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Lehaïm ! Un petit-fils fait renaître les vins d’un vigneron tué le 7 octobre à Nir Oz

Pour perpétuer la mémoire de Gideon Pauker, un kibboutznik assassiné par le Hamas, sa famille et ses amis vignerons ont transformé la cave Pauker en entreprise commerciale

Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

Quatre membres de la famille Pauker dans les vignobles du kibboutz Nir Oz plantés par Gideon Pauker, avant qu'il ne soit assassiné par des terroristes du Hamas le 7 octobre 2023. (Crédit : Autorisation)
Quatre membres de la famille Pauker dans les vignobles du kibboutz Nir Oz plantés par Gideon Pauker, avant qu'il ne soit assassiné par des terroristes du Hamas le 7 octobre 2023. (Crédit : Autorisation)

En octobre 2023, Gideon Pauker, membre du kibboutz Nir Oz, venait de célébrer la 17ᵉ récolte de ses vins produits localement.

Les vins avaient été mis en bouteille à partir de ceps de Nir Oz cultivés et récoltés avec l’aide de ses amis de toujours, Gadi Mozes, Chaïm Peri et Yoram Metzger, cofondateurs et membres de ce petit kibboutz situé près de la frontière avec Gaza.

Le 7 octobre, Gideon, 79 ans, a été tué par des terroristes palestiniens du Hamas dans le mamad – abri antiatomique – de son domicile. Gadi, Chaïm et Yoram ont été enlevés et emmenés de force à Gaza.

Ils ont laissé derrière eux quelque 1 000 bouteilles de vin rouge Nir Oz 2022, un assemblage de Cabernet Sauvignon, Merlot, Petit Verdot et Syrah, toutes stockées dans le miklat – abri antiatomique – du kibboutz, qui avait été construit à l’époque de la Guerre de Kippour.

Vingt mois plus tard, le petit-fils de Gideon, Gal Pauker, âgé de 25 ans, poursuit l’œuvre de son grand-père et a transformé la Pauker Winery en une entreprise commerciale avec l’aide d’autres vignerons israéliens qui souhaitent que les vins de Gideon Pauker continuent d’exister, même après sa mort.

« Nous avons pris le relais pour nous occuper du vin de grand-père, mais c’est lui qui prend soin de nous, alors que nous essayons de surmonter nos pertes. Cet acte de création nous fait du bien », explique Gal.

Gal Pauker versant une bouteille de vin rouge Pauker le 5 juin 2025, tout en expliquant avoir créé cette entreprise en mémoire de son grand-père, Giedon Pauker, assassiné par le Hamas au kibboutz Nir Oz le 7 octobre 2023. (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)

« C’est la perpétuation de son héritage. »

À l’origine, cette cave n’avait pas de vocation commerciale ; ses quatre associés distribuaient les 1 000 bouteilles produites chaque année à leurs amis et à leur famille.

Mais aujourd’hui, Gal et sa famille développent cette nouvelle entreprise. Ils ont produit 3 500 bouteilles de vin rouge à partir de la récolte 2024 et ont ajouté un vin blanc vif, un rosé sec ainsi qu’une nouvelle cave à barriques installée dans une remorque flambant neuve.

La nouvelle étiquette des bouteilles arbore une gravure représentant Gideon marchant parmi ses vignes.

Début juin, Gal, sa petite amie Ziv et son père Raz Pauker, qui a grandi dans le kibboutz, étaient assis à l’ombre du centre d’accueil extérieur de la cave Pauker, aménagé avec des tables de pique-nique et un petit food truck proposant des expressos et des plateaux de fromages aux visiteurs.

Les vignes de Pauker, aujourd’hui replantées, se trouvent juste en face, derrière une clôture grillagée qui entoure le kibboutz. La clôture a été piétinée à de nombreux endroits lorsque, le 7 octobre, 600 terroristes du Hamas et autres Gazaouis ont envahi le kibboutz avant d’emporter 76 kibboutznikim de Nir Oz jusqu’à Gaza, la plupart encore en vie et plusieurs déjà morts.

Un quart des 400 habitants de Nir Oz ont été tués ou faits otages le 7 octobre, et seules six maisons ont résisté.

La dernière fois que Gal a eu des nouvelles de son grand-père, c’était vers 10 h 30, le 7 octobre, alors qu’il se trouvait en voyage en Australie. Son dernier SMS comprenait trois émoticônes : un verre de vin, une rose et un cœur.

