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Les détenus palestiniens souffrent de « faim sévère » dans les prisons israéliennes – défenseur public

Alors que la population carcérale a dépassé la capacité d'accueil des prisons, le bureau du défenseur public a souligné l'insalubrité des cellules et les recours à la violence physique des gardiens

La prison de Ketziot vue le 13 septembre 2022. (Nati Shohat/Flash90)
La prison de Ketziot vue le 13 septembre 2022. (Nati Shohat/Flash90)

Les prisonniers palestiniens détenus pour atteinte à la sécurité nationale sont conservés en détention dans des conditions de plus en plus difficiles depuis le mois d’octobre 2023, et un grand nombre d’entre eux souffrent de la faim, selon un rapport qui a été diffusé cette semaine par le bureau du défenseur public.

Les prisonniers qui se sont entretenus avec les représentants de l’agence ont signalé « une perte de poids drastique et des signes de malnutrition », indique le rapport. Il ajoute que les inspecteurs ont constaté que de nombreuses personnes incarcérées étaient très maigres, « à un degré extrême dans certains cas ».

Le rapport, qui a été consacré à la prise en charge des prisonniers soupçonnés d’infractions pénales et d’atteintes à la sécurité nationale, atteste de la détérioration des conditions d’incarcération pour ces deux catégories de détenus – soulignant également l’explosion de la population carcérale en Israël depuis le déclenchement de la guerre contre le Hamas, dans le sillage du pogrom qui avait été commis par le groupe terroriste dans le sud d’Israël, le 7 octobre 2023.

Les prisonniers sécuritaires sont soumis à un traitement particulièrement sévère, selon l’audit, qui indique que ces détenus reçoivent de maigres rations alimentaires, qu’ils sont régulièrement frappés par les gardiens et qu’ils sont conservés dans des cellules insalubres, exigües et surpeuplées, ce qui favorise la propagation rapide des maladies.

Les inspecteurs du Bureau du défenseur public qui ont rédigé le rapport ont examiné 43 établissements pénitentiaires au total en 2023 et 2024 – 27 placés sous la supervision du services israélien des prisons, 12 cellules de détention dans des commissariats de police et quatre cellules de détention dans des tribunaux.

Depuis plusieurs années, des organisations de défense des droits de l’Homme, en Israël et à l’étranger, tirent la sonnette d’alarme sur la détérioration de ces conditions d’incarcération. L’audit qui a été effectué par le Bureau du défenseur public constitue toutefois un cas rare, avec une instance israélienne qui a elle-même rendu compte de cette situation.

Les forces de sécurité israéliennes montent la garde à la prison d’Ofer, dans les environs de Jérusalem, le 8 février 2025. (Crédit : Jamal Awad/Flash90)

Le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, qui supervise le Service israélien des prisons dans le cadre de ses fonctions, s’est ouvertement enorgueilli des directives sévères qui ont été mises en œuvre à l’encontre des détenus emprisonnés pour atteinte à la sécurité nationale depuis qu’il a pris ses fonctions. Il a indiqué devant une commission de la Knesset, au mois d’octobre, qu’il était fier que les prisons « soient devenues un cauchemar pour les terroristes ».

Gale, alimentation insuffisante et passages à tabac réguliers

Peu après le déclenchement de la guerre, le service israélien des prisons avait diffusé un ordre qui visait à limiter – voire à supprimer – les « activités de routine » qui avaient habituellement lieu en temps de paix dans les établissements accueillant des prisonniers sécuritaires.

Contrairement aux prisonniers de droit commun, ces prisonniers sont placés en cellule pour avoir commis des « atteintes à la sécurité nationale » – atteintes qui peuvent aller d’attaques terroristes meurtrières à la diffusion en ligne de contenus jugés incendiaires par Israël.

Dans la pratique, l’ordre du 16 octobre 2023 avait interdit aux personnes incarcérées pour des raisons de sécurité de passer des appels téléphoniques, de rencontrer leur famille ou des représentants de la Croix-Rouge, de quitter leur cellule – à l’exception d’une heure par jour – et de conserver des objets personnels, comme des livres ou des photos de famille.

Des restrictions qui s’appliquent dorénavant à tous les détenus sécuritaires – y compris aux mineurs – « indépendamment de la gravité de leurs actes ou leur situation personnelle », note l’audit.

Le rapport fait remarquer que l’administration pénitentiaire a également mis en place un menu spécial – avec une alimentation réduite – dans les prisons militaires. Un menu qui prévoit des portions nettement plus petites que celles qui sont réservées aux autres prisonniers. Dans la pratique, les inspecteurs ont constaté que les repas effectivement servis aux prisonniers politiques étaient plus maigres encore, avec parfois une nourriture impropre à la consommation, tels que du riz non cuit et des légumes pourris.

