent de trouver une solution à l’impasse concernant les 100 à 200 terroristes armés retranchés dans les tunnels de Rafah, du côté israélien de la Ligne jaune. Shoshani a simplement mentionné qu’il restait « quelques dizaines de terroristes » dans la zone contrôlée par Tsahal, « pas exclusivement dans le sud », et a insisté sur le fait qu’il fallait « s’en occuper ».
Les troupes stationnées le long de la Ligne jaune doivent relever un autre défi : distinguer les civils des terroristes qui s’approchent de la frontière.
Shoshani a décrit les règles d’engagement.
« Leur travail consiste à donner des avertissements pour faire la distinction, afin de s’assurer que les civils repartent », a-t-il expliqué, ajoutant que « la grande majorité » des violations sont le fait de membres du Hamas.
« Et dans les très rares cas où il s’agit de civils, ceux-ci peuvent entendre les avertissements et repartir. Il existe différentes façons de donner des avertissements. Cela peut se faire par voie audio, ou par des coups de semonce. »
Outre ses missions de sécurité, Tsahal veille également à ce que l’aide humanitaire continue d’arriver à Gaza. L’aide a commencé à affluer via le passage frontalier de Zikim la semaine dernière, a précisé Shoshani, ajoutant que des centaines de camions entrent désormais chaque jour dans la bande de Gaza. Il a également montré des images récentes du Hamas pillant des camions d’aide humanitaire des Nations unies.
Interrogé sur l’incidence du nouveau Centre de coordination civilo-militaire (CCMC), créé sous l’égide des États-Unis et établi à Kiryat Gat pour superviser le cessez-le-feu, sur les opérations, il a répondu : « Pas au quotidien, pas encore. »
Les mesures prises par l’armée dans le cadre de la prochaine phase du plan Trump, notamment la mise en place d’une Force internationale de stabilisation (ISF) prévue dans la proposition soutenue par les États-Unis et approuvée cette semaine par le Conseil de sécurité de l’ONU, dépendent du désarmement effectif du Hamas, a-t-il ajouté.
« Une fois que l’accord aura progressé, lorsque le Hamas sera désarmé, l’ISF sera mise en place. Nous pourrons alors commencer notre processus. Mais à l’heure où nous parlons, le Hamas n’a pas respecté sa part de l’accord. »
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