Gideon Pauker, sur une photo non datée. (Crédit : Famille Pauker)

Son grand-père a été blessé par balle aux deux mains alors qu’il tentait de maintenir fermée la porte de son mamad. Il s’est vidé de son sang dans cette pièce, sous les yeux de son épouse, Orna.

Après le massacre dans le kibboutz, les survivants ont été évacués vers un hôtel à Eilat, notamment Orna, la seconde épouse de Gideon, ainsi que Pessia, la grand-mère de Gal, et son second mari, qui vivaient tous les trois à Nir Oz.

Pendant que les membres du kibboutz séjournaient à Eilat, plusieurs vignerons israéliens sont venus rendre visite à Orna et lui ont demandé ce qu’il advenait du vin et s’ils pouvaient apporter leur aide.

Elle n’y avait pas vraiment réfléchi.

Fin octobre 2023, de retour en Israël, Gal s’est joint à un groupe de vignerons, dont Haïm Gan, l’œnologue du domaine, Meiram Harel d’Amphorae, un domaine viticole non casher situé dans le nord d’Israël, et Shibi Drori de Gvaot, un domaine viticole casher situé en Cisjordanie, afin de s’occuper des vins Pauker.

« Ils ne pouvaient pas aller dans les vignes, c’étaient encore des champs de la mort, trop proches des bombardements de Gaza », explique Gal.

« Ils ont ouvert l’abri anti-atomique souterrain, et nous avons pénétré dans le monde de mon grand-père. Je pouvais sentir son vin, ce produit vivant dont nous devions prendre soin. »

Ils étaient encore en deuil et tentaient de se reconstruire. Le frère de Gal, qui avait été blessé au kibboutz Kfar Aza, était hospitalisé.

Le père de Gal, Raz, et ses deux jeunes frères se trouvaient chez eux, à Tzeelim, un kibboutz voisin situé dans le sud, qui n’avait pas été attaqué le 7 octobre. Mais Gal était rentré chez lui pour s’occuper des vins de son grand-père.

Il a mis les raisins de 2023 en fûts avec l’aide de vignerons qui l’ont guidé par messages WhatsApp et lors de brèves visites.

« Ils goûtaient le vin, je leur posais des questions et mon père venait m’aider », raconte-t-il.

Avec l’aide de Raz, également agriculteur, ils ont planté de nouvelles vignes à Nir Oz, dans les mêmes champs que ceux piétinés quelques mois plus tôt par les terroristes du Hamas. Ils ont également planté un nouveau vignoble en l’honneur de Gideon à Ein HaBesor, un moshav voisin où vit l’un des autres fils de Gideon.

Un vignoble de la Paukery Winery, dans le sud d’Israël (Crédit : Autorisation)

« Je n’ai jamais été un grand buveur de vin », explique Raz, l’un des deux fils issus du premier mariage de Gideon. Son père avait deux filles de sa deuxième épouse et dix petits-enfants au total.

« Mon père m’a toujours dit que je ne faisais pas partie de la famille parce que je ne buvais pas de vin. »

« Mon grand-père disait souvent que nous avions sauté une génération, vu mon amour pour le vin », ajoute Gal.

Raz a confié qu’il n’avait pas vraiment prêté attention au projet viticole de son père, même s’il accomplissait parfois de petites tâches quand celui-ci le lui demandait.

Raz Pauker, en tee-shirt rouge, montrant aux visiteurs l’entrée de l’abri souterrain utilisé par son défunt père, Gideon Pauker, pour stocker les vins produits par son kibboutz à Nir Oz, le 5 juin 2025. (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)

Lorsque lui et son fils Gal, accompagnés des vignerons, entrèrent dans l’abri souterrain qui servait de cave à vin, Raz fut quelque peu surpris de découvrir une cave à vin en parfait état, avec des centaines de bouteilles bien rangées.

Il se souvenait que cet abri avait servi de refuge pour les enfants pendant la Guerre de Kippour, afin d’assurer la sécurité des bébés. Lorsqu’il était adolescent et vivait à Nir Oz, cet espace souterrain servait de discothèque.

Il savait qu’un monte-charge avait été installé pour éviter aux vignerons septuagénaires de devoir descendre les caisses de vin par les escaliers.

Mais il était tout aussi surpris que son fils par l’ampleur et la portée du projet viticole qui était en place depuis une vingtaine d’années.

Les trois vins de la cave Pauker du kibboutz Nir Oz : un rouge sec, un blanc sec et un rosé sec. (Crédit : Autorisation)

Vu la transformation de la cave en entreprise commerciale, l’abri anti-atomique sera transformé en musée en mémoire de Gideon et de ses amis, indique Raz.

