Les saveurs du désert renaissent dans un chai, une brasserie et un restaurant du sud d’Israël
L'attaque dévastatrice du Hamas a bouleversé la région, mais la scène culinaire locale s'adapte et persévère, malgré l'incertitude et le conflit qui perdure
- Lire d'autres articles du Times of Israël sur Google – ajoutez-nous à vos sources préférées

À l’approche des vendanges, dans un vignoble proche de Gaza, les visiteurs viennent à nouveau profiter de dégustations de vin et de fromage, alors même que la région peine à se relever après deux ans de guerre.
Bien qu’il ne se trouve qu’à 10 kilomètres de la frontière avec Gaza, le moshav Nir Akiva, où est installée la cave Galai, n’a pas été envahi lors de l’attaque terroriste du Hamas, le 7 octobre 2023.
Asaf Galai, vigneron de la région du Néguev, avait prévu de voir ses confrères locaux la semaine suivante. Ils se réunissaient souvent pour déguster leurs vins respectifs.
Il avait passé la journée du 7 octobre à tenter de joindre ses amis, avant d’apprendre que Gideon Pauker, vigneron au kibboutz Nir Oz, avait été tué et que d’autres de ses amis amateurs de vin de la région avaient été pris en otage.
Au cours des mois suivants, Galai avait continué à s’occuper de ses cabernets, toujours avec l’objectif de tirer de chaque grain cultivé sur ce terroir désertique le plus de jus concentré possible.
Aujourd’hui, près de deux ans plus tard, Galai est ravi de voir les visiteurs revenir peu à peu dans son domaine viticole. Il prépare déjà les vendanges, prévues pour la fin du mois de septembre.
« Je ne procède jamais de la même façon. Je récolte le raisin quand il est prêt », explique Galai. « J’observe ce qui se passe dans la nature, et je fais ce qui me semble être le mieux. »
Galai a planté sa première vigne en 2000, suivie par sa deuxième en 2014. Depuis ses premieres vendanges en 2002, son domaine produit plusieurs milliers de bouteilles de vin chaque année.
Il a d’abord élevé des vins rouges, élaborés par assemblage des différents cépages cultivés dans ses vignes. En 2015, il a produit un vin blanc issu de raisins noirs, puis ajouté un rosé à sa gamme.
Vin signature du domaine, le cru primé Casa Negev, assemblage de merlot et de cabernet sauvignon, est décrit comme ayant des notes de fruits noirs, de chêne, de chocolat, de vanille, de poivre et de réglisse. Le « blanc de noir » du chai, un vin blanc élaboré à partir de raisins cabernet sauvignon, est également un best-seller.
Avec ses vins, Galai a appris la précision et la constance. « Je dois rester extrêmement rigoureux. C’est toujours le même vin que j’envoie aux concours », explique-t-il.
Lui et sa femme, Sigalit, ont poursuivi leur travail sur leurs vins après le traumatisme du 7 octobre.
« Nous n’avions pas le choix », confie Galai. « Nous faisons tout ici. Nous sommes agriculteurs, vignerons, embouteilleurs et distributeurs, tous ces rôles à la fois. »
Galai fait partie du Consortium viticole du Néguev, un organisme qui rassemble 50 caves et vignobles auxquels il propose un accompagnement et une formation en matière de gestion d’entreprise. Le Consortium été créé par la Fondation Merage, dans l’objectif de promouvoir le désert du Néguev comme une destination agrotouristique et viticole.
A LIRE : Lehaïm ! Un petit-fils fait renaître les vins d’un vigneron tué le 7 octobre à Nir Oz
Ces vignerons locaux ont été profondément touchés par la guerre, et traumatisés par la mort de leurs amis et voisins. Pendant des mois, ils n’ont reçu que très peu de visiteurs. Même les clients les plus fidèles de Galai avaient renoncé à leurs escapades œnologiques du week-end.
Organisé en février, le festival annuel Darom Adom, l’un des principaux moteurs économiques de la région, qui attire de nombreux Israéliens venus admirer les champs d’anémones en fleurs dans le sud et découvrir les entreprises locales, a été pratiquement annulé ces deux dernières années.
Et pourtant, les habitants de ce petit village agricole situé près de Netivot n’ont pas ressenti la guerre avec la même force.
« Nous entendions les bruits d’explosions de la guerre à Gaza et les hélicoptères des otages libérés qui rentraient en Israël, mais nous sommes dans une enclave ici, nous ne sommes pas directement touchés », a indiqué Galai.
Galai et sa femme ont quitté Haïfa pour Nir Akiva il y a 25 ans. Ils fuyaient alors la vie urbaine et les contraintes d’un travail de bureau.