L’administration pénitentiaire israélienne a revêtu les prisonniers palestiniens sur le point d’être libérés de t-shirts arborant son logo, une étoile de David et la phrase en arabe : « Ni pardon ni oubli », le 15 février 2025. (Crédit : Service pénitentiaire d’Israël)

Les inspecteurs – qui se sont rendus dans les prisons militaires de Ramon, Megiddo, Ayalon, Shatta, Eshel et Ketziot – ont été informés, à plusieurs reprises, d’un « sentiment intense de faim » parmi les détenus. Ils ont constaté que dans certains établissements, l’accès à l’eau potable était même limité.

Au mois de septembre, la Haute Cour avait ordonné au gouvernement de donner aux prisonniers sécuritaires une nourriture suffisante pour « assurer leur subsistance ». Il semble toutefois qu’il y ait eu peu de changements, les groupes de défense des droits continuant d’exercer des pressions sur l’administration pénitentiaire en faveur d’une alimentation adéquate pour les personnes incarcérées.

Les détenus ont également signalé des violences « systématiques » de la part des gardiens à l’égard des prisonniers. Selon le rapport, ces passages à tabac ont généralement lieu lors des fouilles des cellules ou lors du transfert des prisonniers d’une aile à l’autre, lorsqu’ils doivent assister à une audience du tribunal ou lorsqu’ils doivent recevoir des soins médicaux à l’extérieur. Dans certains cas, la crainte d’être frappés a dissuadé les prisonniers de se faire soigner, ce qui n’a fait qu’aggraver un état de santé déjà précaire.

Les inspecteurs ont également constaté que la gale – une infection cutanée contagieuse qui est causée par de petits acariens qui s’enfouissent dans la peau – était très répandue parmi les prisonniers sécuritaires. Elle « s’est métamorphosée parfois en épidémie au sein de ces établissements », ont-ils fait remarquer.

Des prisonniers de sécurité souffrant de la gale après leur libération de la prison de Ketziot, en mars 2025. (Crédit : Physicians for Human Rights – Israël)

L’infestation peut se répandre d’autant plus rapidement que les cellules sont surpeuplées – la population carcérale israélienne dépassant largement les capacités officielles du système pénitentiaire.

Une crise de surpopulation « sans précédent »

Peu après le début de la guerre, la Knesset avait approuvé des dispositions d’urgence qui avaient permis au service des prisons d’incarcérer des détenus de toutes sortes dans des cellules surpeuplées – parfois sans lit pour dormir.

Il y a eu, en Israël, une augmentation massive de la population carcérale au cours des deux dernières années, ce qui a transformé le phénomène de surpopulation en « crise sans précédent », a écrit le Bureau du défenseur public.

De nombreuses personnes incarcérées – criminels ou prisonniers sécuritaires – vivent dans des cellules exiguës et surpeuplées et elles dorment à même le sol, faute de lits. Parfois, les prisonniers sont obligés de dormir à même le sol malgré la présence de matelas en raison d’un problème généralisé de punaises de lit, ont constaté les inspecteurs lors de plusieurs visites.

Cellules d’une prison du centre d’Israël, où sont détenus les prisonniers à haut risque du Hamas et du Hezbollah capturés lors de la récente guerre, le 8 janvier 2025. (Crédit : Chaim Goldberg/Flash90)

Avant le déclenchement de la guerre, Israël avait déjà dépassé la capacité de son système d’incarcération (qui est de 14 500 détenus), et le 6 octobre 2023, il comptait 16 353 prisonniers. En l’espace de deux mois, la population carcérale avait augmenté de 3 000 personnes et, à la fin de 2024, 23 000 prisonniers étaient placés en détention dans les cellules israéliennes.

Des données plus récentes, qui datent du mois de septembre 2025 et qui ont été diffusées par le Centre de recherche et d’information de la Knesset, ont fait état d’un total de 24 715 prisonniers. Parmi eux, 11 115 personnes placées derrière les barreaux pour des raisons sécuritaires.

Alors que 35 % des détenus reconnus coupables d’un crime vivent dans un espace de moins de 3 mètres carrés, plus de 90 % des prisonniers sécuritaires vivent dans les mêmes conditions, malgré une décision prise par la Haute Cour, en 2018, qui avait estimé que chaque prisonnier devait pouvoir profiter d’au moins 4,5 mètres carrés.

Les prisons étant surpeuplées, certains suspects ont été contraints de rester dans les cellules installées dans les commissariats de police pendant des jours, voire pendant des semaines, alors que ces installations ne sont pas équipées pour accueillir des détenus pendant de longues périodes.

Lors d’une visite effectuée au poste de police de Bat Yam, les inspecteurs ont rencontré des prisonniers qui étaient incarcérés depuis dix jours, sans même avoir pu changer de vêtements. Ils dormaient à même le sol, sans matelas, sans serviettes et sans brosses à dents.

Des situations similaires ont été observées dans les postes de police de Jaffa, Mesubim et Glilot, où les détenus étaient incarcérés dans leurs cellules pendant des jours et des jours, sans pouvoir changer de vêtements et sans produits d’hygiène de base.

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