« La nation israélienne nous soutient, elle achète ce vin », dit-il.

« Il se peut qu’ils achètent ce vin uniquement pour nous soutenir, mais ce n’est pas grave. C’est juste incroyable. »

Gideon était un agriculteur, élevé dans la ville côtière de Nahariya, dans le nord du pays, et formé dans une école d’agriculture. Il s’était installé à Nir Oz avec ses amis Chaïm et Gadi, dans sa jeunesse. Il travaillait dans les champs du kibboutz et rêvait depuis toujours de produire du vin, suivant ainsi les traces de son grand-père qui était agriculteur en Allemagne et servait du vin à table.

Montage photos (de gauche à droite) : Chaïm Peri, Amiram Cooper, et Yoram Metzger, trois Israéliens pris en otage par le Hamas le 7 octobre 2023. (Crédit : Autorisation)

Gideon a mûri son projet pendant une quarantaine d’années. Tous ses voyages, à l’étranger ou en Israël, comprenaient toujours des visites de vignobles. Au début des années 2000, ses trois amis et lui ont commencé à se réunir le vendredi après-midi pour déguster des vins qu’ils avaient achetés.

Chaïm et Gadi ont finalement encouragé à Gideon à arrêter de parler de faire du vin et de se lancer.

Yoram et les trois amis ont reçu un terrain du kibboutz pour y planter un vignoble, face à Gaza, surplombant Khan Younès entre autres. En 2006, ils avaient terminé la plantation des vignes. En 2008, ils ont récolté leurs premiers raisins. Ils produisaient déjà du vin à partir de raisins achetés à la cave Agur, dans les collines de Judée, et à la cave Galai à Nir Akiva, non loin de là.

Gideon a étudié la viticulture, et chaque récolte suivante a réuni sa famille et ses amis pour vendanger et déguster ses vins.

En août 2023, une nouvelle récolte a eu lieu, même si Gideon ignorait alors qu’il s’agirait de la dernière, a noté son petit-fils. Ils avaient commencé à travailler sur les vins et étaient sur le point de les mettre en bouteille lorsque le pogrom du 7 octobre a frappé.

Ce jour-là, presque tous les membres de la famille Pauker ont été touchés.

Le frère de Gal, qui vivait à Kfar Aza, a été grièvement blessé aux mains alors qu’il tentait de maintenir la porte de son mamad fermée pour empêcher les terroristes d’entrer. Il a ensuite réussi, avec sa petite amie, à se réfugier chez les parents de celle-ci, dans le kibboutz.

Leur cousin par alliance, Tamir Adar, membre de l’équipe de sécurité de Nir Oz, a été tué et son corps a été pris en otage. Le frère de leur père, qui vit à Ein Habesor, a repoussé les terroristes, et leur grand-tante Miriam a survécu au carnage du kibboutz Beeri.

L’ex-otage Gadi Mozes s’exprimant lors d’une interview télévisée diffusée le 20 mars 2025. (Crédit : Capture d’écran/Chaîne N12)

Chaïm, 79 ans, et Yoram, 80 ans, les meilleurs amis de Gideon qui faisaient partie depuis longtemps du « parlement », un groupe d’une vingtaine d’amis qui ont contribué à la création et à la fabrication du vin, ont été tués en captivité par le Hamas en février 2024. Leurs corps ont été rapatriés par les troupes de Tsahal en août et enterrés dans le kibboutz Nir Oz.

Gideon a été enterré à nouveau à Nir Oz, lorsque la situation est devenue sûre, après avoir été enterré dans le kibboutz voisin de Tzeelim.

Gadi, aujourd’hui âgé de 80 ans, a été relâché en février lors d’un cessez-le-feu après avoir été détenu seul pendant 482 jours. Il était le dernier survivant du quatuor d’amis.

« Il s’agit d’un projet de résurrection, en attendant le retour des otages restants », explique Gal.

« C’était le projet de vie de mon grand-père. »

Aujourd’hui, il arrive à Gal de s’asseoir et de déguster une bouteille de vin en compagnie de Gadi.

« C’est assez incroyable. »

« C’est par hasard que cette tâche m’est revenue. Mais je bénéficie d’une aide précieuse et je suis très reconnaissant envers les vignerons qui m’apprennent leur métier. Je vais les accompagner pas à pas et me souvenir de mon grand-père tout au long de cette aventure. »

La cave Pauker est ouverte aux visiteurs au kibboutz Nir Oz ; il est préférable d’appeler ou d’écrire à l’avance.

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