« Il n’y avait rien ici. Juste des épines et une vieille maison en ruine », raconte Galai, qui a suivi des cours de viticulture-vinification à la cave Soreq avant de se lancer et de planter ses propres vignes. « C’était comme s’installer au fin fond de l’Afrique. »
Au cours de ces 25 années passées à proximité de la frontière avec Gaza, ils ont échappé à la majorité des tirs – incessants – de roquettes provenant de la bande, grâce à leur emplacement suffisamment éloigné de la zone immédiatement adjacente.
Et aujourd’hui, presque deux ans après le 7 octobres, les visiteurs sont enfin de retour à Galai.
« Ce sont nos fans », a affirmé Galai.
Galai accueille ses visiteurs dans une ambiance décontractée, leur permettant de choisir leurs vins, de sélectionner dans les réfrigérateurs des fromages produits au kibboutz Beeri et à Barkanit, et de les déguster avec du pain, des crackers, des confitures et des légumes frais. Les visiteurs peuvent acheter des produits et composer eux-mêmes un panier de pique-nique. Leurs restes pourront être emballés et emportés.
Le domaine est ouvert aux visiteurs le week-end, et en semaine sur réservation pour les groupes. La visite à 100 shekels inclut du vin et du fromage. Le billet à 150 shekels par personne donne droit à une dégustation de cinq vins.
Vin, bière et cuisine thaïlandaise
Dans les environs, il est également possible de déguster de la bière et du vin, et de profiter d’un authentique restaurant thaïlandais.
Yogev Nathan, Nitai Leffler, Meital Leffler et Ofer Pekerman, quatre jeunes membres du kibboutz Ein Hashlosha voisin, ont continué à brasser la bière Sabresa tout au long de la guerre. Le 7 octobre, les terroristes du Hamas avaient tué quatre habitants du kibboutz, et pillé et incendié de nombreuses maisons.
La Sabresa tire son nom du fruit à épines « sabra », associé au terme espagnol cerveza, qui signifie « bière », en hommage à tous les Sud-Américains ayant contribué à la création du kibboutz.
Nitai Leffler, membre de l’équipe de sécurité du kibboutz, accueille parfois les visiteurs avec un fusil en bandoulière. Il aime toutefois énormément ouvrir les bouteilles et parler des bières produites sur place, qui incluent une IPA, une lager, une bière de style belge et une bière de blé.
Pour découvrir cette brasserie très confidentielle mais qui vaut réellement le détour, il est préférable d’appeler à l’avance pour vérifier qu’elle est ouverte aux visiteurs. La brasserie livre également dans tout le pays.
Une fois dans le sud, les visiteurs peuvent aussi s’arrêter pour déjeuner au célèbre Thailandi, un restaurant non casher installé dans le moshav Ein Habsor.
Ce restaurant thaï authentique est né de la passion d’Eitan Nakar, un habitant de la région.
Nakar a encouragé les travailleurs thaïlandais de la communauté à cultiver leurs propres produits, du bok choy, du combava et de la papaye aux ananas et à la citronnelle, afin d’être en mesure de cuisiner leurs propres repas.
Les habitants du moshav ont peu a peu pris l’habitude de se rassembler pour savourer une soupe thaïlandaise le vendredi. Nakar a d’abord ouvert un petit restaurant proposant quelques plats authentiques.
« C’est le type de plats que les Thaïlandais apprécient », explique Nakar.
Le 7 octobre, Nakar défendait la communauté, en tant que membre de l’équipe de sécurité. Même s’il a envoyé sa propre famille à Eilat, il n’a pour sa part jamais quitté le moshav. Il se souvient des jours qui ont suivi le 7 octobre comme d’une période terrifiante.
Quelques mois plus tard, ses employés sont revenus de Thaïlande et ont rouvert le restaurant, qui accueille désormais les clients six jours par semaine. On peut notamment y déguster de la salade de papaye, de la soupe tom yum, du khao pad, du curry vert et, bien sûr, du pad thaï, avec une bière Singha bien fraîche.
Le restaurant est installé dans une clairière entourée de serres, avec des tables simplement recouvertes d’une nappe en toile cirée, et quelques tables dans la cour. La cuisine est simple et délicieuse. Les clients peuvent aussi acheter des ananas provenant des serres voisines à des tarifs abordables.
Il faut contacter le restaurant pour connaître les horaires. Il est également possible de réserver à l’avance.
... alors c’est le moment d'agir ! Le Times of Israël vous fournit chaque jour les informations qui vous intéressent. Qu'il s'agisse de la politique, de la high-tech en Israël, de l'enseignement de la Shoah, des Juifs de Diaspora ou bien encore de l'archéologie, de la culture et de l'environnement en Israël : nous tâchons toujours de couvrir un large spectre des sujets qui vous concernent, alors si vous le pouvez, aidez-nous à continuer à vous offrir ce contenu de qualité indispensable, surtout depuis le 7-Octobre.
la Communauté du Times of Israël !







